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Macron-Castex, un nouveau tandem à l’épreuve de la deuxième vague

Le président de la République prend la parole seulement trois jours après son Premier ministre. Alors que les Français sont plus réticents qu’en mars face aux mesures contraignantes, les deux têtes de l’exécutif cherchent la bonne formule.

 Emmanuel Macron et Jean Castex semblent être plus « en phase » qu’au temps où Edouard Philippe était Premier ministre.
Emmanuel Macron et Jean Castex semblent être plus « en phase » qu’au temps où Edouard Philippe était Premier ministre.  AFP/Ludovic Marin

Nouvelle vague épidémique. Nouveau duo au sommet de l'Etat. Au printemps, Emmanuel Macron avait géré la crise sanitaire en composant avec un Premier ministre s'affirmant de plus en plus. Entre les deux hommes, les divergences d'analyse s'étalaient au fil des semaines : Edouard Philippe plaidait pour un déconfinement plus étalé dans le temps, des jauges plus restrictives pour les grands événements, une gestion par départements et non par régions. Il alertait sur le risque d'« écroulement » économique du pays.

« Non, je n'ai pas ces grands mots », avait rétorqué le président. Devant les caméras, l'hôte de Matignon affichait un ton volontiers humble, assumant par moments son ignorance sur l'évolution de la situation. Un style qui l'a fait décoller dans les sondages. Et qui a peut-être poussé le chef de l'Etat à se séparer d'un sparring-partner trop populaire…

Cet automne met à l'épreuve un nouveau tandem… qui ne ressemble en rien au précédent. En Conseil de défense, le président donne le « la ». Sans discussion, ou presque. « Emmanuel Macron et Jean Castex sont davantage en phase », observe un témoin de leurs relations. Avec une répartition des rôles plus verticale. « Hier, le pouvoir c'était Emmanuel Macron et Edouard Philippe, maintenant les décisions, cela relève uniquement d'Emmanuel Macron », persifle un ministre de poids.

Des prises de parole solennelle aux moments incontournables

Mardi soir, le Premier ministre a réuni à Matignon une partie de son gouvernement pour remobiliser l'équipe dans la tempête sanitaire (Jean-Michel Blanquer, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Élisabeth Borne, Olivier Véran, Jacqueline Gourault, Frédérique Vidal, Amélie de Montchalin, Jean-Baptiste Djebbari, Gabriel Attal). Ces rendez-vous auront désormais lieu chaque semaine. Il s'agit également de mieux coordonner les messages. « En deux jours, on a parlé de sécurité, de tourisme, de virus, c'est confus », s'étrangle un communicant ministériel.

Pendant la première vague, face à un virus inconnu, les deux têtes de l'exécutif s'exprimaient fréquemment, saturant à elles seules la bande passante médiatique. Cette fois, le président réserve ses prises de parole solennelle aux moments incontournables : le 14 juillet, les inondations meurtrières dans les Sud-Est et… le Covid, mercredi, à un moment où l'opinion publique est déboussolée.

Quant au Premier ministre, chargé de faire tourner la boutique, il a été très présent dans la communication de l'exécutif mais pour quel effet? Jean Castex a passé son été à alerter sur ce « virus qui ne prend pas de vacances ». Il a annoncé les masques obligatoires en entreprise et dans les commerces. Il a dévoilé les contours du plan de relance. Il s'est encore exprimé lundi, trois jours avant l'interview du chef de l'Etat. Sans pour autant infléchir les comportements de certains Français, sans non plus parvenir à endiguer le relâchement d'une partie de la population. Un défi auquel se confrontera personnellement le chef de l'Etat dès ce mercredi soir.