Covid-19 : soldes, Outre-mer, contrôles aux frontières… dans les coulisses du Conseil de défense

Le Parisien - Aujourd’hui en France a pu reconstituer les échanges de la réunion au sommet qui s’est tenue ce mercredi à l’Elysée sur la situation sanitaire. Récit.

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 Avant le Conseil des ministres, Emmanuel Macron a présidé mercredi un Conseil de défense sur la crise sanitaire.
Avant le Conseil des ministres, Emmanuel Macron a présidé mercredi un Conseil de défense sur la crise sanitaire. LP/Olivier Corsan

Il est 9h41, ce mercredi 20 janvier, quand Emmanuel Macron et Jean Castex dévalent l'escalier Murat de l'Elysée. Cela fait près de trois quarts d'heure que les ministres les attendent. Dans le huis clos du bureau présidentiel, le président de la République et son Premier ministre accordaient leurs violons. « Bien, mesdames et messieurs les ministres, pardonnez-moi pour le retard », s'excuse le chef de l'Etat en faisant son entrée dans le salon Murat, au rez-de-chaussée du palais.

Bienvenue au Conseil de défense sanitaire. C'est l'instance suprême de pilotage de la gestion de crise, d'où sont sorties les décisions les plus dures de la lutte contre l'épidémie de Covid-19, comme le confinement. Le rendez-vous est si secret qu'il intrigue, suscite les fantasmes comme les critiques de l'opposition, qui y voit le symbole du pouvoir ultra-personnel d'Emmanuel Macron. Celui de ce mercredi est le 44e depuis un an.

«Si tu n'as pas bossé, t'es dans la mouise»

Vêtu d'un col roulé sombre, le chef de l'Etat s'assoit. Il salue les seize ministres qu'il a conviés pour l'occasion. Trois sont en visioconférence. Contrairement au Conseil des ministres, le Conseil de défense voit son casting changer d'une semaine sur l'autre, au bon vouloir du chef de l'Etat. Il invite aussi des personnalités extérieures. « En Conseil de défense, certaines personnalités extérieures au gouvernement peuvent intervenir et apporter leurs éclairages, comme le professeur Alain Fischer sur les vaccins, c'est l'intérêt », explique le porte-parole Gabriel Attal.

Emmanuel Macron se tourne d’abord vers Olivier Véran, le ministre de la Santé, pour un point sur la situation sanitaire./LP / Olivier Corsan
Emmanuel Macron se tourne d’abord vers Olivier Véran, le ministre de la Santé, pour un point sur la situation sanitaire./LP / Olivier Corsan  

Pour commencer, Emmanuel Macron se tourne vers Olivier Véran. « Quelle est la situation sanitaire? » Puis, on donne la parole au directeur général de la Santé Jérôme Salomon. Le tableau que dressent ces deux hommes est contrasté. Il y a les bonnes nouvelles : les contaminations n'explosent pas et la limitation de déplacements imposée avec le couvre-feu à 18 heures semble porter ses fruits. Et puis, les mauvaises : les variants sont inquiétants. Ici, personne ne parle d'ailleurs de « variants » mais de « VOC-202012/1 » et de « 501Y.V2 », les noms scientifiques des mutants anglais et sud-africains. « Si tu n'as pas bossé, t'es dans la mouise », sourit un habitué. En attendant d'y voir plus clair, l'exécutif décide d'attendre quelques jours avant de prendre des décisions stratégiques.

Des huissiers apportent le café. Chaque ministre a devant lui un dossier rouge sur lequel est inscrit : « Comporte des informations sensibles et strictement personnelles ». Le président fait monter la pression sur ses troupes : « Monsieur le ministre de la Santé, est-ce que les modélisations de nos projections à quinze jours et à un mois changent avec l'amélioration des traitements », interroge Emmanuel Macron.

«Combien cela coûterait d'indemniser les stations ?»

Il est 10h13. La discussion bascule sur les Outre-mer. Relativement épargnés jusqu'à présent, ils suscitent des inquiétudes. Sébastien Lecornu évoque la situation à Mayotte et aux Antilles. Le ministre doit annoncer un tour de vis, en fin de semaine. Puis, sa collègue de la Culture Roselyne Bachelot enchaîne. Elle plaide pour des gestes supplémentaires en faveur des artistes. « Je vous propose qu'on prenne des décisions la semaine prochaine en fonction de la situation sanitaire », esquive le chef de l'Etat.

Ce qui le tracasse dans l'immédiat, c'est la saison des soldes qui débute. Emmanuel Macron réclame « une attention toute particulière » sur les jauges dans les magasins. Autre préoccupation : le contrôle sanitaire aux frontières. Comment éviter l'arrivée de malades infectés par les nouveaux variants? Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune apporte quelques précisions avant le Conseil européen de ce jeudi.

Si plusieurs participants sont présents, d’autres suivent la réunion par visioconférence./LP / Olivier Corsan
Si plusieurs participants sont présents, d’autres suivent la réunion par visioconférence./LP / Olivier Corsan  

Il se trouve dans une salle sécurisée du Quai d'Orsay. A ses côtés, le secrétaire d'Etat au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, assiste aussi à la visioconférence. Cela tombe bien. C'est lui qui est chargé des stations de ski. Leur saison semble cette fois compromise. Un débat s'enclenche pour savoir s'il faut proposer une nouvelle clause de revoyure aux professionnels de la montagne ou s'il est préférable de décréter une année blanche. « Combien cela coûterait d'indemniser les stations », demande-t-on au ministre de l'Economie Bruno le Maire. Le chef de l'Etat charge Jean-Baptiste Lemoyne de sonder le secteur en sortant. Ce qui sera fait quelques heures plus tard.

«Un débat où chacun prend sa part»

« C'est bien la preuve que ces Conseils de défense ne sont pas des lieux de pouvoir absolu mais de concertation », estime un proche du chef de l'Etat. Lequel souligne que les arbitrages peuvent évoluer jusqu'aux annonces du jeudi – Olivier Véran doit les dévoiler dans la soirée à la télévision. « L'ordre du jour est plus formel dans un Conseil des ministres avec la présentation des textes de loi, renchérit le ministre de la Santé. Là, en Conseil de défense, on se focalise sur quelques sujets précis. On entre avec des questions. On sort avec des réponses. Après un débat où chacun prend sa part. »

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Il est 11 heures. « Bien, on va s'arrêter là », tranche Emmanuel Macron. Tout le monde souffle quelques minutes… puis retourne à sa place. Car c'est l'heure du Conseil des ministres, avec le reste du gouvernement qui se branche en visioconférence. Un rendez-vous institutionnel qui a perdu son charme depuis que le vrai lieu du pouvoir se niche désormais dans les Conseils de défense.