Un commando écolo s’attaque à la pollution lumineuse des magasins à Paris

Kevin, Arnaud, Hugo et Lionel se sont donné pour mission d’éteindre un maximum d’enseignes allumées la nuit par les commerçants à Paris. Ce mouvement, baptisé « Lights off », a été impulsé dans plusieurs villes de France après une vidéo virale postée sur TikTok par deux jeunes Marseillais.

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 Un collectif éteint les enseignes des magasins qui restent allumées la nuit pour lutter contre la pollution lumineuse.
Un collectif éteint les enseignes des magasins qui restent allumées la nuit pour lutter contre la pollution lumineuse. LP/Samolé Dubart

Il est 18 heures, les derniers retardataires du couvre-feu se pressent dans des rues parisiennes encore très fréquentées. Kevin, Arnaud, Lionel et Hugo sont à contresens. Pour eux, il n'est pas question de rentrer. « Nous avons une mission ce soir », précise Kevin, le sourire aux lèvres. D'abord, ils s'enfoncent dans quelques-unes des artères encore bien illuminées. « Pour nous, comme pour beaucoup, voir autant de lumières allumées le soir alors que personne ne passe c'est une aberration. On veut seulement prendre les choses en main, y remédier à notre façon ».

Des commandos «Lights off» la nuit à Paris

Le petit groupe se met alors à s'échauffer. Ils ont repéré un boîtier externe, habituellement nécessaire aux secours pour couper le courant en cas d'urgence. Tout s'enchaîne alors très vite. Kevin prend de l'élan, jette un dernier coup d'œil au boîtier, court et s'élance. Le jeune homme de 28 ans vient de grimper au mur, et d'éteindre l'enseigne d'un magasin de prêt-à-porter. « Je voulais seulement tester », précise-t-il.

Une conscience écologique

Tennis aux pieds, le petit groupe se remet alors en mouvement. Ce sont des « Yamakasis », des « Freerunners », et des « pros de l'escalade », avec une conscience écologique. Ils participent au mouvement « Lights Off », une opération qui a pour objectif d'éteindre les enseignes de magasins laissées allumées par les commerçants. Ce vendredi soir, il s'agit de « leur première sortie », précise Arnaud.

Ce jeune n'a que 19 ans, et pourtant la question environnementale lui tient à cœur. « Je pense que dans ma génération, tout le monde est au courant que la planète va mal, alors si on peut agir, à notre niveau, c'est cool, il faut le faire », s'enthousiasme-t-il. Déjà professeur chez Blast, une salle de parkour (NDLR : cette discipline de franchissement d'obstacles urbains ou naturels de façon acrobatiques et agiles) et de sports urbains, Arnaud maîtrise plusieurs techniques lui permettant d'accéder à ces boîtiers.

Un collectif baptisé «Lights off» éteint les enseignes des magasins/LP/Samolé Dubart
Un collectif baptisé «Lights off» éteint les enseignes des magasins/LP/Samolé Dubart  

Tous ne sont cependant pas des professionnels du parkour. A l'image de Kevin, qui est, du lundi au vendredi, chercheur en océanographie et climatologie. Le jeune homme pratique pourtant le parkour depuis l'âge de 13 ans, et a récemment rejoint le collectif On the Spot, inspiré du mouvement initié par le Gang Wizzy, à Marseille.

«Ce n'est pas tant le chiffre qui compte»

Aux alentours de 22 heures, le petit groupe s'installe. Nous sommes sur les Champs-Elysées, les repérages ont été faits, la technique peaufinée. Les jeunes hommes sont révoltés. « Regardez ça, tout est allumé ! », lâche Arnaud. « Il n'y a personne, absolument personne, seulement quelques véhicules ». Et pourtant toutes les enseignes brillent. Kevin entame alors une suite d'extinction, à chaque boîtier son « Yamakasi ». Malheureusement, il est impossible pour le jeune groupe d'éteindre toutes les enseignes. Parfois le boîtier n'est pas en extérieur, parfois il se montre défectueux.

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« De toute façon, ce n'est pas juste en éteignant une poignée de lumières parisiennes que nous aurons une énorme influence sur la consommation d'énergie et sur la pollution lumineuse en France » rapporte Hugo. « Par contre, cette action peut avoir un réel impact au niveau de la population, avec une popularité grandissante du mouvement » espère le jeune.

Etudiant en troisième année de physique, Hugo place beaucoup d'espoir en ce mouvement. « Si je fais ça, c'est parce que c'est mon seul moyen de contribuer à la diminution de la pollution lumineuse ». Depuis près de six ans, il pratique ce sport urbain. Six années qui lui ont permis de renforcer ses capacités, et, aujourd'hui, de les mettre à profit de cette cause. Idem pour Lionel, qui lui est coach en parkour freerun à Urban Jump, à Saint-Brice (Val-d'Oise). « Je pense que cette question écologique devrait tous nous préoccuper », avoue-t-il.

Jusqu'au milieu de la nuit, les « Yamakasis » galopent de boîtier en boîtier. « Ce n'est pas tant le chiffre qui compte », indique Kevin. « Mais bien de faire passer un message fort sur la pollution lumineuse ». Légalement, les magasins ont pour obligation d'éteindre leurs enseignes « entre une heure et six heures du matin » et pour les commerces en activité la nuit, la loi porte sur un éclairage ne devant pas commencer « une heure avant l'ouverture », et avec la possibilité de « la laisser allumer jusqu'à une heure après la fermeture ».