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Carole Delga (PS) : «Rester rassemblés pour contrer le RN aux régionales»

Présidente PS de la région Occitanie, Carole Delga est très critique sur la gestion de la crise sanitaire par l’exécutif et souhaite davantage de concertation. Pour les régionales de 2021, elle met en garde la gauche contre les risques de la division.

 Carole Delga, élue en 2015 à la présidence de la région Occitanie, dirige une majorité de gauche formée des socialistes, des radicaux de gauche, des communistes et des écologistes.
Carole Delga, élue en 2015 à la présidence de la région Occitanie, dirige une majorité de gauche formée des socialistes, des radicaux de gauche, des communistes et des écologistes. Hans Lucas/AFP/Frédéric Scheiber

Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie, s'alarme du manque de concertation de l'exécutif. Pour les régionales de mars, elle appelle la gauche à se rassembler pour contrer notamment le Rassemblement national.

Comment jugez-vous la façon dont le gouvernement gère la crise sanitaire ?

CAROLE DELGA. Ce qui est très préjudiciable, c'est la verticalité des décisions prises. La fameuse méthode macroniste s'est encore vérifiée la semaine dernière avec la fermeture des bars et des restaurants à Marseille et en Guadeloupe, imposée sans aucune concertation, ni avec les élus locaux ni avec les représentants de ces professions. Cette méthode, les Français ne la supportent plus. Au début du confinement, le système centralisé était totalement paralysé. Ce sont les régions qui ont compensé, notamment pour les commandes de masques! Aujourd'hui, la méthode Castex diffère de celle d'Edouard Philippe, qui nous avait habitués à une certaine condescendance vis-à-vis des élus locaux. Une plus grande concertation permettrait une meilleure acceptation par les citoyens. La vérité ne se trouve pas dans le VIIe arrondissement de Paris. Le terrain, lui, ne ment pas. Cette déconnexion fait de plus en plus de mal au pays.

VIDÉO. A Marseille et en Guadeloupe, les restaurants ferment pour 15 jours

Quelle est l'expérience phare que vous retirez de cette crise ?

Qu'il faut faire plus confiance aux gens qui sont sur le terrain ! Le système gagnerait en efficacité et en acceptabilité grâce à plus de décentralisation et aussi plus de déconcentration. L'Etat doit plus travailler avec les territoires, les écouter, leur faire confiance. Le couple préfet-président de région a bien fonctionné pour agir sur le plan sanitaire économique, social et scolaire. Il faut faire en sorte que cela change, les gens le demandent, avec raison, et il en va de l'avenir même de la République.

Vous êtes à la tête d'une région de 6,2 millions d'habitants touchée de plein fouet économiquement. Que faut-il faire pour enrayer la crise économique et sociale ?

D'abord faire preuve de courage et de volontarisme politique. Il faut renforcer l'intervention publique, en temps de crise mais aussi pour anticiper et gérer les mutations à long terme. En Occitanie, je viens de créer une Agence régionale pour les investissements stratégiques destinée à entrer dans le capital de sociétés indispensables à notre souveraineté sanitaire et industrielle. Elle sera dotée de 80 millions d'euros et grâce à la sécurisation que représente l'intervention publique, les banques et les investisseurs privés seront incités à s'y joindre. Autre élément fort, notre Green New Deal, qui a pour socle une convention citoyenne, avec des citoyens tirés au sort. Il doit engager la mutation économique et écologique qui s'impose pour être acceptée par tous.

Est-ce que l'exécutif fait preuve de ce volontarisme ?

La mise en œuvre du plan de relance en sera la preuve ou pas. Si les fonds sont gérés par Bercy, ça ne marchera pas. Il faut une régionalisation des financements et des projets. Dans les prochains mois, on saura si ce plan ne sera finalement qu'un chapelet d'annonces ou une réalité. Reconnaissons cependant au gouvernement de Jean Castex un changement positif. Il vient d'accepter de compenser partiellement les pertes enregistrées par les régions en raison de la crise et de la baisse des recettes de TVA, soit 600 millions sur un total de 1,2 milliard d'euros, ce qui va nous permettre de soutenir concrètement l'emploi. Ce qu'avait toujours refusé de faire Edouard Philippe.

VIDÉO. Plan de relance : « L'objectif est de créer 160000 emplois en 2021 », annonce Castex

De nombreuses critiques se sont élevées contre les blocages administratifs. Vous en avez pâti aussi ?

Il y a beaucoup trop d'agences auxquelles l'Etat mais aussi les autorités locales délèguent leur mission. Cela entrave l'efficacité de l'action publique. Il est clair, par exemple, que les agences régionales de santé manquent d'agilité pour gérer la crise que nous traversons. Moi-même, depuis mon élection en 2015, j'ai fait passer de 18 à 4 le nombre d'agences en Occitanie. Il faut simplifier car on doit décider plus vite et plus fort.

Pour les prochaines régionales, vous aurez face à vous quelques poids lourds des Républicains, du RN et de la majorité, mais aussi des écologistes. Cela ne risque-t-il pas de faire perdre la gauche ?

J'appelle à ce que la majorité de gauche que je dirige avec les socialistes, les radicaux de gauche, les communistes et les écologistes, continue de travailler ensemble car les résultats sont là. Il faut rester rassemblés, si ce n'est au premier, en tout cas au second tour, pour contrer notamment le Rassemblement national. Ce que nous faisons en Occitanie démontre qu'il y a une place pour une gauche pragmatique, une écologie populaire, d'autant que les Français ne veulent ni de la politique injuste de Macron ni du projet d'extrême droite de Marine Le Pen.