«J’en profite pour avancer sur mes dossiers» : Sébastien Lecornu en quatorzaine en Nouvelle-Calédonie

Conformément aux règles sanitaires locales, Sébastien Lecornu doit rester confiné pendant 14 jours. Isolé dans une maison sécurisée depuis le 9 octobre, le ministre prend son mal en patience…

 « Je me soumets au protocole. Il n’est pas question que je bénéficie d’un passe-droit », souligne Sébastien Lecornu, joint par téléphone.
« Je me soumets au protocole. Il n’est pas question que je bénéficie d’un passe-droit », souligne Sébastien Lecornu, joint par téléphone.  LP/Frédéric Dugit

Ni libéré, ni délivré. Depuis vendredi, le ministre des Outre-mer n'est plus maître de ses mouvements. Un comble pour un élu habitué à avaler les kilomètres en voiture. Sébastien Lecornu se trouve enfermé dans une maison, à quelques encablures du port de Nouméa. La bâtisse est ceinturée d'un grillage, surmonté d'un barbelé. « Après vingt-deux heures d'avion et une escale à Tokyo, on a été conduit ici, raconte Sébastien Lecornu, joint par téléphone. On n'a pas le droit d'en sortir, ni même d'aller saluer les gendarmes mobiles en garde statique. »

Arrivé en Nouvelle-Calédonie après le référendum sur l'indépendance du 4 octobre, le voilà soumis à un confinement sévère. Conformément aux règles sanitaires locales, il doit rester à l'isolement pendant deux longues semaines. Les autorités calédoniennes ne rigolent pas : elles souhaitent que l'archipel demeure épargné par le Covid-19. Une politique qui a eu de lourdes répercussions sur le tourisme. Alors, le Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, représentant l'Etat, a mis à disposition du ministre cette bâtisse située au fond de son parc. « Je me soumets au protocole, souligne Sébastien Lecornu. Il n'est pas question que je bénéficie d'un passe-droit. »

Sébastien Lecornu dans un local exigu muni d’appareils de communication cryptés lors du  conseil des ministres. /Equipe Lecornu
Sébastien Lecornu dans un local exigu muni d’appareils de communication cryptés lors du conseil des ministres. /Equipe Lecornu  

Deux fois par jour, une infirmière du service des armées prend sa température et celle des quatre autres personnes de sa délégation. Un médecin colonel passe aussi. Le ménage, le linge et la cuisine : c'est le travail des confinés. Qu'on est loin des palais parisiens. Les aliments sont déposés à l'entrée dans des barquettes jetables. Au menu : salade tahitienne, poisson grillé, guacamole. Les déchets sont collectés une fois par semaine. Le Haut-Commissariat a entreposé dans les placards quelques bouteilles de vin français et australien pour aider les occupants à patienter.

Il devra se soumettre à un test PCR

« J'en profite pour avancer sur mes dossiers et appeler des interlocuteurs en Guadeloupe, Martinique, Mayotte, en profitant des fuseaux plus favorables. » Il mobilise aussi ses équipes à Paris, qu'il sollicite à partir de 23 heures. Décalage horaire oblige. Il est une circonstance qui permet toutefois à l'élu de l'Eure de quitter momentanément les lieux : les réunions de l'exécutif. Lors des conseils des ministres et des conseils de défense, il est emmené par un gendarme dans un local exigu muni d'appareils de communication cryptés. Sur le parcours, il ne doit croiser personne.

A quelques encablures  du port de Nouméa, la maison où Sébastien Lecornu est confiné./Equipe Lecornu
A quelques encablures du port de Nouméa, la maison où Sébastien Lecornu est confiné./Equipe Lecornu  

Pour sortir définitivement de sa quatorzaine, Sébastien Lecornu devra se soumettre à un test PCR. Il pourra alors commencer la tournée des autorités locales et coutumières. Il s'agit de prendre le pouls du Caillou, alors que l'indépendance vient d'être rejetée d'assez peu et que se pose la question épineuse du troisième référendum, prévu par les accords de Nouméa. L'Etat français sera chargé de l'organiser, si le Congrès de la Nouvelle-Calédonie en fait la demande. Un dossier explosif, tant l'écart électoral s'est réduit entre loyalistes et partisans de l'indépendance. Pas sûr que Paris pousse à organiser ce scrutin avant la présidentielle. Trop risqué. Personne n'a oublié les événements de l'entre-deux-tours en 1988 avec la sanglante prise d'otages dans la grotte d'Ouvéa. Une raison qui valait bien de rester enfermé deux semaines sous les cocotiers.