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Anniversaire de la mort de Jacques Chirac : que reste-t-il de son clan ?

Un an après la mort de l’ex-président, ses plus fidèles lieutenants continuent de se voir et de discuter. Ils étaient réunis vendredi pour un hommage. Une histoire de copains et de transmission politique.

 Si le destin et la carrière ont dispersé les « bébés Chirac », certains, comme François Baroin et Christian Jacob, ont gardé l’habitude de se voir plusieurs fois par an.
Si le destin et la carrière ont dispersé les « bébés Chirac », certains, comme François Baroin et Christian Jacob, ont gardé l’habitude de se voir plusieurs fois par an. LP/Aurélie Ladet

Un clin d'œil du ciel. Lorsque Christian Jacob, accompagné de François Baroin, remonte l'avenue principale du cimetière Montparnasse vendredi, la pluie, drue, a cessé subitement. Le patron de LR se dirige vers la tombe de Jacques Chirac, accompagné des plus fidèles de l'ancien chef de l'Etat, de cinq néodéputés LR et d'une dizaine de jeunes républicains parisiens, pour un hommage « intimiste » à l'ancien patron, la veille du premier anniversaire de sa mort.

Aux côtés de Christian Jacob et de François Baroin, le président des Yvelines Pierre Bédier, les anciens députés Philippe Briand, Frédéric de Saint-Sernin, Yves Censi, l'avocat Francis Szpiner. Ces « jeunes chiraquiens d'il y a 30 ans devenus les vieux chiraquiens d'aujourd'hui », comme le dit Christian Jacob, déposent une gerbe de fleurs sur la sobre tombe dans le silence.

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Ils savent que le lendemain, les fans et les nostalgiques de « Chichi » viendront nombreux fleurir la sépulture, y déposer une pomme. Eux voulaient un moment à eux. Ce clan des chiraquiens, il s'est formé il y a une trentaine d'années, à l'orée de la décennie 90. Aussi appelés les « bébés Chirac », ce commando léger était prêt à tout pour défendre le chef, malgré les vents contraires.

La campagne présidentielle de 1995 aura été « fondatrice » pour eux, se souvient Frédéric de Saint-Sernin. D'abord donné largement perdant à droite face à un Edouard Balladur grand favori, ils sont peu nombreux à continuer de serrer les rangs autour du maire de Paris.

«Prêts à mourir politiquement» pour leur président

Ils en sont récompensés. Certains rentrent au gouvernement ou à l'Elysée, d'autres deviennent ses vigies à l'Assemblée. Au Palais Bourbon, justement, le fameux « groupe des dix » (Henri Cuq, Guy Drut, Didier Quentin, Max Dubernard, Bernard Accoyer, Renaud Muselier, Hervé Gaymard, Philippe Briand, Christian Jacob et François Baroin) est en première ligne.

« On a été d'une très grande efficacité entre 1997 et 2002, pour tenir le groupe, mener des coups. Aucun cadeau n'était fait à Jospin (NDLR : devenu Premier ministre de cohabitation) », se remémore François Baroin, affirmant que la troupe « était prête [e] à mourir politiquement » pour son président.

Ils le voient régulièrement, « lui donnent le pouls du pays », confie Didier Quentin. « Chirac nous connaissait par cœur, nous le connaissions par cœur. Les silences entre nous étaient les plus éloquents », se souvient l'ancien champion olympique du 110 m haies, Guy Drut. Mais l'ambiance entre eux est aussi propice à la déconne. « C'était très carabin, mais toujours sympa. Ils avaient traversé le désert ensemble… » sourit aujourd'hui Valérie Pécresse, patronne de la région Ile-de-France et à l'époque « petite main » à l'Elysée. Et Renaud Muselier de glisser : « On était soudés comme des copains de classe ». Ou de régiment.

De fidèles chiraquiens sont venus se recueillir et déposer une gerbe de fleurs sur la tombe de l’ancien président de la République./LP/Aurélie Ladet
De fidèles chiraquiens sont venus se recueillir et déposer une gerbe de fleurs sur la tombe de l’ancien président de la République./LP/Aurélie Ladet  

Les années ont passé et les destins ont pris des chemins parfois différents. Certains, comme Baroin et Jacob, ont fini par soutenir Sarkozy en 2016, mais les bébés Chirac ont gardé l'habitude de se voir plusieurs fois par an. Pendant des années, lors de repas à la Questure de l'Assemblée (occupée par Cuq, puis Briand, réputé pour ses talents d'imitateurs de Chirac) puis chez les uns ou les autres.

Des parties de chasse en Ile-de-France ou en Camargue, chez Muselier, aussi. « On s'est toujours beaucoup aimé et on est restés très liés », reconnaît Saint-Sernin, pour qui le « compagnonnage » est inscrit dans l'ADN du chiraquisme.

«Ce qui intéressait, Chirac, c'était l'homme»

Une notion aussi floue que le parcours idéologique du mentor est sinueux. « C'est une approche humaniste des choses », s'essaie Christian Jacob. « Il y a une filiation gaulliste, un humanisme au service du pays. Ce qui intéressait, Chirac, c'était l'homme », abonde François Baroin. « Les principes du chiraquisme reviennent en politique : son intuition sur la complexité du monde, le fait d'être au-dessus des partis, l'attachement à l'ordre public, au dialogue social, à l'intérêt pour ce qui n'est pas Paris… » analyse Maurice Gourdault-Montagne, qui fut longtemps son « sherpa » diplomatique.

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Treize ans après le départ de Chirac de l'Elysée et un an après sa mort, les hussards bleus de la Chiraquie poussent encore leurs positions. Avec Christian Jacob, ils ont conquis le parti. Avec François Baroin, ils ont pensé pouvoir reconquérir la France. Mais plus personne ne semble croire que le maire de Troyes puisse se présenter à la prochaine présidentielle.

« Si Baroin devait être candidat à la présidentielle, glisse le jeune secrétaire général de LR Aurélien Pradié, la vision du monde chiraquienne perdurerait. Mais avec l'hypothèse qu'il ne le soit pas, la question de la transmission de son âme politique devient plus urgente. »

Quand les ex-bébés Chirac jouent à plouf plouf

Le 1er septembre dernier, plusieurs des irréductibles (Jacob, Baroin, Villepin, Muselier, Drut, Gourdault-Montagne) se sont retrouvés en mairie du XVIe arrondissement de Paris, autour du nouveau maire Francis Szpiner. L'intéressé venait de récupérer le bureau de leur mentor à l'Hôtel de ville. Une photo pour la postérité, parue dans Paris Match, autour de cette large table Louis XV de bois verni et de dorures, devenue relique politique.

Et surtout prétexte à apéro entre copains. « On est resté trois plombes ! » sourit Drut. Pour savoir lequel d'entre eux aurait le devoir de se présenter à la présidentielle pour porter haut les valeurs de Chirac, les convives ont joué à « plouf plouf ». Cette fois, pas de clin d'œil du ciel. Ce n'est pas Baroin qui a été désigné mais Villepin… lequel était alors déjà parti. Énième facétie chiraquienne, ou signe que « le Grand », comme ils l'appellent, demeure irremplaçable.

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