Tati Barbès et le siège de l’AP-HP à Paris vont être transformés… en logements !

La troisième édition de Réinventer Paris est lancée depuis ce mardi matin. Les deux premières, en 2016 et 2019, avaient des vocations culturelles, hôtelières ou d’équipements variés. Cette fois-ci, l’objectif est uniquement de transformer des lieux d’activités professionnelles en logements.

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 Tati Barbès a annoncé sa fermeture. Bâtiment emblématique du quartier, il devrait être transformé en logements.
Tati Barbès a annoncé sa fermeture. Bâtiment emblématique du quartier, il devrait être transformé en logements. LP/Chloé Barbaux

Dans quelques années, des privilégiés habiteront peut-être dans les anciens magasins de Tati Barbès, superbe immeuble haussmannien du 18e arrondissement vue sur le métro aérien et le Louxor. Ou dans les murs de ce garage, quai de Grenelle (15e) avec vue sur la tour Eiffel. Ces deux adresses font partie du programme « Réinventer Paris 3 », initié par la Ville pour y créer du logement dans des immeubles privés d'activités commerciales ou de bureaux. Une opération urbaine lancée ce mardi matin lors d'une conférence de presse.

Paris présente dans un premier temps quatre sites de locaux d'activité professionnelle qui vont totalement changer de vocation. Deux sites municipaux profiteront de cette même programmation : le site universitaire du 19, rue des Bernardins dans le 5e arrondissement (900 m2) et l'ancien centre de ditrisbution électrique du 6, rue d'Aboukir, dans le 2e arrondissement, sur 5 000 mètres carrés. Le logement est la vocation unique de l'opération « Réinventer Paris 3 » lancée par Emmanuel Grégoire (PS), premier adjoint à la maire de Paris chargé de l'urbanisme et de l'architecture et Ian Brossat (PCF), adjoint en charge du logement.

Un projet phare à Barbès

Ces annonces ne vont pas manquer de créer quelques petites révolutions de quartiers. Le site le plus emblématique de ces opérations consiste en effet à transformer les 6 500 mètres carrés de Tati Barbès, lieu du commerce de vêtements pas chers, boulevard de Rochechouart (18e), en immeuble d'habitations, en partie social. Cette mutation hors normes, privée, pourrait aussi avoir une dimension culturelle pour une part.

Rien que pour les sites privés et municipaux, « Réinventer Paris », totalise 60 000 mètres carrés de surfaces à repenser. « Nous poursuivons un double objectif, souligne Emmanuel Grégoire : construire des bureaux qui répondent aux besoins nouveaux des entreprises, mais aussi à convertir davantage de bureaux obsolètes, trop souvent laissés vacants, afin de produire du logement, notamment abordables, plus massivement ».

La moitié des 25 000 m2 siège de l’AP-HP, avenue Victoria, seront consacrés aux logements dont 30 à vocation sociale. nullAP-HP/F. Marin
La moitié des 25 000 m2 siège de l’AP-HP, avenue Victoria, seront consacrés aux logements dont 30 à vocation sociale. nullAP-HP/F. Marin  

Les 25 000 mètres carrés du siège de l'AP-HP, avenue Victoria (Paris Centre), font partie de l'opération avec 50 % des surfaces affectés à du logement, dont 30 % à du logement social, ou à des activités ouvertes aux Parisiens (commerces ou loisirs), le reste pour des bureaux. Dans le lot, on trouve aussi les 6 500 m2 du garage PSA Retail, aux 62 - 63, avenue de la République (11e). « Ancien garage automobile Citroën, vacant depuis plusieurs mois, il s'inscrit dans un paysage urbain de l'avenue de la République haussmannienne. La mutation de ce site est un beau challenge pour les architectes » note la Ville. 60 % de logements sociaux et 20 % de logements libres pourraient s'intégrer à cette réhabilitation.

Le garage Renault situé quai de Grenelle fait partie des sites retenus. LP/Florent HELAINE
Le garage Renault situé quai de Grenelle fait partie des sites retenus. LP/Florent HELAINE  

Le garage Renault, 29, quai de Grenelle (15e), fait partie des beaux lots de la liste de mariage. Vues directes sur la tour Eiffel et la Seine, ce site d'exception mobilise actuellement l'ensemble des acteurs de l'immobilier et de l'architecture pour convaincre les propriétaires à choisir leur projet. L'affaire a un énorme potentiel avec ses 10 500 m² dans ce bâtiment édifié en 1954, qui comporte 9 niveaux, espaces de vente et de réparation automobile. Ici, l'objectif annoncé et de réaliser 2/3 de logements, avec une part de logement social familial.

Déjà 350 000 m² de bureaux transformés

« Depuis 2014, nous avons déjà transformé 350 000 m2 de bureaux vacants ou obsolètes en logements : jamais depuis vingt ans, Paris n'avait compté aussi peu de bureaux vides. La crise du COVID, avec le développement de nouvelles formes du travail, rebat évidemment les cartes et c'est dans ce contexte que s'inscrit ce nouveau projet Réinventer », souligne pour sa part Ian Brossat.

C'est donc une nouvelle génération de transformations urbaines de bien privés lancées et accompagnées par la Ville. Dans ce modèle, la municipalité favorisera le développement rapide et sécurisé des processus administratifs. Elle mettra également en lumière ces transformations.

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« Et ce n'est pas fini, souligne les experts de la Ville. Par le lancement de cette consultation, Paris invite tous les propriétaires, gestionnaires de biens, investisseurs à participer ou à apporter de nouveaux projets innovants ». « D'autres vagues d'adresses pourront encore entrer dans cette programmation », a assuré Emmanuel Grégoire.

Déjà Réinventer Paris 1 et 2

On se souvient, qu'en 2016, Jean-Louis Missika, adjoint alors chargé de l'Urbanisme dans la première mandature d'Anne Hidalgo (PS), avait lancé la première édition de « Réinventer Paris ». Quelque 23 sites avaient été ouverts à la concurrence. Au total, 372 équipes venues du monde entier étaient candidates à cet appel à projets urbains pour des bâtiments sur les berges de Seine comme le site Morland et des bijoux patrimoniaux comme l'hôtel de Coulanges dans le Marais, ou des terrains comme Ordener et des résidus fonciers comme la poterne des Peupliers.

En 2019, la seconde édition avait aussi de quoi faire rêver près de 800 équipes d'architectes, urbanistes et promoteurs. D'anciens bains-douches étaient alors dédiés à la colocation étudiante, un garage désaffecté depuis trente ans devait être reconverti en un centre de danse alors qu'une « tour de Babel » en bois devait être édifiée dans le XIIIe. Paris n'a donc pas fini de se réinventer!