Se baigner dans la Seine en 2024 ? A Paris, la droite demande une mission d’information

La maire de Paris s’est engagée à ce que l’on puisse se baigner dans la Seine en 2025. La droite réclame un diagnostic des moyens mis en œuvre pour y arriver.

 Paris VIIe, le 20 juillet 2020. Illustration de la Seine à Paris.
Paris VIIe, le 20 juillet 2020. Illustration de la Seine à Paris.  LP/Fred Dugit

Anne Hidalgo l'assure, on pourra bien se baigner dans la Seine en 2024 . « Nous sommes en train d'y arriver », a-t-elle confirmé fin septembre lors du sommet du Grand Paris. En 2024, les premiers concernés seront les athlètes qui participeront aux épreuves de nage libre et triathlon lors des JO. En 2025, ensuite, les Parisiens qui devraient pouvoir faire trempette sur des sites bien précis.

Mais 2024 approche à grands pas et d'ici là, les opérations de dépollution nécessaires auront-elles toutes été réalisées? C'est la question que se posent les élus de droite du Conseil de Paris, qui se tient jusqu'à ce jeudi, qui ont demandé, le 14 septembre dernier, la création d'une « Mission d'information et d'évaluation » (MIE) de la Seine. Une sorte de « commission d'analyse » – que chaque élu est libre de réclamer – chargée d'évaluer l'efficacité ou la pertinence d'une politique déployée par la Ville.

Constituée de représentants, à la proportionnelle, des différents groupes politiques du Conseil de Paris, cette Mission dispose d'environ 6 mois pour interroger toutes les personnes concernées par le sujet (experts, administrations, élus…) avant de rendre son rapport.

Un budget de près d'un milliard d'euros

« Le groupe Changer Paris considère qu'il y a une certaine forme d'urgence à agir », avance Grégory Canal, premier adjoint au maire (LR) du XVe arrondissement Philippe Goujon, nommé pour présider cette Mission. « D'une part, l'enquête ouverte cet été contre le cimentier Lafarge, accusé d'avoir déversé ses eaux usées dans la Seine, nous inquiète beaucoup. Sur ce point nous ne pouvons pas nous contenter des déclarations d'intention générale de la Ville », argumente Grégory Canal. « D'autre part, nous souhaitons avoir un point sur la baignabilité de la Seine et les actions entreprises pour sa dépollution dans la perspective des JO ».

Les élus LR s'inquiètent notamment du financement de ce projet dont le montant n'a jamais été confirmé mais tournerait autour de 800 millions à un milliard d'euros. « C'est deux fois le budget d'investissement du Siap (Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne). Et 2024, c'est demain », s'étonne Grégory Canal.

La droite suspecte aussi du retard dans les actions déployées : « La Ville avait annoncé il y a deux ans la création de nouveaux déversoirs souterrains et le budget devait être acté avant 2020. Or, on n'a encore rien vu jusqu'ici ».

Une politique «de valorisation du béton»

Au-delà de la baignabilité du fleuve, Grégory Canal espère que cette Mission permettra de dégager une « vue d'ensemble sur les politiques publiques liées à la Seine ». « Ce qu'on voit aujourd'hui, ce n'est pas une politique de valorisation de la Seine mais de valorisation du béton », attaque l'élu. « Il y a certains points qu'on aimerait éclaircir comme l'impact des cimenteries sur les projets d'aménagement urbain, où la bétonisation est en contradiction totale avec les déclarations d'Anne Hidalgo sur les enjeux liés au climat ».

Un vœu pour revoir le projet d'extension de Lafarge

Au Conseil de Paris ce mercredi, le groupe Changer Paris doit par ailleurs déposer un vœu réclamant la « révision en profondeur du projet d'extension de Lafarge » sur le port de Javel (XVe). Les élus LR demandent que « les futurs aménagements n'excèdent pas le cadre des actuelles installations » et que le projet recueille l'accord formel des riverains. « Sans cet accord, la centrale devra déménager », écrivent-ils. Une option déjà clairement refusée par la Ville qui considère que la suppression du site entraînerait des « centaines de camions en plus dans Paris ».

« Je suis ravie de voir que tout d'un coup, la droite s'intéresse au fleuve, là où elle avait beaucoup raillé la création d'une délégation spécifique à la Seine il y a quelques mois », rétorque de son côté Célia Blauel. L'élue (Paris en commun), qui a repris le poste d'adjoint chargé de la Seine après la démission de Pierre Aidenbaum, indique que la Ville va « donner un avis favorable à cette demande de MIE. Et je m'en réjouis car cette Mission permettra de faire le tour de nombreuses questions », poursuit l'adjointe qui est à l'origine notamment des bassins de baignade à la Villette.

Dépollution de la Seine : ce qui est prévu

Pour permettre la baignade dans la Seine, quatre chantiers sont engagés.

1. Dans les stations d’épuration de Valenton (Val-de-Marne), et de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) : pose de filtres ultraviolets éliminant les bactéries entérocoques et E. coli.

2. Dans les égouts : création de déversoirs (bassins de stockage des eaux, qui permettent d’éviter les débordements en cas de fortes pluies).

3. Interdiction aux péniches de déverser leurs eaux usées dans la Seine. 1 000 péniches d’habitation sont concernées.

4. Dans les zones pavillonnaires de banlieue : aides financières aux propriétaires pour les aider à raccorder leurs maisons aux bons réseaux d’assainissement.