Christophe Castaner : «Marine Le Pen est une ennemie de la République»

Alors que Gérald Darmanin la jugeait « trop molle » jeudi sur France 2, le président du groupe LREM à l’Assemblée dénonce la menace que représente, insiste-t-il, la présidente du RN. Il tend aussi la main au LR Renaud Muselier pour les régionales en Paca.

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 « Moi, mon objectif, c’est d’abord que Marine Le Pen ne soit pas première au premier tour de la présidentielle », explique Christophe Castaner.
« Moi, mon objectif, c’est d’abord que Marine Le Pen ne soit pas première au premier tour de la présidentielle », explique Christophe Castaner. LP/Delphine Goldsztejn

Aujourd'hui à la tête du groupe LREM à l'Assemblée, l'ex-ministre de l'Intérieur Christophe Castaner souhaite dans un entretien au Parisien - Aujourd'hui en France le vote d'un texte pour lutter contre les violences économiques faîtes aux femmes, ainsi que de nouvelles mesures avant l'été contre les violences sexuelles.

Quelques jours après le débat sur France 2 au cours duquel son successeur place Beauvau Gérald Darmanin avait jugé Marine Le Pen « trop molle », Christophe Castaner attaque la présidente du RN, expliquant « faire la différence » entre ses adversaires politiques et « les ennemis de la République ». Enfin, il précise ne pas souhaiter être tête de liste LREM aux régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur et tend la main au LR Renaud Muselier.

Une quinzaine de députés LREM réclament un « effort plus massif » pour lutter contre les inégalités, considérant que le compte n'y est pas sur le social. Appelez-vous aussi à un rééquilibrage à gauche du quinquennat ?

CHRISTOPHE CASTANER. Ils se trompent. L' égalité des chances est un combat que nous portons depuis 2017. Nous devons le poursuivre, mais il ne s'agit pas d'avoir un rééquilibrage à droite ou à gauche. Ce que nous sommes, c'est justement le dépassement politique. Ils sont d'autant plus dans l'erreur qu'ils écrivent cette lettre au lendemain d'un Comité interministériel des villes où le gouvernement débloque 3,3 milliards d'euros … Prenez le budget 2021 : il répond à la crise et protège les plus précaires. Jean-Luc Mélenchon, s'il n'était pas dans une opposition pavlovienne, aurait même pu le voter. Nous avons peut-être un problème d'incarnation, mais regardez l'action engagée à travers l'augmentation du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé, du 100 % santé, de la retraite des agriculteurs, des moyens pour l'école, des politiques pour l'apprentissage et l'emploi des jeunes. C'est « de gauche », « de droite », je ne sais pas, mais c'est du réel.

Que proposez-vous en la matière ?

Par exemple, pour poursuivre notre lutte en faveur de l'égalité femmes-hommes, je déposerai, avec mon groupe, une proposition de loi portée par Marie-Pierre Rixain pour lutter contre les violences et les inégalités économiques, la semaine du 8 mars. Trop de femmes en sont encore victimes. Quand votre conjoint détourne vos revenus ou votre carte bancaire, qu'est-ce qu'il vous reste comme autonomie ? Nous voterons donc l'obligation de versement du salaire sur un compte bancaire au nom du salarié ou sur un compte commun, sans possibilité de le verser sur le compte d'un tiers, comme c'est le cas aujourd'hui. Autre exemple : des places en crèche seront réservées aux familles monoparentales bénéficiaires de l'allocation de soutien familial.

Et concernant les violences sexuelles sur les mineurs, dont on parle beaucoup en ce moment ?

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En lien avec nous, le garde des Sceaux a repris une bonne partie des propositions que nous portions depuis plusieurs mois. Maintenant, je veux que l'on aille vite. C'est pourquoi nous inscrirons dans notre semaine parlementaire du mois de mars la proposition de loi de l'Union centriste, déjà votée par le Sénat. Nous instaurerons, entre autres, un âge limite de consentement à 15 ans, et non à 13. Avant l'été, ces nouvelles mesures doivent entrer en vigueur.

