Colonisation de l’Algérie : Benjamin Stora se défend d’être contre des «excuses» françaises

Le rapport récemment remis par l’historien français Benjamin Stora à Emmanuel Macron n’en finit plus de faire polémique, aussi en France qu’en Algérie.

 « J’ai écrit dans mon rapport, que je ne voyais pas d’inconvénient à la présentation d’excuses de la France à l’Algérie pour les massacres commis », affirme notamment Benjamin Stora.
« J’ai écrit dans mon rapport, que je ne voyais pas d’inconvénient à la présentation d’excuses de la France à l’Algérie pour les massacres commis », affirme notamment Benjamin Stora. LP/Jean-Baptiste Quentin

Une mise au point. L'historien français Benjamin Stora se défend d'être opposé à des « excuses » de la France pour la colonisation en Algérie, comme il lui a été reproché dans son rapport sur la réconciliation mémorielle entre les deux pays, dans un entretien dimanche avec un journal algérien.

« J'ai écrit dans mon rapport, que je ne voyais pas d'inconvénient à la présentation d'excuses de la France à l'Algérie pour les massacres commis », affirme M. Stora dans un long entretien publié par le quotidien francophone L'Expression, proche du pouvoir.

Son rapport, commandé en juillet par le président français Emmanuel Macron et remis le 20 janvier, continue de soulever une avalanche de critiques, aussi bien en Algérie qu'en France, notamment pour ne pas avoir pris position en faveur d'« excuses » de Paris. « Soyons clairs : il n'y a pas dans mon rapport le slogan, Ni excuses ni repentance », assure l'historien.

Macron exclut de présenter les « excuses » demandées par Alger

M. Macron s'est engagé à prendre des « actes symboliques » pour apaiser les mémoires sur la colonisation et la guerre d'Algérie (1954-1962) mais a exclu de présenter les « excuses » demandées par Alger. En l'absence du président Abdelmadjid Tebboune, soigné en Allemagne pour des « complications » post-Covid-19, Alger n'a pas encore commenté le rapport.

Mais la puissante Organisation officielle des moudjahidine, les anciens combattants de la guerre d'indépendance, a rejeté le document qui « a omis d'aborder […] les différents crimes coloniaux perpétrés par l'Etat français ». « La proposition n'était pas d'écrire une histoire de l'Algérie contemporaine, mais de mesurer les effets de cette guerre d'indépendance dans la fabrication des différents groupes de mémoires en France », souligne Benjamin Stora.

Au cœur de son rapport -futur livre de 200 pages- figure une recommandation clé : créer en France une commission « Mémoires et Vérité », chargée de proposer des « initiatives communes entre la France et l'Algérie sur les questions de mémoire ». Parmi ces initiatives possibles, des gestes symboliques comme faire entrer au Panthéon l'avocate Gisèle Halimi, figure d'opposition à la guerre d'Algérie, accorder une plus grande place à l'histoire de la France en Algérie dans les programmes scolaires ou encore restituer à Alger l'épée d'Abdelkader, héros de la résistance à la colonisation française au XIXe siècle.

Se servir du rapport « comme d'un tremplin »

Mais toutes ces « préconisations ne trouvent pas forcément d'application effective. Cela relève des décisions du monde politique », estime le spécialiste de l'histoire de l'Algérie. « Ce n'est donc pas en tant que + fonctionnaire de l'Elysée + ou conseiller que j'ai travaillé, mais comme un historien […] »

« Au lieu de rejeter (le rapport) en bloc, je crois qu'il est important de s'en servir comme d'un tremplin permettant de faire avancer la cause des Algériens », ajoute-t-il. Dans cette interview, M. Stora se dit surpris par « l'énorme retentissement médiatique » de son rapport, démontrant un « sujet toujours brûlant ».

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A l'approche du 60e anniversaire de la fin de la guerre et de l'indépendance de l'Algérie en 2022, la « réconciliation des mémoires » est un dossier prioritaire entre Alger et Paris. MM. Macron et Tebboune se sont engagés à retravailler sur ce dossier mémoriel dès le retour du président algérien.