Darmanin face à Le Pen jeudi soir sur France 2, un débat très politique

Le ministre de l’Intérieur et la présidente du RN vont s’affronter sur le séparatisme et les sujets régaliens sur le plateau de l’émission « Vous avez la parole ».

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 Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du RN, Marine Le Pen, se retrouveront jeudi pour trois quarts d’heure de débat.
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du RN, Marine Le Pen, se retrouveront jeudi pour trois quarts d’heure de débat. LP/Delphine Goldsztejn et Arnaud Journois

Comme on se retrouve! Après plusieurs jours de passes d'armes à l'Assemblée nationale autour du projet loi séparatisme, Gérald Darmanin et Marine Le Pen se retrouvent jeudi soir, face à face, les yeux dans les yeux, pour trois quarts d'heure de débat sur le plateau de l'émission « Vous avez la parole » (France 2). Un duel qui promet, et pour plusieurs raisons : d'abord parce qu'il portera exclusivement sur les questions de sécurité, d'immigration et de séparatisme. Autant dire le terrain de chasse favori des deux invités. Ensuite car les deux entretiennent depuis des années un niveau d'inimitié qui ne s'est jamais démenti.

En témoignent, encore récemment, les propos du ministre de l'Intérieur dans Le Parisien, le 25 janvier, quand il a qualifié le RN « d'escroquerie intellectuelle. Enfin, à quatorze mois de la présidentielle, la candidate déjà déclarée, comme le bras droit de Macron sur les questions régaliennes, savent bien que ces sujets figureront parmi les principales inquiétudes des Français pendant la campagne.

«Elle n'y va pas pour se faire Darmanin»

Alors ces derniers jours, l'un comme l'autre s'attellent à la préparation de ce rendez-vous crucial pour leur crédibilité. Marine Le Pen a notamment lu le dernier ouvrage de Darmanin sur le séparatisme islamiste. Elle a aussi consulté les Horaces, ce cercle anonyme de hauts fonctionnaires proche de son mouvement, et quelques communicants, dont l'ancien journaliste de BFMTV, Pascal Humeau, qui lui glisse des conseils pour délivrer un message clair et concis. Car, contrairement au débat d'entre-deux-tours de la présidentielle avec Emmanuel Macron, où elle voulait « démasquer » son adversaire, Marine Le Pen entend cette fois-ci éviter les attaques personnelles contre le locataire de la place Beauvau.

« Elle n'y va pas pour se faire Darmanin, elle y va pour débattre du fond », jure son entourage, selon lequel « il faut tout faire pour que ce débat ne ressemble pas à une revanche du débat d'entre-deux-tours avec Macron ou à un face-à-face brutal sous le soleil. » Pour ne pas être prise au dépourvu, ses conseillers ont même été jusqu'à multiplier les appels auprès des équipes de France 2 ces derniers jours, notamment pour savoir comment allait se dérouler l'émission, les angles retenus, etc.

Darmanin sur le guet

Du côté de Darmanin, en revanche, on essaie de faire croire qu'il aborde ce rendez-vous comme, presque, n'importe quel autre. « Il s'y prépare en étant au Parlement de 9 heures à minuit quasiment tous les jours pour défendre le projet de loi séparatisme. C'est sans doute la meilleure école », confie un de ses collaborateurs. Mais en coulisses, depuis plus d'une semaine, le ministre est bel et bien sur le guet. En revoyant notamment l'ensemble des déclarations et prises de position de la patronne du RN - qu'il continue d'appeler FN en public - sur tous les sujets liés aux questions d'immigration, de communautarisme et de sécurité.

« Il veut montrer qu'on peut avoir une réponse efficace, crédible et sérieuse sur ces sujets-là, sans pour autant être dans la démagogie et dans l'hystérie », tacle un conseiller, tout en rappelant que le combat de Darmanin contre les Le Pen n'est pas nouveau : « Il est même à l'origine de son engagement en politique. La première fois qu'il vote, en 2002, c'est au moment de la présidentielle avec Jean-Marie Le Pen au second tour ».

Autant dire que l'un et l'autre entendent clairement aller sur le terrain politique lors de ce duel. La preuve ? En septembre dernier, Marine Le Pen avait refusé de débattre dans cette même émission face à Jean Castex. « Avec le Premier ministre, on aurait parlé de quoi ? De confinement, déconfinement, reconfinement ? C'est un chef de cab, pas un politique. Darmanin, lui, est un politique. J'espère qu'il sera au niveau », glisse un de ses proches. Réponse jeudi soir.