Toxicomanes «défoncés» au crack, insécurité... l’appel au secours des commerçants du faubourg Saint-Martin à Paris

Stalingrad n’a pas le monopole des problèmes liés au trafic de crack. Les commerçants du haut faubourg Saint-Martin tout proche se disent, eux aussi, «impactés».

 Rue du Faubourg-Saint-Martin (Xe). Emilie Danois qui tient une boutique de lingerie ferme désormais à clé son commerce pour éviter les intrusions de toxicomanes. Les clients doivent attendre qu’on leur ouvre. « Comme dans une bijouterie ! »
Rue du Faubourg-Saint-Martin (Xe). Emilie Danois qui tient une boutique de lingerie ferme désormais à clé son commerce pour éviter les intrusions de toxicomanes. Les clients doivent attendre qu’on leur ouvre. « Comme dans une bijouterie ! » LP/Benoit Hasse

Ils ont tous signé sans hésiter ! Les membres de l'association des commerçants du Haut Faubourg Saint-Martin (Xe) viennent d'envoyer une lettre commune, en forme d'appel au secours, à la mairie d'arrondissement, pour afficher leur « colère face à l'insécurité grandissante » dans leur quartier.

En cause : l'effet report dû aux mesures d'éviction des usagers de crack qui squattent sur la place de la Bataille de Stalingrad (XIXe)… et qui seraient de plus en plus nombreux à faire des « incursions » dans la rue Faubourg-Saint-Martin. « C'est particulièrement le cas sur tronçon situé entre Chateau-Landon et Louis-Blanc où les incidents se sont récemment multipliés », précise Claude Rey, la responsable de l'association des commerçants.

Un déplacement de la toxicomanie

Si cette marchande de jouets, installée dans la paisible rue Parodi côté canal Saint-Martin avoue être un peu à l'écart du phénomène, elle ne compte plus les témoignages alarmants de ses collègues. « Cela va de la mendicité agressive aux cambriolages en passant par les vols à l'étalage ou même les agressions physiques », détaille-t-elle en datant le début des ennuis dans le secteur à la période du d émantèlement de la « colline du crack » à la porte de la Chapelle.

La consommation de crack a-t-elle explosé à Paris ?

« Cela s'est aggravé après le déconfinement. Le quartier, populaire mais tranquille, a changé en quelques mois », complète Emilie Danois, gérante de la lingerie-corsetterie « historique » qui trône face au métro Louis-Blanc. « Depuis je me suis fait cambrioler une fois, mon voisin le coiffeur deux fois… », se désole la commerçante qui ferme désormais sa boutique à clé même pendant les horaires d'ouverture, histoire de pouvoir « contrôler » les clients avant de le faire entrer. « Comme dans une bijouterie ! »

Des flacons vides en rayons dans la pharmacie

Des commerçants de la rue ont adopté d'autres stratégies de protection. La pharmacie, qui devrait se doter d'un vigile, n'expose plus dans les rayons de parapharmacie que des flacons vides… à cause des multiples vols à l'étalage. En face, un boucher qui avait eu le tort de refuser de donner à manger à un couple de toxicomanes « complètement défoncés » rentrés dans sa boutique a eu droit à de la casse. « Ils ont renversé par terre et cassé sa rôtissoire avant de partir », raconte un de ses voisins.

Difficile de pointer du doigt l'insuffisance des effectifs de surveillance pour expliquer la recrudescence d'incidents dans le secteur. Le commissariat central du Xe est situé… à 100 mètres de la rue du Faubourg-Saint-Martin. Et les passages des véhicules de police comme du service de sécurité de la mairie de Paris sont fréquents.

Une pétition en préparation

« Mais les policiers nous disent qu'ils travaillent pour rien », note un commerçant anonymement. « Quand ils chassent un toxicomane – entre nous on les appelle les zombies — il est de retour une heure après », conclut-il pour expliquer le désarroi de tous ses collègues du quartier. Leur courrier à la mairie d'arrondissement (qui avait déjà alerté la mairie centrale sur le sujet au sortir du confinement) n'a pour l'instant pas suscité de réponse.

« On va prolonger ce courrier par une pétition. En y associant les riverains, qui subissent également les nuisances des toxicomanes (notamment des vols de vélos dans les cours). Puis on envisage d'autres actions, si rien ne bouge », conclut un membre de l'association des commerçants.