Covid-19 : pour lutter efficacement contre le virus, le bonheur est dans le Gers

Président PS du département du Gers, l’ex-ministre Philippe Martin axe sa politique locale anti-Covid sur le dépassement des clivages politiques et l’association des citoyens. Une approche saluée à la fois par Emmanuel Macron et Olivier Véran.

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 Saramon (Gers), le 6 février. Le conseil départemental du Gers, présidé par le socialiste Philippe Martin, a mis en place un Covid Bus itinérant.
Saramon (Gers), le 6 février. Le conseil départemental du Gers, présidé par le socialiste Philippe Martin, a mis en place un Covid Bus itinérant. LP/Olivier Corsan

Dans le Gers, ces derniers jours, deux motifs de fierté dominent. Les exploits du XV de France qui compte dans ses rangs quatre joueurs formés dans le département gascon, dont la pépite Antoine Dupont. Et la stratégie locale de lutte contre le Covid-19, dont le taux d'incidence est ici inférieur à la moyenne nationale. Dans ce domaine, c'est le président PS du conseil départemental du Gers Philippe Martin qui brille. A rebours de certains présidents de région qui sont tombés à bras raccourcis contre le gouvernement, l'ex-ministre de l'Ecologie de François Hollande (2012-2013) a privilégié une coopération étroite avec l'Etat et mis sur pied une série d'actions novatrices qui lui ont valu un message de félicitations d'Emmanuel Macron.

Chaque semaine depuis le 14 novembre, l'élu préside un conseil d'analyse et de vigilance sur l'épidémie, une structure inédite qui associe services de l'Etat, professionnels de santé, élus de tous bords et citoyens tirés au sort, dont les échanges sont retransmis en direct sur Facebook live. A la clé, des propositions on ne peut plus concrètes : la mise en circulation de bus itinérants pour tester la population dans les villages les plus reculés du Gers, l'activation d'une plate-forme locale de réservation pour se faire vacciner, l'installation de 16 centres de vaccination de proximité, une campagne de tests antigéniques dans les collèges…

«Pas le temps pour les critiques et les polémiques»

« Dans cette terre de rugby, la population attend qu'on forme un pack, et surtout qu'on prenne des décisions rapides et transparentes », nous confie Philippe Martin, attablé devant ses dossiers et un flacon de gel hydroalcoolique à base d'armagnac. « J'ai mes convictions, je peux avoir des interrogations sur ce qui est fait par le gouvernement. Mais dans la période actuelle, je n'ai pas le temps pour les critiques et les polémiques », poursuit-il.

Auch, le 6 février. Le ministre de la Santé Olivier Véran a assisté en visoconférence au 12e conseil d’analyse et de vigilance du Gers./ LP/Olivier Corsan
Auch, le 6 février. Le ministre de la Santé Olivier Véran a assisté en visoconférence au 12e conseil d’analyse et de vigilance du Gers./ LP/Olivier Corsan  

Ce lundi matin, le patron du Gers a le sourire. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, qu'il connaît bien pour avoir partagé les mêmes bancs socialistes à l'Assemblée nationale, a accepté son invitation de participer en visioconférence au 12e conseil d'analyse et de vigilance du Gers. Quelques mots d'encouragement avant de filer se faire vacciner dans un hôpital francilien sous l'œil des photographes. Et un message clair. « Je suis le premier à le dire : on a besoin d'unité nationale, on a besoin d'innovation dans les territoires, on a besoin de confiance mutuelle, salue le ministre. La santé publique, elle n'a pas de parti, mais elle n'a qu'un intérêt, c'est de protéger des gens ».

Une demande de protection très palpable à Saramon, une commune de 850 âmes située à 25 minutes d'Auch, où un bus test du département fait escale ce lundi en fin de matinée. Sur la place principale du village, théâtre chaque année en mai du Championnat du monde de mangeurs de magrets, on fait la queue pour subir un test PCR.

Saramon, le 6 février. Test PCR à bord du bus du département./LP / Olivier Corsan
Saramon, le 6 février. Test PCR à bord du bus du département./LP / Olivier Corsan  

Pour la plupart, c'est une première, à l'image de Francis, 69 ans. « Cela devrait se passer comme ça partout : tester, vacciner et… prier », approuve-t-il. Un habitant, plus caustique, glisse que Philippe Martin, « qu'on voit partout », fait aussi campagne sans le dire, à quelques semaines des départementales.

De nouveaux bus pour vacciner à domicile

« C'est un malin : il a compris l'importance pour nos concitoyens de voir que tout le monde travaille dans le même sens » confirme un élu du cru qui insiste, de son côté, sur le rôle clé du préfet du Gers, Xavier Brunetière, en charge de la stratégie sanitaire locale. Philippe Martin en convient volontiers. « On parle beaucoup du couple préfet-maire, mais le couple préfet-président de département, ça fonctionne aussi. On se voit quasiment tous les deux jours », souligne-t-il.

Le duo travaille d'ailleurs déjà sur leurs prochains chantiers : déployer à partir du 22 février de nouveaux bus pour vacciner à domicile les personnes les plus lourdement handicapées. Et bien sûr monter en puissance sur les injections.

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« On se fixe comme objectif de vacciner 130 000 Gersois d'ici l'été, soit 65 % de la population, pour atteindre une forme d'immunité collective, explique Philippe Martin. C'est la seule façon de retrouver une vie normale ». Et de pouvoir, un jour, revenir au stade.