Ile-de-France : enquête pour «détournement de fonds publics» au conseil régional

Les gendarmes ont perquisitionné les locaux de Saint-Ouen mardi pour récupérer des documents et entendre des collaborateurs de la présidente Valérie Pécresse sur les emplois de chargés de mission.

 Saint-Ouen, lundi 3 février 2020. Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France
Saint-Ouen, lundi 3 février 2020. Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France LP/Olivier Arandel

Ce mardi, les enquêteurs de la SR, section de recherches de Paris, étaient dans les locaux du conseil régional d'Ile-de-France à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). « Ils ont perquisitionné le bureau de la présidente et de ses collaborateurs les plus proches comme le directeur général des services », assure une source interne à la collectivité. « C'était un peu la panique dans les locaux, les gendarmes sont restés plusieurs heures », affirme une autre source.

Une perquisition menée dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte pour « détournements de fonds publics », a indiqué le parquet de Paris.

Les enquêteurs s'intéressent de près aux contrats des collaborateurs chargés de mission. Des contrats qui avaient été dénoncés dans le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes sur le conseil régional d'Ile-de-France.

C'est d'ailleurs un signalement de la Chambre régionale des comptes au parquet de Paris, suite au rapport, qui est à l'origine du déclenchement de cette enquête et de cette perquisition.

Les magistrats de la CRC estimaient dans ce rapport que le travail de ces chargés de mission étaient pour la plupart politique, rattachés aux vice-présidents, ce qui n'est pas légal. Leur nombre était jugé aussi trop important.

« Il faut mettre fin au plus vite à ces graves irrégularités » pouvait-on lire dans le rapport de la CRC en parlant de ces collaborateurs, souvent jeunes diplômés de grandes écoles, qui assurent un travail très politique auprès des vice-présidents, mais dont le nombre est très contrôlé. La CRC estime qu'au 1er octobre 2018 « la région disposait d'au moins 25 chargés de mission thématiques rattachés au DGS (directeur général des services) et placés auprès des vice-présidents. Le coût correspondant peut être estimé au minimum à 1,3 M€ en 2016 et 2017. »

La présidente de la région estime qu'il s'agit là d'un « héritage du passé », c'est à dire de l'ancien président socialiste, Jean-Paul Huchon. Même si Valérie Pécresse ne « souhaite pas faire de commentaire sur une affaire judiciaire », elle ne cache pas une certaine surprise : « Dès notre arrivée à la tête du conseil régional (en décembre 2015), nous avons supprimé les cabinets des vice-présidents pour rattacher les collaborateurs au directeur général des services, explique l'ancienne ministre. C'était justement pour répondre aux critiques de la Chambre régionale des comptes. Nous avons fait voter ce dossier, il est passé au contrôle de légalité, nous étions persuadés d'être dans les clous ».

Les magistrats ne s'étaient pas satisfaits de cette réorganisation, qui revenait selon eux « à rendre moins visibles les moyens mis à disposition des élus ».

Cette affaire tombe au plus mal en tout cas pour celle qui a ravi la région capitale aux socialistes et qui va très certainement remettre son mandat en jeu en mars prochain. Même s'il ne s'agit «que » d'une enquête préliminaire pour l'instant, elle peut polluer une campagne électorale, bien que les faits reprochés restent assez techniques.