Couvre-feu, écoles, vaccins… ce qu’il faut retenir des annonces de Castex

Le Premier ministre Jean Castex, entouré de plusieurs ministres, a présenté jeudi soir de nouvelles mesures pour faire face à la crise sanitaire.

La séquence relèverait presque désormais du rituel. Jean Castex, face caméra, entouré de plusieurs de ses ministres prenant successivement la parole. La lutte contre la pandémie de Covid-19 est un travail de longue haleine, y compris pour les Français, et le gouvernement a annoncé ce jeudi soir une nouvelle salve de mesures visant à éviter une nouvelle envolée épidémique.

Le locataire de Matignon était même entouré ce jeudi soir de six ministres. Il était donc écrit que les annonces du soir embrasseraient de nombreux thèmes. C'est confirmé. Couvre-feux, vaccins, lieux culturels, restaurants, soutien économique… Le spectre de cette prise de parole était effectivement très large. Voici le résumé des annonces.

Le couvre-feu à 18 heures étendu à toute la France

Il ne s'agit plus vraiment d'une surprise, mais l'information, discutée et débattue jusqu'à tardivement, nécessitait confirmation. Le couvre-feu sera bel et bien avancé à 18 heures sur l'ensemble du territoire à compter de samedi. Il est à ce jour prévu pour durer 15 jours. Une date qui pourrait évidemment évoluer en fonction de la situation sanitaire.

Depuis le 2 janvier, plusieurs départements qui souffraient d'une forte incidence ont déjà basculé dans ce qui n'était à l'époque qu'une mesure d'exception. Ils étaient situés principalement dans la moitié est du pays. L'exception devient donc la règle.

« Il apparaît que cette mesure a une efficacité sanitaire. Dans les 15 premiers départements ou le couvre-feu a été mis en œuvre à 18 heures, la hausse du nombre de nouveaux cas y est deux à trois fois plus faible, assure Jean Castex. Nous appliquerons donc cette mesure dans tout le pays », ajoute-t-il, évoquant une dynamique épidémique plus forte désormais dans l'ouest du pays. Cette mesure vise à éviter des mesures « encore plus difficiles ». À compter de 18 heures, tous les commerces devront fermer leurs portes.

« La situation sanitaire n'exige pas de mettre en place un nouveau confinement », détaille Jean Castex. Mais si la situation venait à se dégrader, le gouvernement se dit prêt à y recourir « sans délai ».

La situation épidémique inquiète

Le gouvernement ne cache pas ses craintes vis-à-vis de l'évolution épidémique dans le pays. Depuis plusieurs semaines, le nombre de nouvelles contaminations reste bien au-dessus des 15 000 cas par jour en moyenne. La tension hospitalière, elle, demeure bien réelle.

« Les premières données dont nous disposons montrent que nous avons pu passer les fêtes de fin d'année sans flambée épidémique», s'est félicité Jean Castex, ajoutant que la situation était meilleure que chez beaucoup de nos voisins. Néanmoins, « nous restons sur un plateau élevé, concède-t-il. La pression sur nos hôpitaux se situe à un plateau stable mais élevé », a-t-il ajouté. Avant de résumer : la situation est « maîtrisée » mais « fragile ».

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Surtout, la circulation du variant britannique dans le pays a incontestablement contraint l'exécutif à redoubler de vigilance. Olivier Véran a confirmé que le variant britannique est « probablement » plus contagieux, notamment chez les enfants, sans donner davantage de formes graves que la souche actuellement dominante en France. Le deuxième variant, venu d'Afrique du Sud, est également considéré comme plus contagieux. Des incertitudes demeurent sur sa contagiosité.

Renforcement des contrôles aux frontières

L'arrivée sur le sol français de la virulente souche britannique n'a pu être empêchée par les mesures actuellement en vigueur. Le gouvernement, ce jeudi soir, a donc décidé de renforcer davantage encore le contrôle des arrivées sur le sol français.

Il a annoncé ce jeudi soir un renforcement des contrôles aux frontières. « À compter de lundi, tous les voyageurs qui souhaitent venir en France devront effectuer un test avant de partir. Les personnes devront s'engager sur l'honneur à s'isoler pendant sept jours et à faire un test PCR à l'issue de cette période », a indiqué Jean Castex.

S'agissant des voyageurs venant de l'intérieur de l'Union européenne, le gouvernement dit travailler sur un cadre spécifique. Un test négatif sera exigé pour rejoindre la Guyane, Mayotte et la Réunion depuis la métropole.

Nouvelle accélération de la vaccination

Il était acquis depuis une semaine que les plus de 75 ans pourraient se faire vacciner à compter du lundi 18 janvier. « À la fin du mois de janvier, nous serons au-dessus du million de personnes vaccinées, qui était notre objectif initial », indique Jean Castex.

Mais le gouvernement a décidé d'accélérer encore en ouvrant ce lundi 18 janvier la vaccination aux personnes présentant une des pathologies à « haut risque de développement de forme grave de la maladie ». C'est le cas des personnes atteintes de trisomie ou souffrant par exemple d'insuffisance rénale. Ce jeudi, Olivier Véran a présenté les modalités de cette nouvelle étape.

Concrètement, les personnes éligibles à la vaccination pourront s'inscrire par téléphone, directement auprès des centres de vaccination ou en composant le 0800 009 110, joignable dès vendredi matin. Un site dédié, www.sante.fr a également été déployé à cette fin et recense l'ensemble des centres de vaccination. Jean Castex, au vu de la demande et du risque d'afflux, a d'ores et déjà fait savoir qu'il faudra se montrer patient pour obtenir un rendez-vous et se faire piquer. « Tout le monde ne pourra pas trouver un rendez-vous immédiatement », explique-t-il. Les rendez-vous pourront dans un premier temps être pris pour les quatre semaines à venir.

