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Crise du Covid-19 : Macron face au mur de la dette

Le président promet de ne pas augmenter les impôts, mais comment faire pour résorber l’endettement de la France qui, crise sanitaire oblige, atteint les 120 % du PIB ? Attention, sujet brûlant en perspective pour l’exécutif.

 Face à la crise économique et sanitaire, Emmanuel Macron s’est fait le chantre du « quoi qu’il en coûte ».
Face à la crise économique et sanitaire, Emmanuel Macron s’est fait le chantre du « quoi qu’il en coûte ». Reuters/Stéphane Mahé/Pool

La rencontre a eu lieu jeudi soir dans le bureau de Jean Castex. Un tête-à-tête d'une heure avec Pierre Moscovici, à bâtons rompus, alors que le président de la Cour des comptes a publié la veille un rapport sur la dérive des comptes publics et de la dette. Et qu'il a tiré le matin même sur Europe 1 la sonnette d'alarme, assénant : « Ce n'est pas sérieux de dire qu'on ne remboursera pas la dette », car les Français doivent savoir que « que c'est leur argent. Et que ce sont leurs enfants qui paieront demain. »

Au moment où le gouvernement lâche des milliards d'euros pour aider le pays à surmonter la crise sanitaire et économique, la charge est rude. Elle rappelle que le sujet est ô combien sensible pour le président de la République, chantre du « quoi qu'il en coûte » quand il a fallu mettre le pays sous cloche pour la première fois au printemps. A quel prix? Une dette publique qui devrait dépasser les 120 % du PIB en 2020, mais la promesse répétée que « les impôts n'augmenteront pas ».

Alors qui paiera ? « La question ne doit pas être mise sous le tapis. Si on ne l'aborde pas, c'est l'opinion et bien sûr nos adversaires qui nous la rappelleront au moment de la prochaine présidentielle », alerte un proche du chef de l'Etat. Lui qui, alors candidat en 2017, prônait pourtant « le sérieux budgétaire pour ne pas léguer une dette insoutenable à nos enfants », ce qui « serait irresponsable pour les générations futures »…

Bien sûr, nul n'aurait pu imaginer à l'époque que le monde aurait à affronter une telle épidémie. « Mais il n'est pas tabou de demander comment on va sortir d'une situation très dégradée », interpelle Eric Woerth (LR), président de la commission des Finances à l'Assemblée nationale, qui rappelle que « les recettes fiscales du pays vont atteindre à la fin de l'année les 225 milliards d'euros, soit l'équivalent du niveau de déficit de l'Etat ». Et qui s'inquiète de la promesse de ne pas augmenter les impôts. Tout le monde garde notamment en mémoire ce qu'avait fait François Hollande, à peine arrivé au pouvoir en 2012, pour répondre à la mauvaise santé des finances publiques, notamment à cause de la crise financière de 2008 : un projet de budget rectificatif discuté dès le mois de juillet suivant son élection… et des impôts relevés à hauteur de 7,2 milliards d'euros.

«La dette, on la paiera»

Du côté de Bercy, on s'agace de cette petite musique. « La réalité, c'est que la taxe d'habitation a déjà été supprimée pour 80 % des Français et que les impôts sur le revenu auront été baissés de 25 à 28 milliards d'ici la fin du quinquennat », rappelle l'entourage de Bruno le Maire, qui n'entend pas envoyer le message d'une quelconque augmentation à venir de la fiscalité sur les ménages et des entreprises. « L'économie, c'est aussi de la psychologie. Si on augmente les impôts, même de seulement quelques milliards, on prend le risque de bloquer les Français, de les freiner dans leurs investissements. Or, notre pari, c'est justement de relancer l'économie par l'investissement ». D'où les 100 milliards dégagés dans le cadre du plan de relance.

Ministre délégué aux Comptes publics, Olivier Dussopt reconnaît que le sujet ne doit pas être occulté : « La dette, il faut en parler. Elle peut se rembourser dans le temps et nous allons mettre en place dans les prochaines semaines un groupe de travail pour faire des propositions. C'est une question de crédibilité », assure-t-il. Ce que confirme lui-même Jean Castex : « La dette, on la paiera, c'est même un chantier qui demandera un langage de vérité et de courage pour clarifier la situation et rassurer les Français. Je m'y engage personnellement », jure en petit comité le Premier ministre, qui entend bien tirer les enseignements de 2008 et « ne surtout pas augmenter les impôts. Mais le moment n'est pas encore venu d'en parler, il faut d'abord sortir de cette crise ».