Contrôle des exportations de vaccins : l’UE fait demi-tour sur l’Irlande du Nord

Les contrôles des exportations de vaccins que la Commission voulait mettre en place aux frontières de l’Union revenaient à ériger une barrière entre les deux Irlande.

 L’Union européenne autorise désormais les vaccins de Pfizer et BioNTech et AstraZeneca.
L’Union européenne autorise désormais les vaccins de Pfizer et BioNTech et AstraZeneca.  AFP/Justin Tallis

Même la presse britannique modérée se gausse. Vendredi soir, Bruxelles a dû renoncer à inclure l'Irlande du Nord dans le mécanisme de contrôle des exportations de vaccins annoncé plus tôt dans la journée, après avoir entendu que cela pouvait compromettre certains points de l'accord sur le Brexit.

« Dans le cadre de la finalisation de cette mesure, la Commission veillera à ce que le protocole Irlande/Irlande du Nord ne soit pas affecté », assure l'exécutif européen dans un communiqué. L'intention initiale de la Commission européenne, qui représente les Etats membres dans l'achat et la répartition des vaccins, était de mettre en place des contrôles douaniers. Or, le protocole, longuement négocié entre Londres et Bruxelles, prévoit justement d'éviter de réinstaurer une frontière entre la République d'Irlande, membre de l'Union européenne, et la province britannique d'Irlande du Nord. Ceci afin de préserver la paix sur l'île.

C'est la suite du laborieux feuilleton AstraZeneca contre l'Union européenne. Afin d'enrayer les retards de livraison annoncés par le laboratoire avant même l'homologation de son sérum par l'agence européenne du médicament, et alors que l'UE en avait commandé des millions, l'UE voulait dissuader ses fournisseurs de lui préférer d'autres partenaires, et d'exporter en masse leurs vaccins pour des raisons non « légitimes ». Or le Royaume-Uni importe les vaccins anti-Covid de Pfizer et BioNTech d'une usine en Belgique.

Lors d'un entretien dans la soirée avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le Premier ministre britannique Boris Johnson a exprimé ses « graves préoccupations » face aux intentions de l'UE. « Le Royaume-Uni dispose d'accords légalement contraignants avec les fournisseurs de vaccins et il n'attend pas de l'UE, en tant qu'ami et allié, de faire quoi que ce soit pour perturber l'application de ces contrats », avait reproché un porte-parole de Boris Johnson.

Le gouvernement irlandais a protesté, la Première ministre d'Irlande du Nord Arlene Foster a évoqué « un acte hostile incroyable ». Même l'évêque de Canterbury s'est ému de la décision européenne.

En y renonçant, la Commission a toutefois fait savoir qu'elle envisageait « d'utiliser tous les instruments à sa disposition » dans le cas où « les transits de vaccins et de substances actives vers des pays tiers devaient être utilisés abusivement pour contourner les effets du système d'autorisation ».

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