Paris : un escalier qui change tout… quand la place de la Bastille renoue avec le port de l’Arsenal

Depuis 2017, le projet de réaménagement de la place de la Bastille est lancé. Plus que deux mois avant sa finition totale, avec en point d’orgue, ce nouvel escalier qui descend sur l’un des quais du port de l’Arsenal.

 Bernard Althabegoïty avec Annick Bayle, tous deux architectes de la place de la Bastille, ont eu une attention particulière pour cet escalier qui descendra bientôt au port de l’Arsenal.
Bernard Althabegoïty avec Annick Bayle, tous deux architectes de la place de la Bastille, ont eu une attention particulière pour cet escalier qui descendra bientôt au port de l’Arsenal. LP/Eric Le Mitouard

Ce nouvel escalier de pierres de la place de la Bastille semble avoir toujours existé. Et pourtant, c'est une pure création des architectes, Bernard Althabegoïty et Annick Bayle ainsi que du bureau d'études techniques OGI. « Oui, il y a une grande fierté et un plaisir de voir se réaliser cet ouvrage qui descend de la place de la Bastille au port de l'Arsenal. Mais nous devons être humbles. La dernière transformation de la place date de 1989. Il y a trente ans. La nôtre tiendra peut-être une ou deux générations », souligne Bernard Althabegoïty.

Bernard Althabegoïty, l’architecte de la place de la Bastille, a une attention particulière pour cet escalier qui descendra bientôt au port de l’Arsenal. LP/Eric Le Mitouard
Bernard Althabegoïty, l’architecte de la place de la Bastille, a une attention particulière pour cet escalier qui descendra bientôt au port de l’Arsenal. LP/Eric Le Mitouard  

Pour un coût de 50 millions d'euros, la première mandature d'Anne Hidalgo a lancé le réaménagement de sept places parisiennes. La Madeleine, la Nation, le Panthéon, la place des Fêtes ou Gambetta et Italie. Dans un ou deux mois, le chantier de la place de la Bastille, commencé en 2017, puis réalisé en deux premières étapes (septembre 2019, décembre 2019) va enfin s'achever. « La place sera peut-être transformée avec le temps. Mais l'escalier, lui, devrait rester dans le paysage parisien », se réjouit encore Bernard Althabegoïty, qui a déjà travaillé sur la refonte du port de la gare, dans le XIIIe, sous la Grande Bibliothèque.

Le port de l'Arsenal, un joyau de Paris

Au départ, avec la Ville, l'idée de cet accès au port de l'Arsenal, « joyau de Paris pourtant méconnu et peu mis en valeur » selon la mairie, n'avait pas été parfaitement définie. « Dans le concours de départ, on pouvait même envisager de passer au-dessus du quai de la ligne 1. Mais nous avons proposé de passer en dessous. Et très vite, nous nous sommes rendu compte que c'était réalisable ». Et c'est ce qui a été fait, tout en discutant avec la RATP, inquiète des travaux pour des raisons de sécurité.

I l aura fallu enlever des poutres de 22 à 27 tonnes à l'aide d'une grue de 700 tonnes armée d'un bras de plus de 40 mètres de haut. De quoi retrouver une percée oubliée depuis 1900, lors de la création du métro.

Mais aujourd'hui, dans une belle pierre de Paris, l'ouvrage à trois volées de 8 mètres de haut, permet de descendre de la place au port en 55 marches. Un quai a aussi été élargi permettant aux piétons de se promener et d'accéder au jardin de l'Arsenal. « A l'origine, il y avait juste un passage technique de 1,5 m. Maintenant, ce nouveau quai fait entre 6 et 9 m de large », soulignent les architectes. Pas moins de 17 pieux en acier ont été plongés à 12 ou 15 mètres sous l'eau du canal pour couler ce nouveau quai en béton bouchardé couleur terre, bordé de la même pierre que les quais de la Seine. Tout semble ici aussi, avoir toujours existé.

Une ouverture sur le quai de la ligne 1 ?

Anne Hidalgo a en tout cas décidé de ne pas installer de grille, qui aurait pu fermer l'escalier et l'entrée vers le jardin, alors que l'hypothèse avait été initialement envisagée. L'autre point, qui dépend de la RATP, est l'ouverture d'une large baie vitrée, du quai de la ligne 1, sur la nouvelle perspective sur la colonne de Juillet. « Pour le moment, cette vue est fermée, regrette Bernard Althabegoïty. Ce serait pourtant l'une des rares occasions de donner à des millions de passagers une ouverture désormais possible sur la place de la Bastille ». Une plaque de métal a été placée, en attendant un éventuel budget pour la création de cette percée.

A travers le quai de la ligne 1l. LP/Eric Le Mitouard
A travers le quai de la ligne 1l. LP/Eric Le Mitouard  

Pour le reste, sur la place, on en est aux finitions avec pas moins de 8 000 mètres carrés de surface dallée avec des bordures de trottoir recyclées. Un linéaire de 240 mètres de bancs assure en même temps une protection contre les voitures-béliers. Une cinquantaine d'arbres ont été plantés et un espace de brumisateurs apportera de la fraîcheur à la dalle, alors que sur les côtés, un carré de glisse urbaine adapté aux débutants comme aux confirmés a également été imaginé.

Une logique à l'orientation de la place

« Plus de 50 % de la place sont désormais rendus aux piétons » soulignait la Ville pendant les travaux. Cette nouvelle « presqu'île » en fer à cheval autour de la colonne de Juillet a trouvé sa logique. Une nouvelle liaison piétonne est-ouest est aménagée, et la promenade végétalisée du boulevard Richard-Lenoir est prolongée vers le port de l'Arsenal. « Notre escalier donne un sens logique à l'orientation de la place », estiment les deux architectes, laissant de côté l'autre vue… sur l'opéra.

Une perspective nouvelle. LP/Eric Le Mitouard
Une perspective nouvelle. LP/Eric Le Mitouard