Pourquoi Paris connaît un nouveau pic de pollution de l’air en plein confinement

Un pic de pollution aux particules fines avait déjà eu lieu pendant le premier confinement. Les explications semblent différentes cette fois-ci.

 Le seuil d'information de la population pour une pollution de l'air a été dépassé trois fois cette année à Paris.  Dont deux fois pendant un confinement.
Le seuil d'information de la population pour une pollution de l'air a été dépassé trois fois cette année à Paris. Dont deux fois pendant un confinement. LP/Olivier Corsan

Ce vendredi 27 novembre 2020, le « niveau d'information » de la population a été déclenché par Airparif : un épisode de pollution aux particules fines (PM10) est en cours dans l'air francilien selon les mesures réalisées par l'association.

Une communication qui interroge en plein confinement et un phénomène qui n'est pas sans précédent. Au printemps, alors que la circulation et les chantiers étaient au plus bas, l'organe de surveillance de la qualité de l'air francilienne avait observé un pic du même ordre, le 28 mars 2020.

Si le dioxyde d'azote (NO2), autre polluant que nous respirons, semble évoluer concomitamment avec la baisse de la circulation, la réalité semble bien différente avec les particules fines. Airparif nous apporte des éléments d'explication sur des phénomènes atmosphériques décidément complexes à appréhender.

Lors des deux confinements, la circulation a baissé, les dioxydes d'azote aussi

S'il y a des Français qui ont dû appréhender le premier confinement avec beaucoup de curiosité, ce sont bien les analystes de la qualité de l'air. A l'annonce de la mesure nationale, le 17 mars 2020, la circulation a brutalement chuté à Paris.

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Il a fallu cinq jours et un épisode de vent, pour que le niveau de dioxyde d'azote soit divisé par cinq. Ce polluant est pour 61% issu de la circulation automobile à Paris, selon les experts. Le résultat est sans appel : comparé aux moyennes des trois années précédentes, on respirait 28% de NO2 en moins en mars, 48% en avril et 44% en mai.

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Si ce polluant est nocif pour la santé respiratoire, sa concentration dans l'air n'a enclenché le « seuil d'information » en Ile-de-France que par deux fois depuis 2015. Contre 39 fois pour les particules fines (PM10) et 40 fois pour l'ozone (O3). Quant au seuil d'alerte au NO2, au cours duquel « il est recommandé aux personnes vulnérables et sensibles d'éviter les activités physiques et sportives intenses », il n'a jamais été déclenché depuis 2015.

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Autre logique pour les particules fines

Dans une analyse très attendue, datée du 15 mai 2020, Airparif faisait le constat suivant sur les relevés de particules fines : « l'impact est moindre […] avec une diminution de -7% qui s'explique par une influence forte de conditions météorologiques défavorables ».

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En effet, Karine Léger, directrice d'Airparif, nous expliquait alors que cette pollution était plus due au printemps qu'à l'activité humaine. En effet, la conjonction du beau temps et de l'absence de vent peut avoir pour effet de créer des particules fines dans l'air, « par réaction chimique ». D'autres explications avaient été avancées, l'épandage agricole notamment.

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Un pic de pollution à la fin d'un mois de novembre

A Paris, les particules fines sont émises à un tiers par la circulation automobile, toujours selon les mesures initiales menées par Airparif. La plus importante source de ces poussières est issue du secteur résidentiel (46%), et en particulier du chauffage au bois.

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Et c'est la principale cause de l'épisode de pollution que nous vivons actuellement en région parisienne selon Pierre Pernot, directeur de la communication de l'association. Le chauffage au bois « c'est 86% des émissions de particules fines émises par le secteur résidentiel. Une pollution importante si l'on considère que le chauffage au bois représente 5% des besoins en énergie du secteur » ajoute-t-il.

Là encore, la météo n'est pas pour rien dans les pollutions observées en ce mois de novembre. « On constate peu de dispersion de particules ces derniers jours, le vent est faible », note Pierre Pernot.

Depuis le début du second confinement, le trafic routier a baissé de 31% par rapport au mois de septembre, et de 24% par rapport à octobre, où le couvre-feu avait déjà réduit les déplacements.

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Et hiver et en automne, la contribution de l'automobile aux particules fines que nous respirons n'est que de 15% en Ile-de-France selon une autre étude d'Airparif, contre 25% en été. « Ces moyennes fluctuent en fonction de la saison, de la météo, et aussi selon que l'on se trouve sur un trottoir, dans un jardin ou sur un toit », nuance Pierre Pernot.

« Les concentrations en particules fines sont plus importantes le long des axes routiers », rappelle-t-il avant de conclure : « Cet épisode aurait été pire si nous avions connu une circulation normale en novembre à Paris ».