Couvre-feu : 60% des contaminations ont-elles lieu au travail et à l'école entre 8h et 19h, comme le dit Mélenchon?

Le leader de la France insoumise reproche au chef de l’Etat d’avoir imposé un couvre-feu alors que plus de la moitié des contaminations ont lieu, d’après lui, à l’école et en entreprise. Voici pourquoi il est exagéré de présenter les choses ainsi, alors que le ministre de la Santé l’a accusé de « polémiquer ».

 Jean-Luc Mélenchon reproche à Emmanuel Macron de ne pas avoir annoncé davantage de mesures visant les entreprises et les écoles.
Jean-Luc Mélenchon reproche à Emmanuel Macron de ne pas avoir annoncé davantage de mesures visant les entreprises et les écoles. AFP/Bertrand Guay

« Bienvenue en Absurdie ». Jean-Luc Mélenchon a vivement réagi à l'interview d'Emmanuel Macron mercredi soir, quasiment à la minute près où TF1 et France 2 rendaient l'antenne. Le leader de la France insoumise a estimé, sur Twitter, que « 60 % des contaminations ont lieu au travail ou à l'école ou à l'université entre 8 heures et 19h ». Il reproche ainsi au chef de l'Etat d'avoir, comme principale annonce, décidé d' « interdire les sorties au bar et au restau entre 20 h et 6h ». Le député de Marseille fait référence au couvre-feu en Île-de-France et dans huit métropoles, à partir de samedi (mais à 21h, en réalité).

Olivier Véran lui a aussitôt rétorqué qu'il « confondait clusters et diagnostics ». « Dommage de polémiquer à l'heure où nous voulons préserver l'éducation, sauvegarder les emplois, et lutter efficacement contre cette épidémie dans l'intérêt des Français », s'est emporté le ministre de la Santé. Alors, qui dit vrai ?

Pour rappel, un « cluster » signifie qu' « au moins trois cas confirmés ou probables, dans une période de sept jours » ont été recensés dans un lieu ou au sein d'un rassemblement, selon la définition donnée par Santé publique France dans son « guide pour l'identification et l'investigation de situations de cas groupés de Covid-19 ».

34 767 cas sur près de 640 000

Le leader de la France insoumise semble s'appuyer sur un tableau figurant dans le point épidémiologique de Santé publique France du 8 octobre. On y découvre que 55,3 % des 1 070 clusters « en cours d'investigation » au 5 octobre sont situés en milieu scolaire ou universitaire et en entreprise privée ou publique (en mettant de côté les établissements de santé). Ce qui semble correspondre aux « 60 % » avancés par Jean-Luc Mélenchon.

Sauf que ces foyers d'infection ne regroupent qu'une petite part des cas de Covid-19 en France. Les 3 207 clusters recensés depuis le 9 mai, soit deux jours avant début du déconfinement, représentent 34 767 cas, d'après Santé publique France. Sur la même période, environ 640 000 nouveaux cas ont été recensés sur l'ensemble du territoire. L'agence de santé note d'ailleurs, comme elle l'avait déjà fait la semaine précédente, que « le nombre de clusters identifiés est probablement fortement sous-estimé » en raison de « l'augmentation de la circulation virale ».

Nombre de clusters, au 5 octobre./Capture d’écran
Nombre de clusters, au 5 octobre./Capture d’écran  

Par ailleurs, les chaînes de transmission dans les transports et dans les milieux privés sont probablement plus difficiles à identifier et à retracer pour les enquêteurs des fameuses « brigades sanitaires ». « Les catégories dans ce tableau sont les situations qui sont le plus facilement identifiables lors d'un tracing », a pointé mercredi soir Maxime Gignon, chef du pôle préventions, risques, information médicale et épidémiologie au CHU Amiens-Picardie.

Des catégories peu précises

On peut, par ailleurs, relever que le tableau de Santé publique France est peu précis, dans la mesure où il ne distingue pas les différents types d'établissements scolaires et universitaires ni d'entreprises publiques et privés (qui regroupent notamment les abattoirs, les restaurants, les bureaux de grandes sociétés, etc).

Pour toutes ces raisons, on ne peut donc pas dire que « 60 % des contaminations ont lieu au travail ou à l'école ou à l'université entre 8 heures et 19h », comme l'avance Jean-Luc Mélenchon.

La députée LREM Aurore Bergé n'a pas hésité à l'accuser de « fake news ». D'après elle, « les principaux vecteurs de contaminations sont les rassemblements dans la sphère amicale et familiale », faisant écho à ce que disent de nombreux médecins. Il est cependant également impossible de l'affirmer ainsi, faute de disposer de chiffres.