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Coronavirus : Emmanuel Macron et le dilemme du reconfinement

Le gouvernement n’écarte plus aucune hypothèse pour faire face à la fièvre épidémique. Des décisions sont attendues dans les jours qui viennent.

 Le président Emmanuel Macron a annulé ce lundi un déplacement prévu le lendemain au Creusot, pour se consacrer aux réponses à la crise sanitaire.
Le président Emmanuel Macron a annulé ce lundi un déplacement prévu le lendemain au Creusot, pour se consacrer aux réponses à la crise sanitaire. REUTERS/Ludovic Marin

La lutte contre le Covid-19 n'est plus une course de fond, elle redevient un contre-la-montre. Au plus haut sommet de l'Etat, les arbitrages sont lancés pour mettre en œuvre la réponse la plus appropriée à la très forte poussée épidémique. Pour beaucoup, le couvre-feu de 21 heures imposé à 46 millions de Français ne suffit déjà plus.

Le temps presse et le gouvernement a décidé de passer la seconde. Un Conseil de défense se tiendra dès mardi matin à l'Elysée. A 17h30, Jean Castex consultera successivement les présidents des deux chambres, les chefs de partis, les présidents des groupes parlementaires et les présidents des principales associations d'élus, puis les partenaires sociaux à 19h30. Mercredi matin, le président de la République réunira un second conseil restreint de défense.

Ces deux prochains jours s'annoncent décisifs. Le gouvernement ne se donne pas davantage de temps avant de prendre éventuellement sa décision la plus lourde sur le plan sanitaire depuis mars dernier : le reconfinement. Un terme qui refaisait surface ces derniers jours dans les cabinets ministériels. Loin, bien loin de la maxime « apprendre à vivre avec le virus » qui prédominait dernièrement.

Le reconfinement est bien sur la table

Deux jours, c'est aussi le délai que le gouvernement s'est octroyé pour espérer mesurer le bénéfice du couvre-feu instauré le 14 octobre dernier dans neuf métropoles françaises. Un facteur sera scruté avec la plus grande attention : le taux d'incidence, qui mesure le nombre de tests positifs pour 100 000 habitants sur sept jours glissants. Un indicateur dont la fiabilité est déjà mise en doute par des épidémiologistes. « Jean-François Delfraissy (le président du conseil scientifique) a lui-même concédé ce lundi matin que le nombre réel de contaminations était sans doute deux fois plus élevé que le nombre de cas dépistés, relève Catherine Hill. Selon moi, c'est plutôt quatre fois plus. On n'a jamais détecté qu'une petite fraction des personnes positives, et l'épidémie n'a jamais été contrôlée. »

Que se passerait-il si l'embellie espérée venait à faire défaut ? Trois scénarios sont sur le bureau du président : avancer l'heure du couvre-feu, instaurer un confinement le week-end avec couvre-feu renforcé en semaine, ou des reconfinements locaux de deux à quatre semaines.

Dans l'entourage d'Olivier Véran, on expliquait lundi matin ne vouloir négliger aucune hypothèse. Pas même celle d'un reconfinement général comme en Irlande et au pays de Galles. La succession des Conseils de défense et la multiplication des entretiens menés mardi par Jean Castex tendent à confirmer que cette piste est désormais prise très au sérieux.

Eviter la fermeture des écoles

Reste à savoir quels en seraient les contours. Une chose semble actée, le confinement ne serait pas calqué sur celui instauré en mars dernier, au temps de la première vague. Emmanuel Macron avait alors commencé par annoncer la fermeture des écoles. Cette fois, et en dépit de l'appel formulé ce lundi par l'épidémiologiste Antoine Flahault, qui plaide pour que les collèges, lycées et universités ne rouvrent pas après les vacances de la Toussaint, l'exécutif tente par tous les moyens d'y échapper. Pour éviter, d'une part, de pénaliser davantage l'apprentissage de toute une génération. Mais aussi pour des raisons économiques, afin de préserver les parents d'élèves en leur permettant de travailler. Mais là encore, au sein du gouvernement, on concède ne plus être absolument certain d'y parvenir. Ce qui dit tout du degré d'inquiétude qui règne au sein de l'exécutif.

Une autre différence majeure avec le confinement premier du nom se dégage : la volonté de maintenir l'activité des commerces jugés « non essentiels ». Selon nos informations, il est d'ores et déjà acquis qu'en cas de reconfinement, le nombre de dérogations serait plus élevé qu'en mars. « Un confinement généralisé serait un échec collectif », glisse-t-on à Bercy, alors que le coût d'une telle mesure est évalué entre 15 et 20 milliards d'euros par semaine en tenant compte des exonérations de charge.

En revanche, le gouvernement n'envisage pas d'imposer le confinement aux seules populations les plus exposées et fragiles, qu'il s'agisse des personnes âgées ou celles présentant des facteurs de comorbidité.

Macron annule un déplacement

Interrogé ce lundi matin sur RTL, Jean-François Delfraissy a ajouté qu'un deuxième confinement serait vraisemblablement plus bref que le premier, qui s'étendait de mars à mai. Il pourrait être « suivi de conditions de déconfinement très particulières, puisqu'on déconfinerait en passant par un couvre-feu ».

Sentant le débat monter, le président de la région Grand Est, Jean Rottner, a plaidé ce lundi pour la mise en œuvre d'une concertation d'un futur confinement. « Il faut non pas une conférence de presse hebdomadaire ou tous les quinze jours, il faut du dialogue, de la concertation, de la pédagogie », défendait-il sur Franceinfo. L'exécutif n'accédera pas à cette demande. Au sommet de l'Etat, on refuse de changer de méthode sur la prise de décisions sanitaires, en ce qu'elles relèvent du pouvoir régalien et non d'un quelconque débat politique. « Il est urgentissime de confiner le pays, lance l'épidémiologiste Catherine Hill. Ne pas le faire serait la garantie d'aller droit dans le mur. Quand les hospitalisations augmentent, on sait que cela se traduit par une hausse des admissions en réanimation dans les 15 jours. On ne peut plus attendre. »

Un sentiment d'urgence partagé par le président de la République, qui a bouleversé son agenda en quelques heures. Mardi, il était censé être en déplacement au Creusot, sur le thème du nucléaire. Il ne quittera finalement pas la capitale, pour prendre, peut-être, une décision lourde.