Violences sexuelles : «Il y a du ménage à faire chez les pompiers», exige la CGT

Dans un communiqué, la CGT pompiers réclame que son administration «sorte de l’inertie intolérable qui bénéficie toujours aux agresseurs» et apporte son soutien aux victimes. Des propos qui résonnent de façon particulière à Paris après l’affaire Julie.

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 Paris, le 7 février 2021. A l’appel de sa mère, une manifestation a été organisée en soutien à Julie qui accuse une vingtaine de pompiers de viols.
Paris, le 7 février 2021. A l’appel de sa mère, une manifestation a été organisée en soutien à Julie qui accuse une vingtaine de pompiers de viols. LP/M.-A.G.

Les pompiers s'expriment rarement. Encore moins sur des affaires gênantes de violences sexuelles et de viols commis par les leurs. Alors quand la CGT pompiers rompt le silence, on s'étonne.

Dans un communiqué brûlant, le syndicat affirme qu'« il n'y a pas de place pour les prédateurs et les violences sexistes dans notre corporation ». Et dénonce certains sapeurs-pompiers qui « ont abusé de l'image positive et de la confiance » dont elle bénéficie. La CGT pompiers exige également que son administration « sorte de l'inertie intolérable qui bénéficie toujours aux agresseurs ».

Pourquoi une prise de parole si soudaine ? « Il y a eu beaucoup de cas en peu de temps. Il y a du ménage à faire chez les pompiers. On veut que l'administration arrête de mettre des œillères, insiste Alain Darmey, membre de la CGT des services départementaux d'incendie et de secours. C'est un milieu avec 80 % d'hommes dans lequel il y a quand même une palanquée de salopards. L'idée d'avoir des brebis galeuses nous offusque. »

En écho à l'affaire Julie, qui affirme avoir été violée quand elle avait 13 ans

Ses propos résonnent de façon particulière à Paris. D'ailleurs, toujours dans son communiqué, la CGT pompiers fait notamment écho à l'emblématique, récente et douloureuse affaire Julie. Cette jeune femme qui affirme avoir été violée par une vingtaine de pompiers de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) quand elle avait 13 ans.

« La parole des victimes n'a pas à être tue, ostracisée, disqualifiée, dévalorisée, moquée, minimisée, et nous croyons au témoignage de Julie », peut-on lire alors que sa plainte pour viol avait été requalifiée en « atteinte sexuelle » en 2019.

D'autres affaires ont auparavant entaché la réputation des pompiers parisiens. En 2018, dix anciens membres de la prestigieuse équipe de gymnastique des pompiers de la ville comparaissaient pour des violences et agressions sexuelles sur deux recrues en 2012.

En 2019, sept pompiers de la caserne Plaisance (14e) étaient placés en garde à vue après l'ouverture d'une enquête par le parquet de Paris du chef de viol en réunion. Et en 2020, un soldat du feu de la capitale était interpellé car soupçonné d'avoir violé une policière.

La BSPP a pris des mesures «pour éviter ces dérives»

Depuis l'affaire Julie, la BSPP se targue pourtant d'avoir pris « des mesures proactives pour éviter ces dérives » et entend « appliquer une tolérance zéro » envers les violences sexuelles, notamment via des cours théoriques ou des exercices pratiques et des mises en situation.

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« On ne cautionnera jamais des faits de ce type, affirme la lieutenant-colonel Claire Boët. Mais aucune corporation ne peut se prévaloir de n'avoir en son sein que des brebis blanches. » Pour elle, les cas de violences sexuelles au sein de la BSPP « restent des cas isolés ».

«Salutaire», selon l'élue écologiste Alice Coffin

Ce n'est pas l'avis d'Alice Coffin, élue écologiste au Conseil de Paris, qui dénonce, elle, « un problème systémique » chez les pompiers. Pour la militante féministe, ce communiqué de la CGT est « un texte très important » qui traduit une « lucidité sur une responsabilité collective ».

« Les propos sont puissants, le titre aussi (Pas de violeurs chez les pompiers). Je ne l'ai que trop peu vu dans d'autres cas. J'espère que ça peut encourager d'autres corporations à faire de même. C'est salutaire. »

Lorraine Questiaux salue pour sa part « un acte courageux qui doit contribuer à faire cesser les violences au sein de cette profession ». « C'est un message clair aux victimes. Un message de soutien », applaudit-elle encore. L'avocate féministe dénonce « l'omniprésence de la pornographie, le vocabulaire dénigrant pour les femmes, l'hypersexualité » de la culture pompière. Pour elle, « la culture du viol est profondément ancrée chez les pompiers. Elle fait presque partie du processus d'embrigadement. »