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Covid-19 : l’appel des élus en «zone rouge» pour une harmonisation européenne

Chaque pays européen a ses propres critères pour classer les régions françaises. A la clé, un grand cafouillage. Plusieurs élus interpellent le gouvernement pour que l’UE se coordonne.

 Après l’avoir été par la Belgique, la Mayenne est désormais classée en zone rouge par la Suisse.
Après l’avoir été par la Belgique, la Mayenne est désormais classée en zone rouge par la Suisse. LP/Arnaud Journois

Des millions de Français désormais persona non grata chez nos voisins suisses, allemands et belges! Depuis le milieu de l'été, ces trois pays placent de nombreux départements ou régions françaises en « rouge » en raison d'une forte propagation du nouveau coronavirus. Toutes les personnes qui en viennent doivent s'astreindre à un isolement pendant au moins une semaine et se faire tester après avoir franchi la frontière. Mais la liste varie selon les pays et elle peut changer à tout moment. 16 départements sont, par exemple, passés en rouge du point de vue des Belges vendredi après-midi.

De quoi désespérer nombre d'élus locaux français qui en appellent au gouvernement pour aboutir à une harmonisation européenne le plus rapidement possible. « Tout cela est complètement absurde mais ce n'est pas moi qui vais négocier, c'est au gouvernement qu'il appartient d'aboutir à un accord au niveau européen », juge Dominique Bussereau, président du conseil départemental de la Charente-Maritime et à la tête de l'Assemblée des départements de France.

Covid-19 : l’appel des élus en «zone rouge» pour une harmonisation européenne

Son territoire est « rouge » du point de vue de l'Allemagne (depuis le 9 septembre) et de la Suisse (depuis le 14 septembre) … mais pas pour la Belgique.

Pour comprendre d'où vient ce bazar, il faut se pencher sur la façon dont nos voisins dressent leur liste des territoires étrangers à risque. Un critère est pris en compte en premier : le taux d'incidence, c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas de Covid-19 pour 100 000 habitants. En Belgique, le seuil de passage en « rouge » est fixé à 100 sur les deux dernières semaines. En Suisse, c'est 60. En Allemagne, on est seulement à 50 mais… sur les sept derniers jours seulement.

«Un réel imbroglio concernant les critères»

Et attention, tout n'est pas qu'une affaire de chiffres. Une analyse « manuelle » suit. En Allemagne par exemple, les diplomates basés à l'étranger font remonter des informations concernant « le type d'épidémie (locale ou généralisée), les capacités de dépistage et le nombre de tests effectués par habitant ainsi que les mesures prises pour contenir la propagation de l'épidémie », détaille l'Institut Robert-Koch (RKI). Ajoutons enfin que la Belgique est la seule à distinguer les départements, les autres pays se contentent de classer par région.

« L'impression de cafouillage n'est pas qu'une impression, il y a un réel imbroglio concernant les critères de chaque pays, ce qui renvoie un sentiment d'illisibilité et d'insécurité », reconnaît le député des Français de l'étranger Pieyre-Alexandre Anglade (LREM), dont la circonscription englobe notamment le Benelux. « Cela me navre qu'il n'y ait pas d'harmonisation des critères au niveau européen, c'est complètement idiot », se désole Dominique Bussereau, dont la fille est repartie à Genève dimanche dernier très tard. Et pour cause : neuf régions françaises, dont la Nouvelle-Aquitaine, sont officiellement passées en rouge côté suisse à minuit.

Clément Beaune en première ligne

Les élus interrogés s'accordent à reconnaître au secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, les compétences et une envie de faire avancer le dossier. Mais ils souhaiteraient aboutir au plus vite. Depuis le mois d'août, l'ancien conseiller Europe du chef de l'Etat se démène pour trouver un accord. Jeudi, sur France Inter, il a indiqué qu'il espérait conclure « dès la semaine prochaine ». « Il a pris le leadership et nous l'encourageons au maximum. Ce n'est vraiment pas terrible qu'un état européen en colore un autre dans son coin », pointe l'eurodéputée Renew Fabienne Keller.

« On a la chance d'avoir un ministre très engagé qui connaît très bien le dossier et il faut que les Français soient moteurs. Il y a le leadership naturel, mais il est urgent d'avancer sur ce sujet pour ne pas donner une mauvaise image à nos compatriotes et aux étrangers », estime Olivier Richefou, président du conseil départemental de la Mayenne. Lorsque son département avait été classé en rouge par la Belgique, début août, l'élu avait écrit au ministre belge des Affaires étrangères pour se plaindre d'une vision biaisée de la réalité. Quelques jours plus tard, il obtenait gain de cause. Mais les Pays de la Loire, auxquels appartient la Mayenne, sont classés en rouge par la Suisse depuis le 14 septembre! « J'ai fait passer le message à la région pour expliquer qu'il faut différencier le traitement selon les départements », grince Olivier Richefou.

«C'est surtout basé sur la bonne foi»

Car les conséquences peuvent être importantes, notamment économiques. De nombreux étrangers risquent de ne plus oser venir dans ces zones classées en rouge par leur pays, par crainte de devoir se mettre à l'isolement à leur retour. « Cet été, on était bien contents d'avoir le peu d'Allemands, de Belges et de Suisses que nous avons accueillis. Ce n'est pas avec ce genre de mesures qu'on va parvenir à une reprise économique », pointe Dominique Bussereau. Plusieurs élus craignent aussi, tout simplement, d'être « stigmatisés » à l'étranger.

Heureusement, des exceptions sont le plus souvent accordées aux frontaliers, qu'ils se déplacent pour raison familiale ou pour retrouver leurs proches de l'autre côté de la frontière. « Concrètement, à court terme, on essaie de limiter les problèmes », a indiqué Clément Beaune. Mais de toute façon, « c'est surtout basé sur la bonne foi et il n'y a pas grand monde pour contrôler », témoigne Pieyre-Alexandre Anglade, habitué à faire des allers retours entre Paris et la Belgique.