Deux propositions de loi viennent d'être déposées par le MoDem pour instaurer la proportionnelle aux prochaines législatives. Vous allez la soutenir ?

Je crois profondément à l'utilité d'instaurer un principe de proportionnelle. Mais il faut voir sous quelle forme, partielle ou intégrale, et dans quels délais. En septembre dernier, François Bayrou disait que c'était une réforme de début de quinquennat. Je le rejoins sur ce point.

Sauf qu'aujourd'hui, il pousse pour accélérer le calendrier et la rendre possible dès 2022…

Il est en effet très offensif. Cela répond à une conviction profonde chez lui. Il est dans son rôle. Même si je ne partage pas les coups de pression ni les menaces.

Alors que préconisez-vous ? Attendre ?

Il faut ouvrir le débat, en menant une réflexion au sein des partis de la majorité. Mais en discuter, ce n'est pas se précipiter, c'est prendre le temps d'échanger. Il y a aujourd'hui trois ou quatre scénarii différents posés sur la table; aucun ne correspond à l'engagement de 2017. Et puis, je ne suis pas convaincu que les Français trouvent que la priorité absolue soit de modifier le mode d'élection des députés. Surtout en plein combat contre la Covid-19.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont désormais au coude à coude dans les sondages de la présidentielle de 2022. En quatre ans, vous n'avez pas réussi à faire reculer le RN…

Rappelons tout de même que ce n'est pas nous qui avons installé le RN : on ne choisit pas nos oppositions ! Mais c'est vrai que l'on n'a pas toujours su rassurer face aux inquiétudes de la mondialisation, la crise sanitaire ne nous a par ailleurs pas aidés. Et Marine Le Pen, elle, surfe sur toutes les angoisses, quelles qu'elles soient, sans rien proposer. C'est frappant avec la crise de la Covid. Est-ce nous avons réglé toutes les peurs de ce pays ? Non. Est-ce que nous pensions que nous les réglerions toutes ? Non plus. Mais nous avons mené des combats avant la crise sanitaire, en faisant baisser le chômage, en rendant du pouvoir d'achat, par exemple par la suppression de la taxe d'habitation.

Alors comment expliquez-vous qu'elle soit si haut ?

D'abord, elle profite de l'effacement politique des LR. Et puis, la réalité, c'est que depuis plus de trente ans dans ce pays, l'extrême droite de la famille Le Pen est là. Marine Le Pen, c'est un peu la Tanguy de la politique, elle vit dans la demeure idéologique familiale, de père en fille. Moi, mon objectif, c'est d'abord qu'elle ne soit pas première au premier tour de la présidentielle. Car je fais la différence entre mes adversaires politiques et les ennemis de la République. Les ennemis de la République sont mes ennemis. Et Marine Le Pen, par son discours de stigmatisation permanente, d'affaiblissement de nos valeurs, est une ennemie de la République.

Elle peut être élue présidente de la République ?

Malheureusement, le pire est toujours possible. Eviter le pire est un combat permanent.

Des rumeurs évoquent la possibilité que vous soyez chef de file aux régionales en Paca, qu'en est-il exactement ? Serez-vous le chef de file ?

Pour être clair, je ne me désintéresse pas de ce qui s'y passe. Mais je ne souhaite pas être tête de liste. Je pense aussi que le RN est une menace : n'oublions pas leurs 44 % au second tour en 2015. Ce n'est pas Renaud Muselier qui a été élu à l'époque (NDLR, il a remplacé Christian Estrosi parti en cours de mandat). Il y a donc un risque politique majeur. Refuser le front républicain, comme le font hélas beaucoup aujourd'hui, c'est la meilleure façon de banaliser le parti de Marine Le Pen. Pour cela, comme pour ce qu'il est, on peut travailler avec Renaud Muselier.

Dès le premier tour ?

Oui, je tends la main à Renaud Muselier pour qu'ensemble on se batte pour la région et contre le même adversaire. Il sait ce que je pense, je ne sais pas ce qu'il veut. Maintenant, il faut aller vite.