Restauration de Notre-Dame : où va-t-on trouver les pierres ?

Alors que la phase de sécurisation du chantier de la cathédrale s’achève, il faut maintenant penser à la restauration en elle-même. Sauf que l’un des matériaux principaux fait cruellement défaut…

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 L’objectif étant de restaurer la cathédrale le plus fidèlement possible, il va falloir lui trouver des pierres semblables.
L’objectif étant de restaurer la cathédrale le plus fidèlement possible, il va falloir lui trouver des pierres semblables. LP/Delphine Goldsztejn

Elle trône toujours sur l'île de la cité, majestueuse malgré ses plaies béantes. Ravagée par les flammes en avril 2019, la cathédrale Notre-Dame sera hors de danger d'ici le milieu de l'année, une fois la phase de sécurisation du chantier achevée.

« La dernière grande étape va démarrer d'ici quelques jours par la pose de cintres en bois destinés à soutenir les voûtes les plus fragilisées. Cette opération se poursuivra jusqu'à l'été, confirme le général d'armée Jean-Louis Georgelin, président de l'Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de l'édifice. Parallèlement, avec Philippe Villeneuve, notre architecte en chef des monuments historiques, et ses équipes, nous planifions activement la phase de restauration. »

Pour mener celle-ci à bien, il va falloir trouver des pierres semblables à celles existantes, afin de redonner à la cathédrale l'apparence qu'on lui connaissait avant l'incendie, comme il en a été décidé l'été dernier. Or, « depuis plusieurs années, on rencontre des difficultés à satisfaire la demande pour les chantiers de monuments historiques de la capitale, car il n'y a pas tant de ressources », regrette Jonathan Truillet, directeur adjoint des opérations de l'Établissement public.

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Les pierres serviront ici à reconstruire les voûtes effondrées. Mais aussi à restaurer les pignons nord, sud et ouest, soumis plusieurs heures aux flammes. Ainsi que les murs bahuts, sur lesquels repose la charpente. « Un constat a été fait assez rapidement après le drame. On savait qu'il y aurait un besoin important. Le chiffrage est en cours. Il sera en tout cas bien supérieur aux autres chantiers de restauration de monuments historiques, souligne Jonathan Truillet. La philosophie habituelle sur de tels édifices, c'est d'essayer de remplacer le moins de pierres possible, ou seulement quand on n'a plus le choix. Là, on est sur une autre approche. »

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Une étude a donc été lancée, afin d'identifier quelles carrières toujours en activité pourraient renfermer ces pierres si précieuses. « Essentiellement des calcaires d'âge lutétien, formés il y a 41 à 48 millions d'années », analyse David Dessandier, géologue et chef de projet au sein du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Encore une dizaine de carrières

Celles présentes sur la cathédrale sont en fait un patchwork constitué au fur et à mesure des phases de construction et de restauration successives. Elles ont d'abord été extraites du sous-sol parisien à l'ère médiévale. Puis dans la grande couronne au XIXe siècle, les carrières parisiennes étant devenues inaccessibles et les gisements quasi épuisés. Des pierres issues de Bourgogne ou d'autres régions éloignées sont aussi présentes sur l'ouvrage, pour des usages particuliers.

Il existerait encore aujourd'hui une dizaine de carrières capables de fournir du stock. Souterraines ou à ciel ouvert, elles se trouvent pour la plupart au nord de Paris, dans l'Oise et l'Aisne notamment. « Si on doit envisager d'en ouvrir de nouvelles, ça ne sera qu'en dernier recours, une fois qu'on aura démontré qu'il n'y a pas d'autres ressources ailleurs », prévient Jonathan Truillet.

Les exploitants de ces sites ont déjà fourni des échantillons. Des analyses sont en cours depuis novembre. « L'idée est de trouver les matériaux les plus proches de ceux d'origine, malgré cet effet patchwork. Il faut alors s'assurer de leur compatibilité », insiste David Dessandier.

Un critère esthétique doit être évidemment pris en compte : nuance de couleur, taille des grains, présence de fossiles… Mais aussi « des facteurs physico-mécaniques, explique encore le géologue. La pierre est un matériau de construction qui doit parfois être employé selon des caractéristiques particulières. Par exemple, un calcaire tendre ne pourra supporter des charges trop lourdes ».

L'étude des échantillons devrait prendre fin en juin, après des analyses minutieuses. L'aptitude de chaque gisement à fournir une quantité importante de pierres sera aussi évaluée. Il n'y a pas de temps à perdre. Selon le calendrier établi, Notre-Dame doit rouvrir aux cultes et à la visite en avril 2024.

Les prochaines grandes opérations du chantier

Depuis le drame, de nombreuses opérations ont été menées, malgré le premier confinement qui avait mis à l’arrêt le chantier. Ainsi, le démontage de l’échafaudage sinistré s’est achevé le 24 novembre. La dépose du grand orgue, le 9 décembre.

Désormais, « nous procédons à la sécurisation des naissances de la voûte de la croisée par la dépose des éléments instables et la stabilisation du reste. Mais aussi à l’évacuation des vestiges, au nettoyage et à l’aspiration des quatre voûtes adjacentes à la croisée du transept. Et enfin à la sécurisation par l’intérieur des voûtes, par la pose d’échafaudages intérieurs et de cintres en bois », détaille l’Établissement public.

La pose de ces cintres est la dernière grande étape du chantier de mise en sécurité de l’édifice avant que la cathédrale soit réellement déclarée « hors de danger », à la mi-2021 normalement. « Couramment pratiquée dans les travaux de sauvegarde des églises, cette méthode est remarquable par son ampleur et sa logistique : les voûtes de la nef, du chœur et du transept nord seront ainsi mises sous étais, réalisés sur mesure pour épouser la forme de l’édifice et répondre à ses complexités », souligne encore l’Établissement public. Ces travaux devraient débuter mi-février et se poursuivre jusqu’en juillet prochain.