Qui sont les auteurs des tags antisémites à Paris ?

Des inscriptions nauséabondes ont été découvertes le vendredi 8 janvier, boulevard de Rochechouart (18e). L’Union des étudiants juifs de France a riposté.

 Paris, boulevard de Rochechouart (18e), ce jeudi. Outre certains commerces, le mobilier urbain a été la cible de tags antisémites.
Paris, boulevard de Rochechouart (18e), ce jeudi. Outre certains commerces, le mobilier urbain a été la cible de tags antisémites. LP/Cécile Beaulieu

« Serge », « Jacob », des étoiles de David… Le week-end dernier, des commerçants de confession juive du boulevard de Rochechouart, à Paris (18e), implantés entre le boulevard Barbès et le square d'Anvers, ont découvert que leur rideau métallique avait été tagué par des inconnus le vendredi soir. Plus largement, dans le quartier, des étoiles à six branches, accompagnées du même prénom à consonance israélite, « Jacob », ont été tracées sur le mobilier urbain. Suscitant une certaine inquiétude.

L'une des commerçantes « ciblées » a déposé plainte dès lundi, déclenchant une enquête du commissariat du 18e. Cherche-t-on à pointer du doigt les commerçants juifs, très nombreux dans cette artère qui alterne sur des centaines de mètres boutiques de prêt-à-porter et alimentaires ? Qui sont ceux qui ont manié la bombe de peinture ? Et dans quelle intention ?

Le prélude à une éventuelle attaque ?

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui s'est emparée de l'affaire, a décidé d'agir « après mûre réflexion », dans la soirée de mercredi à jeudi. Après avoir rencontré les commerçants, dont certains sont traumatisés, disent les étudiants, ils ont organisé un « taggage », à leur tour, dans le quartier. « Nous avons tracé des prénoms rappelant différentes confessions, des symboles de toutes les religions et des Marianne », détaille Noémie Madar, la présidente de l'UEJF.

L'idée est que les personnes de confession juive ne se sentent plus la cible. Car, ajoute-t-elle, « certains craignent que ces tags servent à les identifier, prélude à une éventuelle attaque. Ces actes sont de plus en plus banalisés. L'un efface l'autre… Mais ce sont des faits graves. D'ailleurs, pour de multiples raisons, de très nombreux commerçants juifs ont quitté le quartier. »

Ce jeudi, boulevard de Rochechouart, la vendeuse de l'un des magasins ciblés le week-end dernier n'en revenait toujours pas. « Le patron n'est pas juif, s'étonne-t-elle. Seul le propriétaire des murs l'est. Comment les tagueurs pouvaient-ils le savoir ? »

«Ce n'est pas quelqu'un d'ici»

« Tout le monde s'entend bien ici, balaie d'un revers de main le patron d'une boutique de bagages. Je suis juif, mais il y a toutes les confessions sur le boulevard, et il n'y a jamais eu le moindre problème entre nous. Ce n'est pas quelqu'un d'ici qui a fait ça. »

L'une des enseignes ciblées avait déjà fait les frais du même type d'inscription l'an dernier. Le mot « Juifs » avait été tracé sur la devanture. Cette fois, les patrons ont décidé de déposer plainte.

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Acte isolé ? Commerçants ciblés ou choisis au hasard ? Seule certitude, les images de vidéosurveillance de l'un des magasins visés montrent deux hommes, vendredi soir, à 19 h 30, écrivant à la bombe « Serge » et « Jacob », traçant une étoile de David, sur le rideau de fer, sans être le moins du monde inquiétés par les passants. Une inscription d'autant plus incompréhensible que les prénoms ne correspondent à personne dans le magasin.