Rixes entre bandes à Paris : neuf acquittements au procès du meurtre de Mehrez

Sur douze accusés jugés pour assassinat, neuf ont été acquittés. Les trois autres ont été condamnés à des peines de huit à treize ans de prison ferme.

 Le drame s’est déroulé devant la cité des Chaufourniers, dite cité rouge, dans le XIXe arrondissement de Paris, le 21 mars 2017.
Le drame s’est déroulé devant la cité des Chaufourniers, dite cité rouge, dans le XIXe arrondissement de Paris, le 21 mars 2017. Google Street View

Après trois semaines de débats parfois houleux, c'est avec une journée d'avance que la cour d'assises des mineurs de Paris a rendu son verdict, dans l'affaire du meurtre de Mehrez B., tué au couteau lors d'une rixe entre bandes rivales en mars 2017 à Paris.

L'annonce, tombée vers 2 h 40 du matin dans la nuit de jeudi à ce vendredi, a surpris tout le monde : sur les douze accusés renvoyés pour assassinat, neuf ont été acquittés. Les trois autres ont été reconnus coupables, mais la préméditation n'a pas été retenue. Ils ont été condamnés à des peines de huit à treize ans de prison ferme.

Des peines bien en deçà des réquisitions de l'avocat général, qui avait demandé douze à 22 ans de prison ferme. Mais le parquet général a fait savoir qu'il ne comptait pas faire appel.

Les parties civiles « sont effondrées »

Pour les parties civiles, le choc a été rude. « Mes clients sont effondrés. La justice ne leur a pas été rendue. On a manqué de respect à leur proche », déplore Me Laurent Benarrous, avocat de la famille de la victime.

Mehrez B., 29 ans, avait été tué de dix-huit coups de couteau le 21 mars 2017 à quelques mètres de l'entrée de la cité des Chaufourniers, dite cité Rouge (XIXe arrondissement). Il avait été ciblé par une bande de jeunes de la cité voisine de la Grange-aux-Belles (Xe), venus en découdre après une précédente agression.

Après le meurtre, les hostilités entre les deux clans ont atteint leur paroxysme. Elles se sont notamment illustrées par le meurtre sauvage, un an plus tard, d'un jeune de la Grange-aux-Belles, au cours d'une rixe dans laquelle le rappeur MHD, originaire de la cité rouge, est soupçonné d'être impliqué.

« Avec ce verdict, le message envoyé par la société est catastrophique. Il n'est pas de nature à apaiser les conflits entre bandes », fulmine Me Laurent Benarrous. L'avocat va même plus loin : «Les rixes entre bandes sont des dossiers bien trop complexes pour être jugés par des jurés populaires, qui semblaient dépassés », regrette le pénaliste parisien.

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Me Nabil Boudi, un avocat de la défense dont le client a été acquitté, dit « comprendre la déception ressentie par les parties civiles ». « Mais si on se positionne d'un point de vue purement juridique », a-t-il ajouté, « ce n'est pas une injustice. L'enquête n'a pas permis d'identifier formellement les auteurs. Et dans ce cas, le doute doit profiter aux accusés ».