Crise sanitaire, frontières, vaccins… le RN essaie de surfer sur la crise

Entre la fermeture des frontières et la critique de la gestion des vaccins par l’UE, le RN veut croire que la crise valide ses thèmes de prédilections. Un argument en trompe-l’œil aux yeux de la majorité.

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 La pénurie de vaccins et la stratégie de négociation de l’Union européenne sont dans le viseur du RN de Marine Le Pen.
La pénurie de vaccins et la stratégie de négociation de l’Union européenne sont dans le viseur du RN de Marine Le Pen. AFP/Thomas Samson

Depuis que le gouvernement a annoncé, vendredi soir, la fermeture de ses frontières avec les pays extérieurs à l'Union européenne, nombre de cadres du Rassemblement national savourent. Comme si la crise leur donnait finalement raison. « Les membres du gouvernement riaient au nez de ceux qui réclamaient cette mesure de bon sens. Emmanuel Macron nous expliquait doctement que le virus n'avait pas de passeport. Un an pour qu'ils admettent l'évidence et protègent les Français », a déclaré Marine Le Pen sur Twitter vendredi.

L'exécutif a longtemps été réticent à toucher aux frontières. Blocage idéologique? « Nous avons refusé d'en faire un remède miracle, du type barricadons-nous et on n'aura pas de problème, mais c'est un outil d'action pragmatique, non-idéologique », défend le secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune. Il rappelle qu'en mars, déjà, lors du premier confinement, les frontières extérieures de l'Europe avaient baissé le rideau. Aujourd'hui, une majorité de la classe politique valide cette fermeture, la justifiant par la dangerosité des nouveaux variants du Covid.

«A chaque fois que l'UE touche à quelque chose, c'est un échec»

La pénurie de vaccins et la stratégie de négociation de l'Union européenne sont aussi dans le viseur du RN, qui pointe la cadence élevée de vaccination du voisin britannique, qui a commandé ses propres doses. De quoi donner raison aux eurosceptiques? « A chaque fois que l'UE touche à quelque chose, c'est un échec lamentable, accable Jordan Bardella, vice-président du RN. L'Etat aurait dû, de manière souveraine, passer commande directement auprès des laboratoires. » Le chef des urgences de l'hôpital Georges Pompidou et maire (LR) Philippe Juvin a lui aussi reconnu que la stratégie de négociation « n'a pas été la bonne », sans pour autant charger l'Europe.

Côté majorité, on note que le Royaume-Uni a opté pour une stratégie qui comporte certains risques, comme le choix d'augmenter le temps entre la prise des deux doses nécessaires. « Nous aurions été moins forts, seuls, dans la négociation avec les laboratoires. Et si chacun avait dû se débrouiller de son côté, ça aurait été la guerre en Europe », prévient Clément Beaune, tout en regrettant les retards de livraisons de doses. « Il y avait un intérêt économique, sanitaire et solidaire à négocier dans un cadre commun », poursuit-il, affirmant qu'il aurait été contre-productif de vacciner la France si ses voisins les plus proches n'étaient pas en mesure de le faire.

Le gouvernement dit tout faire pour empêcher une nouvelle vague épidémique. Et espère ainsi contenir, d'ici 2022, toute possibilité d'un tsunami électoral sur lequel le RN, lui, compte fortement.