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Covid-19 : l’Assemblée nationale face au risque de redevenir un cluster

Huit cas parmi les députés et le personnel de l’Assemblée nationale ont été recensés en fin de semaine dernière. Plus de 100 personnes (dont 32 députés) ont été testées positives depuis le début de la pandémie.

 L’essentiel des débats, auditions et travaux de commission a repris physiquement, même si ces derniers peuvent le plus souvent être suivis par visioconférence.
L’essentiel des débats, auditions et travaux de commission a repris physiquement, même si ces derniers peuvent le plus souvent être suivis par visioconférence. REUTERS/Charles Platiau

« Ne créez pas de cluster dans l'Assemblée! » Ce message, scandé par le ministre de la Santé Olivier Véran aux députés le 8 juillet dernier, prend tout son sens un peu plus de deux mois plus tard. Huit cas de Covid-19, dont au moins un parmi les députés (le reste chez les collaborateurs parlementaires et le personnel), ont été recensés au sein de l'Assemblée nationale en fin de semaine dernière.

Si ce nombre ne représente qu'une minorité par rapport aux 4000 personnes qui y travaillent, cela fait naître la crainte de revivre des situations vécues en mars et en avril dernier. Plusieurs députés avaient été infectés et l'Assemblée s'était retrouvée quasi confinée.

Jusque-là, 103 personnes travaillant à l'Assemblée nationale, dont 32 députés, avaient été positives depuis le début de la pandémie. Les huit nouveaux cas ont été dépistés au sein du cabinet médical de l'Assemblée, ouvert en mai dernier. 340 personnes y ont déjà passé un test virologique « avec un taux de positivité très proche de la moyenne observée au niveau national » (aux alentours de 5 %), indique l'Assemblée. En cas de résultat positif, les cas contact sont incités à se faire tester à leur tour. Aucun nouveau résultat positif n'a été communiqué à l'issue du week-end.

« Ne pas s'affoler, mais une grande vigilance »

Laurianne Rossi, l'une des trois questeurs (les députés en charge de l'administration), appelle à « ne pas s'affoler, mais à une grande vigilance ». A partir du 22 juin, tous les élus ont été autorisés à reprendre le chemin de l'Assemblée, avec port du masque obligatoire « lorsque les règles de distance physique ne peuvent pas être respectées ».

Depuis le début de la session extraordinaire le 15 septembre, les bancs sont désormais bien plus garnis. C'est notamment le cas lors des séances de questions au gouvernement, dont la prochaine a lieu ce mardi. L'essentiel des débats, auditions et travaux de commission a repris physiquement, même si ces derniers peuvent le plus souvent être suivis par visioconférence. L'Assemblée recommande d'ailleurs de privilégier le travail à distance lorsque cela est possible.

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« Ces nouveaux cas posent la question de la nécessité d'être physiquement présents à toutes les auditions et séances de commissions. Je pense que la règle va un peu évoluer », estime la porte-parole des députés LREM Marie-Christine Verdier-Jouclas.

« La difficulté, quand vous êtes député, c'est que même si vous faites attention, vous sortez et vous rencontrez des gens », témoigne de son côté Alexis Corbière. Le député La France insoumise, qui a participé à distance à sa dernière réunion de la commission Défense, a appris « par la presse » l'existence des huit nouveaux cas et « apprécierait d'être mieux informé ». « Attention, on ne sait pas si on peut parler de cluster car on ne sait pas si les contaminations ont eu lieu au sein de l'Assemblée », pointe à ce sujet une source proche de la présidence.

38,5 % des collaborateurs uniquement en présentiel

« Les bureaux de députés font parfois 12 m² maximum. Avec deux ou trois collaborateurs, cela peut devenir compliqué de respecter la distanciation », reprend Laurianne Rossi. L'intersyndicale des collaborateurs a d'ailleurs sondé ses troupes sur le sujet. Parmi les 200 attachés parlementaires qui ont répondu (sur environ 2000 officiant à Paris ou en circonscription), 38,5 % ont indiqué ne travailler qu'en présentiel à l'Assemblée.

« On fait un métier qui nécessite pas mal de contacts humains et pour lequel cela peut être utile de rencontrer des gens dans les couloirs. On a un peu le sentiment d'une dichotomie entre ce que l'Assemblée préconise et la réalité », souligne Astrid Ribardière, membre de l'intersyndicale.

En revanche, les visites extérieures restent proscrites. « Il y avait des colloques prévus, des classes qui devaient visiter l'Assemblée… Mais on ne veut pas prendre de risques », justifie Laurianne Rossi.

D'autres députés, marqués par ce qu'ils ont vécu au printemps, appellent à ne pas durcir ces règles. « Il est important que l'Assemblée nationale continue de débattre et de voter de façon physique. Cela pose un problème de démocratie d'avoir, pour chaque groupe, un député qui représente la voix de tous ses collègues », juge Jérôme Nury (LR). Et son collègue Bruno Studer (LREM) de conclure : « Comme beaucoup de Français, on apprend à vivre avec le virus. Et de la même façon que les écoles doivent être rouvertes, il est indispensable que l'Assemblée nationale retrouve son fonctionnement habituel ! »