Travaux, emploi, oeuvres d’art : quelles conséquences aura la fermeture du centre Pompidou à Beaubourg ?

Le projet de rénovation du centre Pompidou était «dans les tuyaux» depuis longtemps. L’annonce de la fermeture totale de l’établissement durant trois ans pour mener le chantier a cependant surpris tout le monde. Voici les 5 questions qui se posent.

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 Place Georges-Pompidou (IVe). Le centre Pompidou – où le chantier de réfection de la fameuse « chenille » bat son plein — fermera totalement ses portes aux visiteurs de 2023 à 2027 pour une rénovation complète.
Place Georges-Pompidou (IVe). Le centre Pompidou – où le chantier de réfection de la fameuse « chenille » bat son plein — fermera totalement ses portes aux visiteurs de 2023 à 2027 pour une rénovation complète. LP/Benoit Hasse

Personne ne sait encore quand les musées, inaccessibles pour cause de crise sanitaire, pourront rouvrir au public. On sait en revanche déjà que le centre Pompidou refermera vite ses portes. Ce sera à la fin 2023… pour une reprise de son activité début 2027, au mieux. La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, l'a confirmé lundi dans le Figaro.

Le chantier de rénovation du grand musée national d'art contemporain, inauguré en 1977, ne sera pas mené en « site occupé ». Le géant de tubes et de métal situé dans le quartier Beaubourg de Paris n'accueillera plus aucun visiteur, mais que des ouvriers. Cette fermeture longue durée, encore entourée de pas mal d'incertitudes, pourrait être lourde de conséquences pour tout le cœur de la capitale. Décryptage d'un chantier qui fait déjà polémique.

Ces travaux sont-ils indispensables ? « Ce chantier est plus que nécessaire. Il est tout simplement inévitable. C'est une question de sécurité vis-à-vis des visiteurs comme des œuvres », insiste Serge Lavisgnes, le président du centre Pompidou, qui rappelle que le bâtiment conçu il y a près de 50 ans par Renzo Piano et Richard Rogers, a mal vieilli. Les travaux programmés viseront en priorité à débarrasser l'ensemble du bâtiment de l'amiante… présente à peu près partout. Dans les cloisons, les plafonds, la façade du bâtiment mais aussi les systèmes d'attache des fenêtres qui devront toutes être déposées.

La remise aux normes des systèmes de sécurité anti-incendie (et notamment le remplacement des peintures coupe-feu sur d'innombrables éléments de structure) est également prévue. Le changement du système de chauffage de l'édifice – qui date de la conception du centre et qui est aujourd'hui qualifié de « scandale écologique »- figurera dans le programme du chantier. Enfin, des travaux de structure seront menés pour permettre d'accéder à la grande Bibliothèque publique d'information (BPI), installée en haut du bâtiment, et aux parties muséales du centre par la même entrée. « Pour revenir à l'esprit d'origine du bâtiment », rappelle-t-on à Beaubourg.

Pourquoi une fermeture totale ? Deux options ont été examinées : un chantier mené par tranches en maintenant le centre partiellement ouvert au public ou une fermeture complète. « J'ai choisi la seconde, car elle s'avérait moins longue dans le temps, et un peu moins chère », a indiqué la ministre de la Culture.

« Le chantier coûtera 200 millions d'euros (M€) contre 226M€ si nous étions restés ouverts, confirme Serge Lavisgnes. Mais ce n'est pas l'argument financier qui a été déterminant. Un chantier en site occupé n'aurait pas permis le retrait de l'ensemble de l'amiante, il aurait duré 7 ans au lieu de 3 et aurait en outre été très négatif pour l'image du centre Pompidou. Nous courrions le risque de voir la fréquentation baisser peu à peu. Mieux vaut fermer et rouvrir de manière spectaculaire que de donner l'impression d'un centre pluriculturel en perpétuel chantier. »

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Que deviendront les employés pendant trois ans ? « On nous parle de redéploiement. Mais où, quand, dans quelles conditions ? Pour l'instant, nous n'en savons pas grand-chose », souligne ce mardi Eric Hervo, responsable CGT de Pompidou, dans l'attente d'une date pour une réunion avec les autres syndicats pour décider de la réponse à apporter à la direction.

Le centre Pompidou emploie près d'un millier d'agents, dont 900 qui n'ont pas le statut de fonctionnaire mais celui de contractuel. « Nous avons pris l'engagement qu'il n'y ait aucun licenciement. Les agents seront redéployés dans d'autres musées ou établissements culturels ou continueront à travailler pour Pompidou sur les opérations hors-les-murs que nous allons mettre en place », rassure-t-on à la direction.

Les employés de la bibliothèque publique – environ 150 personnes — ont, eux, un (tout petit) peu plus de visibilité sur leur avenir. La BPI, qui accueille plus d'un million de visiteurs par an, doit en effet être délocalisée pour continuer à fonctionner durant le chantier. Reste « juste » à trouver un site d'au moins 10 000 mètres carrés dans Paris intra-muros et bien desservi par les transports en commun. « C'est loin d'être fait », rappelaient ce mardi des employées de la BPI avec angoisse.

120 000 œuvres d'art rendues invisibles ? « Pompidou ne va pas disparaître pendant trois ans », rassure Serge Lavisgnes, en soulignant que la fermeture du vaisseau amiral de Beaubourg va se traduire par une importante opération de décentralisation.

Le plus grand musée d'art contemporain de France abrite plus de 120 000 œuvres d'art, dont seulement 5 % sont exposées. Elles vont donc voyager. Une partie devrait rejoindre les réserves en cours d'aménagement à Massy. Une autre partira dans des musées en région où à l'étranger, avec lesquels Pompidou compte multiplier les partenariats. Enfin, d'autres œuvres seront prêtées aux centres « Pompidou » de Malaga (Espagne), de Bruxelles (Belgique), de Shanghai (Chine) ou de Metz (Moselle).

Quelles conséquences pour le quartier? « Cette annonce de fermeture, c'est une catastrophe », se lamente Cécile Destregard, directrice de la chaîne de glacier Louise qui avait ouvert son « flagship » face au centre Pompidou en 2019. « Ici, la clientèle est à 100 % touristique. Nous ne sommes pas encore sortis de la crise du Covid qu'on nous annonce déjà trois ans à venir sans clients. On ne tiendra pas. »

« Je suis un peu déçu que l'option de la fermeture totale ait été retenue », enchaîne Ariel Weil, maire (PS) de Paris centre, regrettant un manque de concertation avec les riverains et les élus locaux en amont du projet. « Pompidou est déjà en chantier », souligne l'élu, en rappelant que la réfection de la « chenille » (les escaliers roulants extérieurs) débutée en 2019 a déjà eu un impact sur le quartier. « Il y a visiblement eu un problème de planification, reprend l'élu. Ce centre, c'est un joyau… Mais il n'est pas hors-sol. Il est au cœur d'un écosystème qui n'a pas forcément été pris en compte. »