Parisiennes, Parisiens... et si vous mangiez local, bio et sans déchet ?

Circuit court, bio, vrac et zéro déchet… Guillaume, un jeune Parisien lance le défi de faciliter et banaliser la consommation responsable.

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 Paris XVe. Guillaume Magné, 26 ans, relève le défi de rendre facile et banal le zéro déchet, local et bio, qu’il livre lui-même en voiture électrique.
Paris XVe. Guillaume Magné, 26 ans, relève le défi de rendre facile et banal le zéro déchet, local et bio, qu’il livre lui-même en voiture électrique. DR

Il voulait devenir médecin, finalement c'est une autre forme de bienfaits que propose Guillaume : les bienfaits des produits sains, bons pour le corps et pour l'environnement, élaborés ou cultivés dans un rayon maximum d'une centaine de kilomètres, et qu'il vous livre lui-même, en voiture électrique, pour l'instant à Paris et en petite couronne. Un petit luxe, à l'heure de la « consommation responsable » devenue un mantra revendiqué partout, et pourtant difficile à respecter de bout en bout? En lançant Looca, il y a quelques semaines à peine, ce jeune Parisien a fait le pari de faciliter, pour le banaliser, un mode de consommation alternatif réellement durable.

« De nombreux magasins font du vrac, voire du vrac bio, mais si vos pâtes, vos céréales ou vos granolas bios en vrac proviennent de loin, de l'étranger et parfois du bout du monde, ce n'est pas cohérent ! », constate le jeune homme. « Notre mode de consommation manque parfois de sens », estime Guillaume Magné, qui s'est « autoconfié » la mission d'en remettre en rayon.

Bio, local, zéro déchet

« L'idée m'est venue pendant le premier confinement, je trouvais difficile de consommer à la fois bio, local et zéro déchet. Cela me frustrait alors j'ai cherché comment associer les trois qualités qui m'importaient », raconte cet ancien étudiant en médecine, reconverti dans le droit avant d'abandonner l'ensemble au nom de cette « cohérence », afin de créer l'entreprise qui lui ressemblerait.

À force de chercher, dans le long temps du confinement, Guillaume trouve un producteur de pâtes et légumineuses du Gâtinais, dont il essaie les produits. Un ravissement. Il déniche également une petite entreprise familiale fabriquant des savons et lessives, un producteur de fruits séchés « récoltés en France et séchés au four »… Son premier stock de pâtes, granolas et savons, Guillaume l'achète avec les moyens du bord : ses économies et la « love money » de parents qui le soutiennent et l'encouragent. En décembre, il se lance, et vient de livrer ses premières commandes. « Pour l'instant je n'ai qu'une trentaine de produits et 4 ou 5 fournisseurs, mais j'espère rapidement agrandir le choix et le stock », sourit le jeune homme, qui projette déjà d'agrandir sa gamme de biscuits sans gluten, fabriqués en banlieue parisienne, et de nouveaux produits d'hygiène.

Un atelier d'insertion de jeunes handicapés

Le stock justement, comment le gérer lorsque l'on n'a pas de magasin, et que l'on vit dans un petit appartement parisien ? C'est l'autre atout de Guillaume Magné. Il a confié ses marchandises à la Fabrique, un établissement de service et d'aide par le travail (Esat) de la fondation des Amis de l'Atelier, engagée depuis 60 ans dans l'accompagnement d'enfants et adultes porteurs de handicaps. Cet atelier de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), qui permet à 140 personnes de travailler, fournit des services dans divers métiers, de la restauration à la blanchisserie, la reliure ou le conditionnement. « J'y loue un espace de stockage et je leur adresse les commandes deux fois par semaine, eux se chargent de leur préparation et je viens chercher la marchandise, explique Guillaume. Travailler avec eux est un bonheur ! Cela correspond à ce que je veux mettre comme valeurs dans Looca. On participe à notre échelle à l'insertion professionnelle et sociale de ces personnes, cela compte pour moi. »

Sacs cousus main et consigne de verre

C'est aussi pour boucler la boucle vertueuse de sa petite entreprise que le jeune homme a décidé de renoncer aux sacs en tissu écologiques et économiques qu'il pouvait se procurer à moins de 1 €… mais en Inde. Aujourd'hui il fait travailler une petite artisan parisienne, Camille, trouvée grâce aux réseaux sociaux, qui lui fabrique des sacs cousus main et réutilisables, à partir de tissus de récupération. « C'est plus cher, évidemment, reconnaît-il, c'est comme pour les produits, les grossistes sont plus rentables… mais la démarche ne me plaît pas ». Alors Guillaume paie des sacs 4 €, « Les vracs sont en sachets biodégradables fabriqués en Limousin et la lessive mise en bouteilles de verre, fabriquées en Charente », précise Guillaume, qui a remis le principe de la consigne au goût du jour, avec l'espoir de fidéliser une clientèle pour qui la démarche vertueuse du « zéro déchet-bio et local » en un clic et sans effort, en demande tout de même un : 8 € de livraison et quelques centimes sur les contenants consignés, remboursés ensuite sur de nouvelles commandes.