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Après son carton au Sénat, Bruno Retailleau accélère pour 2022

L’ambitieux patron des sénateurs LR vient de se faire réélire avec un score record au moment où plus personne ne croit à une candidature de François Baroin. Mais sa ligne est rejetée par la plupart des cadres.

 Ce mercredi, Bruno Retailleau sera réélu haut la main à la tête du groupe LR, majoritaire au Sénat.
Ce mercredi, Bruno Retailleau sera réélu haut la main à la tête du groupe LR, majoritaire au Sénat. AFP/Loic Venance

Sur les réseaux sociaux, Bruno Retailleau n'a pas hésité, visuel à l'appui, à rappeler qu'avec plus de 70 % des voix, il est le sénateur qui, au scrutin proportionnel, a été le mieux élu de France dimanche dernier. « Il faut remonter à Maurice Couve de Murville ( ancien Premier ministre du général de Gaulle, NDLR ) en 1986 pour trouver un tel résultat! », s'enthousiasme l'un de ses proches. Ce mercredi, il sera réélu haut la main à la tête du groupe LR, majoritaire au Sénat. Du carburant pour passer à la vitesse supérieure, car l'ancien bras droit de François Fillon ne cache nullement ses ambitions élyséennes.

Même si son siège en Vendée n'était pas menacé, le sénateur a fait une campagne marathon au cours des dernières semaines. Avec un objectif, désormais atteint : afficher le résultat le plus élevé possible pour démontrer qu'il sait rassembler bien au-delà de sa ligne. « Dans le mini-monde sénatorial, son score compte. C'est clairement une réponse à ceux qui disent qu'il ne peut pas gagner, qu'il représente la droite dure », se réjouit l'un de ses lieutenants. La réélection haut la main de Bruno Retailleau intervient au bon moment pour lui, celui où la grande famille de la droite commence à comprendre que leur meilleur espoir, François Baroin, n'ira pas se jeter dans la bataille.

Quant à Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, même si leurs relations se réchauffent avec le parti, ils n'ont pas prévu de reprendre leur carte chez LR. Reste donc Bruno Retailleau pour prétendre porter les couleurs du parti à la présidentielle. « Il bénéficie d'un alignement des planètes », constate le sénateur Pierre Charon. Même s'il n'a strictement aucune valeur scientifique, le sondage que celui-ci a organisé le 16 août sur Twitter, et auquel ont participé plus de 20 000 personnes, n'est pas passé inaperçu chez LR : il plaçait le Vendéen largement en tête avec 55,1 % des voix, devant François Baroin à 22 %.

«Il va aller à la rencontre des Français rapidement»

De quoi confirmer ce que beaucoup à LR craignent : en cas de primaire, le « pire système à l'exception de tous les autres » comme le répète son principal avocat Bruno Retailleau en paraphrasant Churchill, le patron des sénateurs LR aurait ses chances. Le corps électoral, qu'il s'agisse du reliquat de militants LR comme des sympathisants du parti, est en effet réputé bien plus radicalisé. Perspective urticante pour les dirigeants de LR. « Pour beaucoup d'élus, Retailleau reste un bigot légèrement facho ! Et puis, il traîne Fillon (NDLR : dont il a été l'un des derniers soutiens) comme un boulet », observe un bon connaisseur des Républicains.

« La droite ne peut gagner que sur une ligne populaire. Si Retailleau l'emporte, il jette dans les bras de Macron une bonne partie des élus », craint un cadre LR, tenté par l'option Xavier Bertrand. Précisant dans la foulée : « De toute façon, il n'y aura pas de primaire. » Le sujet, très sensible, divise. Début septembre, il a été décidé qu'un « mode de départage » doit être défini en avril 2021, au lendemain des élections régionales, « sur la base des propositions d'un groupe de travail » qui doit être mis en place après les sénatoriales. L'entourage de Bruno Retailleau confirme qu'il entend bien s'y investir fortement. D'autant plus que contrairement à plusieurs de ses rivaux, il ne sera pas accaparé d'ici fin mars par la campagne des régionales. « Il peut partir plus vite que les autres » pour 2022, se réjouit un « retailliste ».

Un besoin aussi car Bruno Retailleau a un déficit de notoriété sur ses rivaux. Le sénateur vient certes de faire son entrée dans le baromètre Elabe (pour Les Echos et Radio Classique) mais il ne pointe qu'à la 20e place (27 % d'image positive) des personnalités les plus populaires auprès des sympathisants de droite. loin derrière Bertrand (63 %), Baroin (59 %), Pécresse (56 %) ou Dati (49 %). « Il va aller à la rencontre des Français rapidement et présenter un projet bien ficelé », comme l'avait fait un certain François Fillon, croit savoir un proche qui conclut : « Les choses sérieuses vont enfin commencer. »