Biélorussie : devant les députés français, Svetlana Tikhanovskaïa demande une aide concrète

« Les sanctions, c’est très important mais ce n’est pas assez », a souligné l’opposante biélorusse.

 L’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, le 7 octobre 2020, à Berlin.
L’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, le 7 octobre 2020, à Berlin. AFP/John MACDOUGAL

La cheffe de file de l'opposition biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa a appelé mercredi la France à aider ses concitoyens victimes de la répression politique et à soutenir les médias indépendants dans son pays, secoué depuis août par une vague de contestation populaire contre le président Alexandre Loukachenko.

« Aidez le peuple biélorusse, aidez à éviter la violence et le conflit civil! Aidez à sortir de cette crise de manière digne, aidez-nous à conduire des élections libres et équitables », a-t-elle lancé lors d' une audition en visioconférence devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

Si elle a réitéré son appel à « faire pression » sur le président Loukachenko, dont la réélection le 9 août est très contestée avec, chaque dimanche, des manifestations massives pour obtenir de nouvelles élections, elle a aussi insisté sur une aide concrète aux manifestants victimes de la répression.

« Les sanctions, c'est très important mais ce n'est pas assez », a-t-elle souligné tout en demandant un « élargissement de la liste » de responsables biélorusses visés par des sanctions de l'Union Européenne pour leur implication dans la répression de l'opposition.

Couloir humanitaire et soutien aux étudiants

« Nous avons besoin d'aide pour la société civile, pour les gens qui descendent dans les rues manifester au péril de leur vie », a insisté Svetlana Tikhanovskaïa, adversaire d'Alexandre Loukachenko à la présidentielle et désormais réfugiée en Lituanie. « Nous avons beaucoup de personnes qui ont subi des violences et qui ont besoin d'aide médicale », a-t-elle dit en plaidant pour la mise en place d'un « couloir humanitaire » à cette fin vers les pays de l'UE.

Elle a aussi demandé de l'aide pour « les journalistes indépendants », qui n'ont plus d'accréditation et couvrent à leurs risques et périls les manifestations. « Ce serait précieux d'avoir une aide de votre part en ce sens », a-t-elle insisté.

Les « fonds de solidarité » pour les prisonniers politiques, les manifestants qui ont perdu leur travail, ceux qui ont dû quitter leur pays, les étudiants expulsés des universités « peuvent nous aider », a-t-elle également souligné. Citant l'exemple de pays de l'UE comme la Lituanie et la Pologne, elle a aussi invité la France à accueillir des étudiants biélorusses poursuivis dans leur pays afin qu'ils puissent continuer leurs études à l'étranger. « Il faut être plus courageux dans vos propositions d'aide et il faut être unis, soutenir les initiatives d'autres pays de l'Union européenne », a appuyé l'opposante.

« Nous avons toujours admiré le courage du peuple français et sa culture politique. Aujourd'hui, le peuple biélorusse démontre aussi son courage », a-t-elle lancé, en remerciant la France et son président pour leur « aide inestimable ». Le président Emmanuel Macron avait promis, lors d'une rencontre avec Svetlana Tikhanovskaïa le 29 septembre à Vilnius, d'aider à la médiation de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) dans la crise politique.

« Dernière dictature d'Europe »

Svetlana Tikhanovskaïa a aussi invité les parlementaires français à se rendre à Minsk pour voir de leurs propres yeux les manifestations. « Ce n'est pas dangereux pour les étrangers » d'aller en Biélorussie et cela enverrait un « signal fort de soutien », a-t-elle assuré.

Côté LREM, la députée Anne Gentet a exprimé la « solidarité du peuple français » face à ce « mur de violences ». « Vous incarnez ceux qui peuvent faire tomber la dernière dictature d'Europe ! », a-t-elle lancé. « Vous avez des paroles fortes, celles d'un peuple en mouvement. Lorsqu'un peuple bouge, il décide ! », a renchéri Didier Quentin pour Les Républicains.

Le député communiste Jean-Paul Lecoq, dressant un parallèle entre « la répression des manifestations en France, des Gilets jaunes » et celle « beaucoup plus violente » en Biélorussie, a répliqué : « Dans les deux cas ce n'est pas acceptable ! ». Il faut « oser dire à ceux qui franchissent les lignes et qui asservissent les peuples que ça ne peut plus durer ! », a-t-il martelé.