Comment les souverainistes profitent du Covid pour se faire mieux entendre

Florian Philippot et certains de ses alliés misent sur une rhétorique antisystème, aux accents complotistes, pour gagner en visibilité. Avec un créneau : la liberté, face au basculement vers la «dictature».

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 Florian Philippot, le président des Patriotes, harangue les 250 à 300 manifestants, rassemblés ce samedi 23 janvier au pied du ministère de la Santé pour la douzième semaine de suite.
Florian Philippot, le président des Patriotes, harangue les 250 à 300 manifestants, rassemblés ce samedi 23 janvier au pied du ministère de la Santé pour la douzième semaine de suite. LP/Olivier Lejeune

Florian Philippot cite rarement le pape. Mais ce samedi 23 janvier, le président des Patriotes, harangue les 250 à 300 manifestants rassemblés au pied du ministère de la Santé : « N'ayez pas peur ! » L'assemblée lui répond : « liberté, liberté ! »

Alors qu'un troisième confinement se profile, le souverainiste réunit pour la douzième semaine ses supporters contre ce qu'il appelle la « coronafolie », comprendre les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le Covid qui dessineraient, à l'en croire, un basculement vers la « dictature ». Le couvre-feu? « C'est de l'assignation à résidence, de la torture physique et mentale », lâche-t-il au micro.

Si Marine Le Pen critique la gestion de la crise par l'exécutif, son ancien numéro 2, tout à la fois antivaccin et antimasque, prend depuis plusieurs mois des accents beaucoup plus antisystème qui s'attaquent à la nature même de ces mesures. « Un gouvernement préfère gérer un peuple sous couvre-feu qu'un peuple qui pourrait aller dans la rue », glisse au Parisien Florian Philippot qui laboure ce sillon radical avec des tendances complotistes à travers tweets et vidéos. « On a un autovaccin en nous, ça s'appelle le système immunitaire. […] Personne ne vous en parle, si ce n'est les médecins qui n'ont pas de lien d'intérêt avec les labos », affirmait-il, par exemple, le 11 janvier sur la webTV d'extrême droite TV Libertés.

Au passage, il n'oublie pas d'appeler les internautes à prendre leur carte aux Patriotes, un « passeport pour la liberté et la résistance ». Et à en croire Florian Philippot, en grandes difficultés électorales depuis sa scission avec le FN, ça marche. Son nombre de militants serait ainsi passé de 2 000 à 14 000 en un an. « On a connu une renaissance en 2020, se félicite-t-il. On a créé une identité propre. On avait l'image d'un petit RN, on a celui de la défense des libertés. » « Il voulait être président de parti, il devient un gourou ! » préfère en rigoler Marine Le Pen.

« Tous les défenseurs de la liberté et de la patrie sont les bienvenus »

Parmi les sympathisants croisés devant le ministère, Alix (le prénom a été changé), un Parisien de 24 ans. Cet ancien du FN vient d'adhérer aux Patriotes : « Philippot s'est révélé avec la crise, comme Didier Raoult! » A côté, Baptiste, un étudiant royaliste qui « vomit les tièdes », reconnaît qu'il n'aimait pas jusqu'alors Philippot, porte-drapeau de la dédiabolisation du FN pendant plusieurs années. « Mais là, c'est bien c'est le seul qui s'est investi dans ce combat… »

Pas tout à fait. La semaine précédente, Nicolas Dupont-Aignan a pris part à la manifestation. Le 9 janvier, l'ancien candidat conservateur à la primaire de la droite, Jean-Frédéric Poisson, qui appelle à la « désobéissance civile », a envoyé un représentant. Ont aussi été aperçus ce jour-là Alexandre Simonnot, un intime de Jean-Marie Le Pen, venu représenter le radical Parti de la France ainsi que le nationaliste-révolutionnaire Vincent Vauclin.

« Tous les défenseurs de la liberté et de la patrie sont les bienvenus à s'exprimer ici », clame d'ailleurs au micro Florian Philippot qui s'était déjà affiché avec Marion Maréchal le 2 décembre lors d'un Facebook live sur le sujet. Depuis, son ex-rivale enchaîne les interventions médiatiques pour nuancer la gravité de la pandémie et exprimer ses doutes sur le vaccin.

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De quoi former un front « sanitairement incorrect? » L'ancien candidat souverainiste à la présidentielle François Asselineau promet en tous les cas des initiatives communes. Le 2 janvier, lui, Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan ont déjà écrit à Olivier Véran une lettre dans laquelle ils demandent de rendre publics les résultats des thérapies qui existeraient contre le Covid, comme l'hydroxychloroquine, l'azithromycine, la vitamine D ou… les graines de nigelle. Mélangées avec du miel, « il paraît que ça donne de bons résultats », expliquait récemment François Asselineau. Au point de sortir la galaxie souverainiste du confinement électoral?