Paris : les collèges et les lycées perdront 99 professeurs pour l’année scolaire 2021-2022, une baisse sans précédent

Les syndicats ont manifesté contre la baisse de la dotation horaire globale dans la capitale estimant qu’il s’agit d’une véritable «saignée». Le rectorat affirme que cette décision permet de rééquilibrer la situation entre Paris et d’autres départements moins bien lotis.

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 Paris, le 3 février 2021. Les organisations syndicales ont organisé un rassemblement devant le rectorat contre la baisse de la dotation horaire globale, la plus importante de France.
Paris, le 3 février 2021. Les organisations syndicales ont organisé un rassemblement devant le rectorat contre la baisse de la dotation horaire globale, la plus importante de France. DR

2072 heures d'enseignement supprimées, 99 postes de professeurs à la trappe dès la rentrée de septembre 2021. Jamais les collèges et lycées parisiens n'avaient été à ce point frappés de plein fouet. La dotation horaire globale (DHG) historiquement basse, annoncée au début du mois pour la capitale par le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, a été accueillie comme une véritable douche froide par les enseignants et parents d'élèves. Et a suscité un véritable tollé parmi les organisations syndicales (SNES-FSU, SNUEP-FSU, SNFOLC, SNETAA-FO, Sud éducation et CGT Educ'Action) qui ont organisé un vaste rassemblement devant le rectorat, le 3 février. Dénonçant en chœur « une nouvelle saignée ».

Des classes surchargées en vue

« La baisse des heures de cours annoncée est sans précédent, s'indignent les syndicats. En collège, ce seront 468 heures supprimées… Soit un total de 800 heures depuis septembre 2020 ! Impossible, donc, de dédoubler les groupes de langues vivantes et anciennes. »

« Les lycées généraux et technologiques perdront, quant à eux, 758 heures, alors même que 303 élèves supplémentaires feront leur rentrée en 2021. Les lycées professionnels et SEP se voient retirer 738 heures, les SEGPA et EREA, 108. Même les UPE2A, (NDLR : unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants, qui accueillent de nombreux enfants de migrants) seront lésés, alors que le ministre de l'Education nationale parle de l'inclusion comme d'un enjeu majeur. L'objectif de la réforme du lycée est bien de faire en sorte d'adapter les moyens d'enseignement à un cadre budgétaire d'austérité appliqué à l'Education nationale », tacle l'intersyndicale.

Classes surchargées, conditions d'apprentissage des élèves dégradées, offre de formation diminuée, personnels épuisés… Tout cela dans un climat sanitaire anxiogène, alors que la scolarité des élèves est toujours marquée par la pandémie, analysent parents, enseignants et syndicats d'une même voix.

L'académie de Paris assume ses choix

A ces coupes drastiques, une raison principale avancée par le rectorat : rééquilibrer la situation entre Paris et d'autres secteurs moins bien lotis. « Certes 99 postes sont supprimés, mais les effectifs des élèves sont stables et la capitale est beaucoup plus avantagée, sociologiquement, que d'autres territoires, souligne Antoine Destres, le directeur de l'académie de Paris. Et nous conservons les moyens de faire un travail satisfaisant. » « Par ailleurs, ajoute-t-il, la priorité nationale a été donnée au premier degré : depuis 2017, Paris a perdu plus de 16000 élèves et gagne pourtant 160 postes de professeurs des écoles. »

Mais, en pleine crise sanitaire, et alors que l'on pointe près de 10000 heures de cours non assurées dans le second degré, les coupes claires effectuées dans la dotation horaire globale a mis le feu aux poudres. La FCPE vient de lancer une pétition, destinée à Jean-Michel Blanquer, dénonçant « la casse de l'Education nationale ».

«Le métier d'enseignant ne cesse de se dégrader»

« Alors que l'offre éducative et le budget consacré par élève diminuent chaque année, le métier d'enseignant ne cesse de se dégrader, au point de perdre toute attractivité pour des non titulaires. Les effets de la politique gestionnaire sont tels qu'il est aujourd'hui impossible au rectorat de Paris de trouver suffisamment de candidats pour les postes d'AED et d'enseignants », souligne la fédération de parents d'élèves.

Et d'ajouter : « Et maintenant, les élèves parisiens subissent la baisse de dotation horaire la plus élevée de France au nom d'un alignement sur les académies voisines. Au lieu de répondre aux demandes, l'institution préfère niveler par le bas. Nous exigeons une réévaluation ! Aujourd'hui, les conditions d'enseignement permettant à tous les élèves de progresser ne sont pas réunies : il faut qu'un plan d'urgence soit enfin mis en place pour ne pas sacrifier l'avenir de nos enfants à une rigueur budgétaire qui n'a plus cours qu'au ministère de l'Education nationale. »

«On nivelle par le bas, c'est détestable»

Patrick Bloche est adjoint à la maire (PS) de Paris en charge de l’éducation. LP/Olivier Corsan
Patrick Bloche est adjoint à la maire (PS) de Paris en charge de l’éducation. LP/Olivier Corsan  

Patrick Bloche, adjoint (PS) à l'éducation de la maire de Paris, Anne Hidalgo, dénonce la baisse historique des heures d'enseignement dans le second degré, à la rentrée 2021, que rien ne justifie selon lui. Il redoute également que les collèges et lycéens les moins favorisés soient les plus impactés.

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Quel regard portez-vous sur la baisse des moyens accordés à l'académie de Paris ?

PATRICK BLOCHE. L'émotion est énorme, chez tous, et les conséquences seront fortes. C'est la baisse de dotation horaire globale la plus importante de France que le ministère de l'Education nationale tente de justifier en prétendant que Paris bénéficie d'une surdotation historique par rapport à d'autres académies. Donc, on choisit de niveler par le bas : c'est détestable ! Une représentante de la FCPE nous a récemment fait remarquer que de telles coupes n'avaient pas eu lieu depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy… Alors même que Jean-Michel Blanquer, l'actuel ministre de l'Education nationale, était à l'époque directeur général de l'enseignement scolaire…

Quelles conséquences redoutez-vous pour le second degré ?

Ces annonces interviennent en pleine crise sanitaire, alors que des milliers d'heures de cours n'ont pu être assurées et que nous n'avons plus de capacités de remplacements. Je crains que ces coupes drastiques impactent particulièrement les collèges et lycées du nord-est, dont beaucoup sont en difficultés. Car on voit Paris comme une ville riche, mais c'est également l'académie où l'écart est le plus important entre établissements accueillant des élèves défavorisés et des classes supérieures. Même les UPE2A, qui sont essentiels aux élèves non francophones, très nombreux, voient leurs heures d'enseignement sapées. Seules les Ulis, les unités localisées pour l'inclusion scolaire, qui accueillent des élèves handicapés, ont été préservées. Mais je n'en veux pas au rectorat : il fait simplement ce que lui demande le ministre de l'Education nationale.

Les quartiers populaires risquent donc d'être les plus pénalisés…

Je le pense. D'autant qu'un deuxième mauvais coup vient de nous être porté par Jean-Michel Blanquer : alors que nous planchions sur la création de deux cités éducatives, dans le 14e et le 18e, où devaient être réunis plusieurs collèges en difficultés, avec des moyens supplémentaires, nous venons d'apprendre que les projets n'étaient pas retenus.