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Covid-19 : la menace du reconfinement local

Alors que l’épidémie ne cesse de gagner du terrain, le gouvernement réfléchit désormais à ce scénario.

 Jean Castex a annoncé ce jeudi après-midi une liste considérablement élargie de zones où un couvre-feu entre 21 heures et 6 heures du matin va s’appliquer.
Jean Castex a annoncé ce jeudi après-midi une liste considérablement élargie de zones où un couvre-feu entre 21 heures et 6 heures du matin va s’appliquer. AFP/Ludovic Marin

Un dernier coup de semonce adressé aux Français? Jean Castex l'a laissé entendre sans ambages ce jeudi : si l'extension du couvre-feu ne suffisait pas à juguler la propagation de l'épidémie, « nous devrons envisager des mesures beaucoup plus dures », a-t-il mis en garde, sans donner plus de précisions.

« Les nouvelles annonces de jeudi, c'est la dernière sortie avant le tunnel », renchérit le patron de la République en Marche, Stanislas Guerini, qui dramatise : « Chaque jour où la prise de conscience de la situation n'est pas au niveau, c'est un jour de perdu. Ce qui se passe dans les quinze jours va être inéluctable. » De quoi préparer les esprits à un prochain sévère tour de vis… Oui mais lequel ?

VIDÉO. 38 départements supplémentaires sous couvre-feu dès ce week-end

Officiellement, dans les allées du pouvoir, on se garde bien de lâcher le mot qui fâche, mais, selon nos informations, l'hypothèse de reconfinements locaux est bel et bien sur la table : « Ce n'est pas la volonté de l'exécutif, mais on travaille sur des scénarios de ce type », confirme sous couvert d'anonymat un conseiller gouvernemental, avant d'enchaîner : « A un moment donné, si les chiffres ne s'infléchissent pas, on n'aura plus le choix. »

Avec un virus qui gagne toujours du terrain, des services de réanimation bientôt à saturation, tous les signaux virent au rouge. « L'interview télévisée du président la semaine dernière aurait dû provoquer un électrochoc mais il n'a pas eu lieu. Les gens continuent de s'entasser sur les terrasses et dans les restaurants », se désespère un proche de Macron. L'opinion n'est d'ailleurs pas la seule à ne pas prendre la mesure de la menace. Mercredi après-midi, les chefs de parti politique réunis à Matignon n'ont ainsi prêté qu'une oreille distraite à l'intervention liminaire d'Olivier Véran sur le virus.

«L'opinion ne peut supporter qu'un seul électrochoc»

« Il a prononcé pour la première fois le mot surmortalité. Cela m'a frappé. Mais en face, 90 % des questions ont été consacrées à la question du report éventuel des régionales et des départementales », relate un participant. Face à cette deuxième vague qui déferle, l'exécutif aurait-il d'ailleurs envisagé de frapper encore plus fort dès ce jeudi pour réveiller les consciences? « L'opinion ne peut supporter qu'un seul électrochoc. Ça aurait dû être la crise sanitaire, mais il y a eu l'attentat de Conflans qui a tout balayé. Sur le plan de la psychologie collective, on ne peut pas supporter deux électrochocs dans la même semaine », décrypte Guérini.

Mais à l'Elysée on cherche encore par tous les moyens à éviter le scénario catastrophe, celui du reconfinement, même local, et ses effets dévastateurs sur l'économie. « Tout sera fait pour casser la courbe de l'évolution du virus. Et avant de parler d'un reconfinement, on a encore des outils, des paliers, comme un élargissement des horaires de couvre-feu », souligne l'entourage du président. Mais si ces mesures se révèlent inefficaces, alors Emmanuel Macron devra prendre une décision. « Il la prendra au tout dernier moment, une fois qu'il aura pesé jusqu'au bout tous les arguments », anticipe déjà un de ses visiteurs du soir.