«Souffler, me poser…» : à Paris, la longue descente aux enfers de Véronique, sans abri

A l’instar de cette quinquagénaire allocataire du RSA depuis septembre, une soixantaine de femmes sans abri sont accueillies chaque jour au Carreau du Temple (3e) par l’association Aurore.

 Chaque jour, l’association Aurore accueille au Carreau du Temple, à Paris, des femmes sans abri pour leur offrir un peu de répit.
Chaque jour, l’association Aurore accueille au Carreau du Temple, à Paris, des femmes sans abri pour leur offrir un peu de répit.  LP/Philippe Baverel

Son sac à main posé sur la table à côté du gobelet de café, Véronique, yeux bleus, pull noir, a l'air de sortir du bureau. Et pourtant, depuis quatre mois et demi, cette femme originaire de l'est de la France, vit à la rue. Avec son sac à main — « en similicuir », précise-t-elle — comme ultime vestige « de l'époque où je travaillais ». Epoque pas si lointaine : jusqu'en 2017, cette quinquagénaire, mère d'une étudiante, était agent administratif dans une collectivité locale de la proche banlieue parisienne.

Une reconversion manquée dans le privé — « J'avais trouvé un poste en comptabilité mais ça n'a pas marché », dit-elle — et Véronique, ayant épuisé ses droits au chômage, se retrouve allocataire du RSA (revenu de solidarité active) depuis septembre. Sans toit depuis qu'elle a quitté au début de l'été le studio insalubre au fond d'une cave où elle a vécu un an et demi moyennant un loyer de 485 euros par mois, elle passe actuellement ses nuits « sous un auvent devant un restaurant à Saint-Germain-des-Prés », à Paris. A défaut de dormir, elle « somnole car il faut toujours être vigilant, veiller à ne pas se faire agresser ni à se faire voler ses affaires », souligne-t-elle.

«Un lieu chaleureux»

Dans ces conditions, l'accueil de jour proposé au Carreau du Temple (3 e ) sept jours sur sept de 9 heures à 16 heures aux femmes seules ou avec enfants, lui apparaît comme la providence. « Ici, l'accueil est chaleureux. J'ai pu parler de mes difficultés avec une bénévole. Cette semaine, je prendrai rendez-vous avec un médecin », confie Véronique.

Le sac à main de Véronique, ultime vestige de l’époque où elle travaillait. LP/Philippe Baverel
Le sac à main de Véronique, ultime vestige de l’époque où elle travaillait. LP/Philippe Baverel  

Au-delà du petit-déjeuner et déjeuner chauds servis à table sur un plateau, les huit salariés de l'association Aurore, qui gère ce dispositif de solidarité financé par la Ville et l'Etat, offrent à la soixantaine de femmes reçues chaque jour au Carreau une aide administrative et sociale pour faire le point sur leur situation, une consultation avec un médecin chaque mardi, avec une psychologue les mardi et jeudi, avec deux infirmières… Dissimulés derrière de grands paravents en bois, des lits sont à la disposition de celles qui souhaitent se reposer.

«Je me débrouille pour manger à la soupe populaire»

Outre le coin jeux pour les enfants, une boutique solidaire destinée à redistribuer aux démunies les livres, produits d'hygiène et vêtements pour enfants apportés par les riverains, est en cours d'aménagement. « Accueillir les femmes dans un endroit aussi beau, spécialement ouvert pendant le confinement, les apaise. Reçues avec tous les égards, elles se sentent ici au chaud et en sécurité », remarque Solange, coordinatrice de l'opération. De toutes nationalités, les femmes secourues au Carreau ont parfois subi des violences conjugales.

Un havre de paix d'autant plus apprécié par Véronique que la bibliothèque du centre Pompidou (4e) où elle a ses habitudes, est fermé depuis le reconfinement. « Je tiens le coup, les bains-douches sont restés ouverts », observe cette femme digne qui refuse de faire la manche. « Je me débrouille pour manger à la soupe populaire. Et je n'achète que le nécessaire : savon… », confie-t-elle. Son vœu le plus cher pour 2021 ? « Trouver une chambre tranquille pour souffler, me poser. »