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À Marseille, l’épineuse question d’un conseil scientifique local

Lundi, l’adjointe Samia Ghali a proposé la création d’un conseil scientifique propre à la ville. L’entourage de la maire de Marseille en a largement atténué la portée. Certains interlocuteurs se montrent très sceptiques.

 L’adjointe à la mairie de Marseille Samia Ghali a proposé la création d’un conseil scientifique propre à Marseille. Ce mardi, Michèle Rubirola a quelque peu freiné ses ambitions.
L’adjointe à la mairie de Marseille Samia Ghali a proposé la création d’un conseil scientifique propre à Marseille. Ce mardi, Michèle Rubirola a quelque peu freiné ses ambitions.  LP/Olivier Corsan

L'offensive de Samia Ghali prend du plomb dans l'aile. Lundi, pendant le conseil municipal de Marseille et en l'absence de Michèle Rubirola, pour raison médicale, l'adjointe en charge de l'égalité des territoires a pris la parole afin de proposer la création d'un conseil scientifique propre à la ville de Marseille, présenté comme un réel contre-pouvoir à la gestion de la crise sanitaire au niveau national.

Ce conseil scientifique, disait-elle, est censé permettre de « voir quelles sont les carences et qu'on ait une vision, et qu'on ne dépende plus de certains scientifiques parisiens, mais qu'on soit aussi nous-mêmes en capacité de dire ce qui va et ce qui ne va pas, pour ne plus subir la foudre de Paris », expliquait-elle lundi.

« Des décisions incompréhensibles »

La vigueur de ses propos est évidemment liée à la polémique qui a suivi le placement de Marseille en zone d'alerte maximale, déclenchant le 23 septembre la fermeture de tous les bars et restaurants, dénoncée par de nombreux élus locaux comme étant injustifiée au vu de l'évolution de l'épidémie là-bas. Sa proposition en conseil municipal, il faut le dire, a rencontré un certain succès.

Sa prise de parole a été gratifiée d'une certaine approbation par le premier adjoint à la mairie, Benoît Payan. « Munis d'un conseil scientifique qui nous permettra de prendre des décisions, on pourra nous-mêmes éclairer ce gouvernement », déclarait-il lundi, après avoir à son tour dénoncé des « décisions incompréhensibles » et une « bataille de chiffres » avec l'exécutif. Une prise de parole qui a poussé Samia Ghali à se féliciter de sa démarche sur les réseaux sociaux.

Ce projet, pour autant, n'a pas fait l'objet d'un vote en bonne et due forme. « La création du conseil scientifique n'a pas été votée, nous confirmait lundi après-midi Samia Ghali. J'ai fait la proposition de sa création et le premier adjoint a dit que c'était un outil utile qu'il fallait mettre en place. Donc le principe est acté », assurait-elle.

Un certain doute a fini par s'installer dans la Cité phocéenne. Dans un tweet publié lundi en fin d'après-midi, Michèle Rubirola a fini par faire savoir sur Twitter qu'elle travaillait bien « depuis plusieurs semaines à la création d'un conseil scientifique et citoyen, aide indispensable à la prise des meilleures décisions, pour construire une réponse sanitaire globale ».

Jointe, la municipalité n'a pas souhaité préciser mardi matin les contours d'un tel conseil. Pas plus que les fameux médecins qui seraient amenés à y travailler. « À ce stade rien n'a encore été voté, le projet n'est pas encore finalisé », nous indique-t-on sobrement.

Des interlocuteurs pas formellement approchés

Du côté des interlocuteurs potentiels de ce projet, rien ne semble encore très avancé. La préfecture des Bouches-du-Rhône nous a renvoyés vers la municipalité. A l'IHU de Marseille, on nous fait savoir que les échanges - fréquents entre l'institut et les services municipaux, n'ont à ce jour pas formellement porté sur la création d'un tel conseil. « Nous avons toujours été à la disposition de la mairie et nous le serons encore à l'avenir », tient-on à préciser. « À ce stade, les services de l'AP-HM n'ont pas été formellement approchés au sujet de la création d'un service scientifique ou un comité d'expertise », complète le service de communication des Hôpitaux de Marseille.

Le mistral semble avoir quelque peu tourné ce mardi matin à la mairie de Marseille. Auprès de France Inter, Michèle Rubirola a tenu à préciser le cadre des travaux conduits ces dernières semaines. Bien que se disant à l'écoute de Samia Ghali, elle a revu à la baisse les ambitions premières de son adjointe, qui n'a pas répondu à nos sollicitations ce jour. « Ce n'est pas ça du tout qu'on veut mettre en place; on ne veut pas de conseil scientifique qui serait calqué sur celui du gouvernement […] On n'est pas contre Paris, c'est ce que je veux dire, on ne veut pas se substituer aux institutions existantes. On veut mieux évaluer l'impact des mesures à prendre, pour mieux évaluer les données chiffrées », explique-t-elle.

« Le bordel dans la majorité municipale »

Un projet encore précisé auprès de l'AFP par son entourage : « Ce que Michèle Rubirola a en tête, et elle en parle depuis longtemps, c'est une commission technique de travail pour arriver à créer une plateforme centrale pour recueillir toutes les informations sur le Covid ». Cette commission, qui pourrait être formalisée au début du mois de novembre, poursuivrait deux objectifs : analyser les données chiffrées et mieux évaluer les mesures à prendre ou déjà prises.

Une série de rebondissements qui fait réagir l'opposition marseillaise. « Un conseil scientifique, ou une commission technique, ça ne tient pas la route. Ça n'ajoutera que du désordre, pointe une figure marseillaise. Samia Ghali est une habituée des coups médiatiques et là ça crée le bordel dans la majorité municipale. Elle veut exister, le premier adjoint se fait calife à la place du calife, et au final on ne fait que relancer la guerre Paris-Marseille. Ce qu'il fallait faire, c'était contester dès le début les décisions ministérielles, avec des arguments sérieux. »

Marseille, pour autant, pourrait-elle avoir semé quelques petites graines dans les esprits d'élus locaux? Interrogée par France Bleu Paris, Olivia Polski, adjointe à la mairie de Paris, s'est dite favorable ce mardi matin à l'instauration d'un comité scientifique local dans la capitale.