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«Le président nous a demandé des mesures très fortes» : après Conflans, Macron prépare ses réponses

Avant la tenue d’un Conseil de défense à l’Elysée ce dimanche, le président et le gouvernement ont enchaîné samedi les réunions. Objectif : apporter des réponses fortes après l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty qui suscite une immense émotion.

 Emmanuel Macron vendredi 16 octobre devant le collège de Conflans-Saint-Honorine (Yvelines) où enseignait Samuel Paty.
Emmanuel Macron vendredi 16 octobre devant le collège de Conflans-Saint-Honorine (Yvelines) où enseignait Samuel Paty. AFP/pool/Abdulmonam Eassa

« Des méthodes de charognards. » L'expression, cinglante, est lancée par la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa. Elle vise la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, tout en rhétorique guerrière après l'assassinat, vendredi 16 octobre, de Samuel Paty, un professeur d'un collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) tué et décapité quelques jours après avoir montré à ses élèves une caricature de Mahomet lors d'un cours d'éducation civique.

A aucun moment depuis l'attentat, l'unité nationale, « indispensable » (selon le président) n'a soudé la classe politique. « La droite et la gauche peuvent balayer devant leur porte car, aujourd'hui, il nous manque des armes juridiques qui n'ont jamais été données, d'où la loi séparatisme. Et on récupère la radicalisation de gens qui ont été élevés dans l'environnement de laisser-faire, de laisser-aller, de la naïveté des années 1990-2000 », déplore Gérald Darmanin auprès du Parisien-Aujourd'hui en France.

Si elle avait pu accorder quelques bons points à Emmanuel Macron voilà quinze jours après son discours aux Mureaux (Yvelines) sur le « séparatisme islamiste », la droite, en particulier, fait monter la pression sur le thème « Macron parle mais n'agit pas ». « Aux Mureaux, il y avait aussi des moyens, des mesures annoncés », balaie l'entourage du président. L'enjeu est de taille pour le chef de l'Etat, plus que jamais attendu sur des résultats concrets. Il ne peut, dans le contexte glaçant de l'assassinat d'un professeur, apparaître sans réponse ni solution aux yeux des Français. Même le patron de LFI Jean-Luc Mélenchon a demandé samedi de « réprimer efficacement là où est le mal ».

« Nous n'avons pas l'intention de ne pas réagir face à ces agissements inadmissibles »

Depuis le drame, l'exécutif prend donc soin d'occuper le terrain et prépare la riposte. Après le déplacement du chef de l'Etat à Conflans dans la soirée de vendredi, c'est au gouvernement de s'afficher en première ligne. « Nous n'avons pas l'intention de ne pas réagir face à ces agissements inadmissibles », a assuré le Premier ministre Jean Castex, en ouvrant samedi matin une rencontre avec des représentants des personnels de l'Education nationale.

Au sommet de l'Etat, et avant la tenue du Conseil de défense prévu ce dimanche en fin de journée à l'Elysée, les réunions se sont enchaînées samedi. En fin de matinée, dans le bureau de Jean Castex à Matignon, avec Jean-Michel Blanquer (Education), Gérald Darmanin (Intérieur), Eric Dupond-Moretti (Justice) et Marlène Schiappa (Citoyenneté). Puis place Beauvau, dans l'après-midi. « Le président nous a demandé des mesures très fortes, que ses paroles de vendredi soir se transforment en actes, nous confie le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Il s'agit d'orchestrer une réponse très ferme. » Reste à savoir quelle en sera, sur le fond, la teneur.

Dans l'immédiat, les ministres de l'Education nationale et de l'Intérieur planchent sur de nouvelles mesures de protection de la communauté éducative après cette attaque sans précédent à l'encontre d'un professeur. « Je serai, et notre pays sera à vos côtés pour vous protéger, vous permettre de faire votre métier », a promis Jean-Michel Blanquer, après avoir reçu les syndicats de professeurs.

Les réseaux sociaux dans la ligne de mire

« Il y a un sujet plus global que protéger. On peut mettre des policiers devant chaque école, devant chaque journal, mais c'est une guerre contre l'ennemi de l'intérieur que nous avons à mener. C'est ce qu'a décrété le président », martèle en écho Gérald Darmanin. Pour la conduire, le gouvernement regarde notamment du côté des réseaux sociaux, point attendu sur la table du Conseil de défense ce dimanche.

Place Beauvau, on est certain que la loi Avia contre la haine en ligne – censurée en juin par le Conseil constitutionnel – aurait empêché la diffusion de la vidéo d'un parent d'élève qui avait désigné Samuel Paty à la vindicte. Au lendemain de l'attentat, instruction a d'ailleurs été donnée de référencer les tweets ou messages Facebook se félicitant de l'attentat, afin de contrer l'apologie du terrorisme.

VIDÉO. Emmanuel Macron à Conflans-Sainte-Honorine : «Un attentat islamiste caractérisé»

« Le sujet, ce n'est plus seulement de lutter contre le terrorisme, mais aussi contre tous ceux qui créent le climat de séparatisme. Il y a une vraie lutte dure à mener contre ce genre de propagande, sur les réseaux sociaux notamment, et contre les structures associatives ou commerciales afférentes », ajoute le ministre de l'Intérieur. Marlène Schiappa entend, dans cette optique, convoquer les patrons des filiales françaises de Twitter, Facebook ou Google, mais aussi Instagram, Tiktok, Snapchat mardi au ministère.

Le futur projet de loi sur le séparatisme, attendu le 9 décembre en Conseil des ministres pourrait-il, en outre, être le véhicule de mesures complémentaires ? Possible… « Cela peut toujours être enrichi, complété, affiné », juge-t-on à l'Elysée.

La droite et le RN en embuscade

En face, la droite aussi affûte sa réponse. Les députés LR, qui avaient constitué un groupe de travail pour phosphorer sur la loi séparatisme, accélèrent. Le président de groupe Damien Abad révélera très rapidement des pistes pour combattre l'islamisme et singulièrement son entrisme dans l'école. « Vu le contexte, on ne pouvait pas attendre », explique-t-on au groupe. Au Sénat, le parti de Christian Jacob va faire examiner lundi une proposition de loi sur la laïcité afin d'inscrire dans la Constitution la prééminence des règles de la République sur religions ou origines, avec l'objectif d'exclure les partis communautaristes des financements publics prévus pour les candidats aux élections.

Quant à la présidente du RN, Marine Le Pen, elle entend également donner de la voix lors d'une déclaration à la presse lundi matin. Son entourage assure qu'elle sera « solennelle ». En clair, les adversaires de Macron n'entendent pas lui laisser le monopole de la riposte.