Anne Hidalgo mise sous pression sur l’armement de sa future police municipale

Alors que les députés sont en passe de valider la création d’une police municipale dans la capitale, des opposants à la maire de Paris lui reprochent de ne pas vouloir équiper les futurs agents d’armes létales.

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 Anne Hidalgo défend mordicus un modèle reposant sur la « complémentarité » entre police nationale et police municipale.
Anne Hidalgo défend mordicus un modèle reposant sur la « complémentarité » entre police nationale et police municipale. LP/Arnaud Dumontier

« C'est un pas historique », s'est réjouie Anne Hidalgo. Dans le cadre de l'examen du projet de loi « sécurité globale », les députés s'apprêtaient à lever ce mercredi soir les derniers freins à l'arrivée, l'an prochain, d'une police municipale à Paris, seule ville française de plus de 10000 habitants avec Brest à ne pas en disposer.

Longtemps opposée à la création d'un tel corps avant de s'y rallier en 2018, la maire (PS) de Paris en avait fait une promesse de campagne. « Historique », saluent en écho ses opposants macronistes et de droite, qui se réjouissent de ce tournant. Mais pour s'inquiéter presque aussitôt du fait que les futurs agents, qui seront 5000 d'ici à 2024, ne porteront pas d'armes létales, mais des bâtons de type tonfa, des bombes lacrymogènes et des gilets pare-balles.

«Irresponsable», juge Rachida Dati

Nettement insuffisant au regard de la menace terroriste et du contexte sécuritaire des dernières semaines, juge ainsi le député (LREM) de Paris Sylvain Maillard. « J'en appelle à la responsabilité de la maire, lance-t-il. Il faut protéger ceux qui nous protègent en les armant. S'ils se retrouvent face à des terroristes ou au grand banditisme, il leur sera difficile de se défendre avec des matraques ». Co-rapporteur du projet de loi « sécurité globale », le député LREM et ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue a également mis en garde Anne Hidalgo qui reste inflexible sur le sujet. « C'est une erreur mais ce sera de sa responsabilité » a-t-il prévenu sur RTL.

« Irresponsable » tonne également Rachida Dati, maire (LR) du VIIe arrondissement et ancienne candidate à la mairie de Paris, pour qui « Anne Hidalgo est dans une position idéologique et électoraliste, otage de ses partenaires Verts », réticents à la création même d'une police municipale. Et l'ex-garde des Sceaux de demander « à ce que l'Etat puisse remédier à cette carence et l'obliger à armer la police municipale », ce que le gouvernement refuse.

Favorable dans un premier temps à une formation à l'armement des policiers municipaux, le député (Agir) de Paris Pierre-Yves Bournazel souhaite que le débat se poursuive au sein du Conseil de Paris. « Anne Hidalgo a été élue par les Parisiens et je suis respectueux du fait démocratique, mais je pense qu'elle peut évoluer sur la question, que l'on peut la convaincre », estime-t-il.

«Pas de confusion des rôles», répond l'équipe d'Hidalgo

Reste qu'à l'Hôtel de Ville, on défend mordicus un modèle reposant sur la « complémentarité » entre police nationale et police municipale. « Nos policiers ne seront pas appelés en première intervention sur des actes terroristes ou des braquages qui relèvent de la police nationale et de ses services spécialisés, assure Nicolas Nordman, adjoint à la sécurité d'Anne Hidalgo. Et les équiper d'armes létales n'est pas utile dans le cadre des missions de présence dans la rue, de médiation de proximité et de verbalisation des incivilités qui seront les leurs ».

L'adjoint revendique « un modèle complètement différent de celui de Nice », ville où six policiers municipaux sont intervenus pour maîtriser le terroriste de la basilique Notre-Dame, le 29 octobre « Nous ne voulons pas être dans la confusion des rôles. A Nice, je remarque que cela a eu pour conséquence un désengagement très important de la police nationale. » Ce feu nourri des opposants sur l'armement des policiers municipaux parisiens interroge enfin l'élu. « Dans cette surenchère, il y a peut-être une volonté de nous discréditer et de minimiser ce changement considérable qui sera porté au crédit d'Anne Hidalgo. C'est une erreur : nous aurons une vraie police municipale qui nous permettra d'améliorer la sécurité des Parisiens. »