Une «vitrine virtuelle» pour dynamiser le click and collect chez les commerçants du XVe à Paris

La plate-forme Internet Paris15.shop, gratuite, simple à gérer et à utiliser, est expérimentée avec une vingtaine de commerces de proximité. Un dispositif de soutien pendant la crise qui pourrait s’étendre à d’autres quartiers de la capitale.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 La plate-forme Paris15.shop réunit déjà une vingtaine de commerçants et restaurateurs du XVe arrondissement. (Capture d’écran)
La plate-forme Paris15.shop réunit déjà une vingtaine de commerçants et restaurateurs du XVe arrondissement. (Capture d’écran) Dr

Ils sont restaurateurs, fleuristes, confiseurs, parapharmaciens, vendent des vêtements, des collants, des produits régionaux… Tous confrontés à l'imparable : continuer vaille que vaille à faire tourner les boutiques et les affaires, après bientôt un an de dépérissement sous perfusion. Amorcé par certains commerçants pendant le premier confinement, le « click and collect » a gagné du terrain à Paris lors du deuxième, mais pour bon nombre il reste un luxe de temps et de gestion.

Bientôt une application mobile

Dans le XVe arrondissement, qui recense plus de 4000 commerces toutes catégories confondues, une initiative pilote commence à creuser son sillon : Paris15.shop. Ses concepteurs espèrent l'imposer comme « LA » plate-forme idéale de soutien aux commerces de proximité convertis au click and collect.

Ils seraient ici près d'un millier potentiellement concernés par les attraits de cette vitrine virtuelle gratuite, facile à gérer et à utiliser, lancée le mois dernier avec une vingtaine de commerçants et restaurateurs prêts à jouer la confiance et tenter l'expérience. Après cette phase pilote, la plate-forme s'enrichira en mars d'une application mobile.

Yves Romestan (à droite) et Julien Cotel, concepteurs de la plate-forme Paris15.shop dédiée aux commerçants du XVe arrondissement. DR
Yves Romestan (à droite) et Julien Cotel, concepteurs de la plate-forme Paris15.shop dédiée aux commerçants du XVe arrondissement. DR  

Dédiée aux commerces du XVe, l'arrondissement cher au cœur de ses concepteurs mais aussi le plus peuplé et l'un des plus commerçants de la capitale, la plate-forme vise déjà une galerie de 200 à 300 commerces de proximité d'ici à avril. Soit environ un tiers des commerces indépendants potentiellement touchés.

Le fondateur a beau avoir passé pas mal d'années à l'étranger, notamment aux Etats-Unis, et afficher une carrière plutôt brillante auprès des directions de grands groupes internationaux, il n'en reste pas moins « un enfant du XVe ». Un businessman revenu aux sources « pour transmettre et donner », ainsi que l'assure Yves Romestan, passé de la communication stratégique planétaire à un engagement plus local, changeant d'échelle mais pas de méthode.

3 à 8% de commission, zéro frais d'abonnement

Son idée pour les commerçants du XVe ? « Quand on a vu l'impact de la crise sur le commerce local, on s'est dit qu'il ne fallait plus attendre, explique-t-il. Il y avait quelque chose à faire pour soutenir les commerçants indépendants, mais quelque chose qui les accompagne, qui soit tourné à la fois vers eux et vers les consommateurs, et ne soit pas une pompe à finances comme il en existe beaucoup ! »

Pas d'abonnement, pas de frais d'inscription, pas de cotisation ni de seuil de chiffre d'affaires. La plate-forme retient forfaitairement 3 % du montant des ventes réalisées par les commerçants, durant les six premiers mois, puis 8 %.

« On est loin des 20 à 40 % d'autres sites », défendent les fondateurs, qui s'engagent à réinvestir les sommes en campagnes publicitaires, durant six mois, pour faire connaître et adopter ce « centre-ville virtuel » de commerçants parisiens. « C'est une initiative d'entrepreneurs qui ont eu envie de se mobiliser pour d'autres », insiste Yves Romestan, la main sur le cœur.

Toucher une clientèle plus large

L'intérêt pour ces commerçants ? « Cela leur apporte un canal de vente supplémentaire, qui crée du passage en boutique et peut même élargir leur public en touchant des clients qui viennent de plus loin que le seul bassin naturel du quartier », milite le fondateur, qui souligne que « permettre à une activité de reprendre ou de continuer, cela permet aussi de préserver des emplois. Il faut que ce soit bénéfique pour tout le monde. Tous ces commerces se battent et ont envie de se faire aider. Notre point fort, c'est le digital, et nous faisons le pari que cette marketplace deviendra la norme. »

Newsletter L'essentiel du 75
Un tour de l'actualité à Paris et en IDF
Toutes les newsletters

A terme, l'ambitieux modèle de Paris15.shop pourrait se dupliquer dans tous les arrondissements parisiens, et rêve déjà de gagner les villes de province. Car en pratique, « c'est d'une grande simplicité, de l'inscription à la gestion », complète Julien Cotel, le « monsieur digital » de l'équipe. Pour les clients aussi, les commerçants étant répertoriés selon de grandes catégories.

« Chaque boutique peut réellement personnaliser son profil. L'idée est d'être efficace et rapide dans l'utilisation, poursuit-il. Nous assistons les commerçants pour la création de leur vitrine, le suivi, les mises à jour, la maintenance. »

En revanche les paiements se font directement entre commerçant et client, ce dernier choisissant impérativement, à la commande, une date et un créneau horaire de retrait. Les concepteurs travaillent aussi à la création d'une « option livraison » à vélo, en partenariat avec la coopérative de livreurs Olvo, à 4 euros forfaitaires pour le client.

«J'ai pu mettre en valeur des chocolats et j'ai eu des commandes !»

Pour Fabrice Le Gallic, la vitrine virtuelle est l’occasion de mettre en valeur des produits d’exception. LP/Elodie Soulié
Pour Fabrice Le Gallic, la vitrine virtuelle est l’occasion de mettre en valeur des produits d’exception. LP/Elodie Soulié  

Au quotidien, dans sa boulangerie-pâtisserie de l'avenue Emile-Zola (XVe), Fabrice Le Gallic n'a pas besoin de plate-forme Internet ni de « vitrine virtuelle » pour vendre son (bon) pain au sortir du fournil.

Pourtant, il est bien l'un des premiers commerçants inscrits sur Paris15.shop. Pour cet artisan pâtissier et chocolatier, elle est en effet d'une grande aide « pour vendre des produits un peu plus exceptionnels, notamment les chocolats, dont j'aurais probablement arrêté provisoirement la fabrication pendant cette période compliquée. Mais le site leur donne une visibilité inédite. »

« J'ai pu mettre en valeur les chocolats mais aussi les gâteaux d'exception que l'on fait pour des occasions spéciales, et j'ai eu des commandes ! s'enthousiasme l'artisan, installé dans ce quartier depuis dix-huit ans. De plus, le site est facile à gérer, sans engagement, avec une commission que j'estime raisonnable. C'est vraiment une bonne idée. »