«Un conflit d’ego qui a dégénéré» : Yhoann, 18 ans, victime de la guerre des bandes à Paris

Pour la première fois, en novembre dernier, la rivalité entre la porte de Saint-Ouen et celle de Clignancourt, à Paris, a fait un mort : Yhoann, 18 ans. Nous sommes retournés sur les lieux du drame.

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 Paris (17e), décembre 2020. Une marche blanche avait été organisée pour rendre hommage à Yhoann.
Paris (17e), décembre 2020. Une marche blanche avait été organisée pour rendre hommage à Yhoann. DR

Pas une fleur. Pas de petit mot. Pas de photo non plus. La rue du Général-Henrys a retrouvé son calme. Pourtant c'est là, devant le numéro 7 de cette petite artère disgracieuse du 17e arrondissement de Paris le 30 novembre 2020, que Yhoann, tout juste 18 ans, a rendu son dernier souffle au pied d'un immeuble de briques, victime d'une guerre entre quartiers.

Car depuis des années, des jeunes de la porte de Saint-Ouen s'opposent à d'autres jeunes de la porte de Clignancourt éloignée de très exactement 1,2 km. « C'est surtout entre le 17e et le 18e arrondissement », relate un grand de la porte de Saint-Ouen. Dans les jours qui ont suivi la mort de Yhoann, il a monté un collectif appelé « Protégeons nos quartiers » et il a organisé une marche blanche. « C'était la première fois qu'il y avait un mort dans ces circonstances ici », explique-t-il. Dans cette rue, des HLM et des logements privés. « Ce n'est pas une cité », note ce grand frère.

«C'était un jeune bien»

L'origine de ce drame reste floue. « Des bêtises », croit-il savoir. Des invectives, sur les réseaux sociaux, puis une volonté d'apaiser les choses. « Ce soir-là, au départ, ils se voyaient pour discuter. C'est un conflit d'ego qui a dégénéré », poursuit-il. Les palabres se sont finies dans le sang et les larmes. Yhoann vivait depuis ses 14 ans dans le quartier, chez sa tante. « Mais c'était comme s'il avait grandi ici, il jouait au foot en salle avec nous, c'était un jeune bien. »

Les jours qui ont suivi, début décembre, les tensions ont flambé entre les deux quartiers. Les représailles n'ont pas tardé. Le 1er décembre, un adolescent a été blessé d'un coup de couteau porte de Clignancourt. Plusieurs rixes ont aussi été recensées vers la mi-décembre toujours sur fond de vengeance.

Ces représailles auraient pu faire un autre mort le 4 décembre. Ce jour-là, elles s'exportent dans le 13e au hasard d'une rencontre. Deux adolescents de la porte de Saint-Ouen évoquent la mort de Yhoann avec un jeune de la porte de Clignancourt. « Il leur a répondu : Je m'en fous, c'est bien fait pour vous », relate un habitant du quartier. Course-poursuite à pied. Descente dans la station de métro Tolbiac. Le jeune est rattrapé dans une rame de la ligne 7 et reçoit un coup de couteau près de la carotide. Son pronostic vital n'est pas engagé.

Les quinze jours qui ont suivi ont été tendus. « Des habitants de la porte de Saint-Ouen, côté 18e, marchaient jusqu'à la porte de Clignancourt pour aller prendre le métro pour ne pas entrer dans le 17e, poursuit un grand du quartier. C'est une histoire de territoire. C'est comme une frontière entre deux pays qui se font la guerre. »

«Ils ne représentent qu'une minorité»

« Ce sont des jeunes qui vont dans les mêmes écoles, ils ne représentent qu'une minorité dans ces quartiers. En plus, ce sont des jeunes dont les parents s'occupent d'eux », reprend le fondateur du collectif. Néanmoins, selon un agent de la Ville qui travaille en tant que médiateur, « toutes les semaines nous avons des remontées d'informations sur des risques de rixes ». « On travaille en lien avec notre équipe du 18e pour prévenir les risques. Il y a aussi des surveillances sur les réseaux sociaux. »

Si plane dans l'atmosphère cette menace de voir des bandes violentes en découdre, dans la réalité, ces deux quartiers offrent aujourd'hui un visage calme. Le patron d'une boucherie halal note : « Depuis 2013 que je suis là, il n'y a jamais eu de souci. Au début, il y avait parfois quelques groupes de jeunes. Mais maintenant, c'est tranquille et avec le couvre-feu, plus rien ne se passe le soir. » Ce sentiment est le même dans la plupart des commerces et chez les habitants.

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Et chez les premiers concernés, les adolescents, le souci est ailleurs. « C'est surtout avec la porte d'Asnières (17e) qu'il y a des soucis, c'est des fous », affirme un jeune de 14 ans. En janvier 2020, un ado de ce dernier quartier avait été blessé d'un coup de couteau par des jeunes de la porte de Saint-Ouen.