Protocole renforcé dans les écoles, collèges et lycées

« Nous souhaitons tout faire pour éviter la fermeture des écoles », a expliqué Jean-Michel Blanquer. Le protocole sanitaire est donc renforcé. Les activités sportives scolaires et extrascolaires seront donc interdites en milieu clos. Les cours d'EPS en intérieur seront donc ainsi prohibés.

Les lycées qui souhaiteraient poursuivre en fonctionnement hybride pourront continuer à procéder ainsi. Dans les collèges, le mode hybride pourra également être décidé mais dans des « circonstances exceptionnelles ». Il ne pourra concerner que les élèves de 4e et de 3e.

Pour ce qui est des écoles, Jean-Michel Blanquer a annoncé ce jeudi soir un renforcement du protocole sanitaire dans les cantines scolaires. Le ministre de l'Education nationale propose l'étalement des temps de service pour éviter les contacts. « Il n'y aura pas de brassage possible entre les classes », indique le ministre.

Enfin, des opérations de testing massif seront menées. Des tests seront ainsi réalisés dès l'âge de six ans. Le gouvernement s'est fixé un objectif de 300 000 tests effectués chaque semaine.

Fac : reprise par demi-groupe des TD en première année

Le gouvernement a décidé de reporter la reprise des cours en présentiel dans les universités. La demande des étudiants est forte, alors que nombre d'entre eux souffrent particulièrement de cette mise à l'isolement forcée et des cours à distance. Mais les craintes sanitaires ont pris le dessus.

« Nombre d'étudiants ressentent un profond sentiment d'isolement et pour certain de profondes difficultés psychologiques », déplore Jean Castex. À compter de la semaine du 25 janvier, les travaux dirigés des étudiants de première année et seulement eux pourront reprendre par demi-groupes. Des dépistages individuels ou collectifs seront déployés et des tests antigéniques devraient être mis à disposition au sein des campus.

Pas de date de reprise pour les restaurants et les lieux culturels

Le gouvernement ne souhaite plus s'engager dans des perspectives précises d'un point de vue calendaire. Alors que la menace d'une reprise épidémique plane, l'exécutif s'est refusé ce jeudi soir à donner une date de réouverture de ces établissements. Il en va de même pour les salles de sport.

Les mots cette semaine de Roselyne Bachelot ne laissaient que peu de doutes sur le cas des lieux culturels, qu'il s'agisse des musées, théâtres et autres cinémas. Il serait « totalement irresponsable » de se lancer dans des perspectives aussi précises, a-t-elle affirmé cette semaine devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Pour le monde de la Culture, Roselyne Bachelot dit travailler à un protocole permettant de rouvrir et de revenir à un fonctionnement normal une fois passé la crise aiguë de l'épidémie.

« A ce stade, tout juste savons-nous que la réouverture est exclue ce mois-ci. Difficile compte tenu des incertitudes de répondre à ces interrogations », confesse Jean Castex.

Prolongation et nouvelles aides aux entreprises

A ce sujet, le gouvernement ne peut que réaffirmer le plan de soutien aux entreprises contraintes de rester portes closes ou souffrant des restrictions et du couvre-feu, qui sera maintenu tant que perdureront les restrictions sanitaires. « Nous avons une conscience aiguë de la lassitude, de la colère et du désespoir » des professionnels touchés par les restrictions, a reconnu Bruno Le Maire.

Trois changements sont intégrés dans le dispositif du fonds de solidarité :

  • La vente à emporter et les livraisons à domicile ne seront pas intégrées dans le chiffre d’affaires de référence pour le calcul du montant du fonds de solidarité.
  • Les fournisseurs du secteur des cafés et de la restauration vont avoir droit à une aide au pourcentage de leur chiffre d’affaires, dans la limite de 200 000 euros par mois. Jusqu’à présent, cette aide était limitée à 10 000 euros par mois.
  • S’agissant des coûts fixes, comme les loyers, le gouvernement propose une prise en charge à hauteur de 70% pour toutes les entreprises de ces secteurs si elles réalisent un chiffre d’affaires supérieur à un million d’euros par mois. Cette aide est pour le moment plafonnée à 3 millions d’euros pour la période de janvier à juin.

Bruno Le Maire est également revenu sur les prêts garantis par l'Etat, alors que certaines entreprises pourraient être tenues de rembourser leurs premières échéances dans quelques mois. Le gouvernement leur propose de différer ces premières échéances d'un an. Pour les autres prêts, le ministre assure s'être mis d'accord avec les établissements bancaires pour permettre aux entreprises de bénéficier de moratoires ou d'un report de paiement.

En outre, les exonérations de cotisations sociales et les aides à leur paiement sont maintenues pour les entreprises fermées ou lourdement pénalisées par la crise sanitaire. Bruno Le Maire rappelle que toutes ces aides coûtent à l'Etat quelque 4 milliards d'euros par mois. Il s'est engagé au nom du gouvernement à ne pas augmenter les impôts des Français.

La ministre du Travail Elisabeth Borne a de son côté confirmé la poursuite du chômage partiel. Pour les entreprises totalement fermées ou fermées partiellement, la prise en charge restera à 100 %. Pour les entreprises des secteurs protégés (hôtels ou professionnels de l'événementiel), cette prise en charge totale sera valable jusqu'à la fin du mois de février. Ensuite, le reste à charge pour l'employeur sera de 15 %, sauf si les entreprises ont subi une baisse de leur chiffre d'affaires de plus de 80 %. Pour toutes les autres entreprises, le reste à charge passera à 15 % à la fin du mois de février, et à 40 % à compter du mois de mars.