Paris : un boxeur thaï jugé pour avoir lynché des policiers affirme s’être «laissé gagner par la colère»

Akram B., 31 ans, a été jugé ce lundi pour avoir participé à des passages à tabac de policiers lors de la marche des libertés le 28 novembre à Paris. Dans le passé, il était davantage connu pour ses performances sur les rings de boxe thaïe. Le parquet a requis 3 ans de prison dont 2 avec un sursis probatoire. Délibéré le 10 février.

 Paris, France, le 28 novembre 2020. Des blacks blocs avaient infiltré la marche des libertés mais le prévenu a affirmé ne pas en faire partie.
Paris, France, le 28 novembre 2020. Des blacks blocs avaient infiltré la marche des libertés mais le prévenu a affirmé ne pas en faire partie. LP/Olivier Corsan

Casque blanc sur la tête, le policier de la BRAV M (Brigade de répression des actions violentes motocycliste) protège avec sa section une agence de la BNP sur le boulevard Richard-Lenoir (Paris XI). Un homme vêtu de noir surgit et saute, pied en avant. Il touche le fonctionnaire au genou. L'agent s'écroule contre un poteau, sonné. Quatre autres manifestants bondissent, lui assènent plusieurs coups de pied. Il parvient à se dégager et rejoint son groupe.

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Sur les images diffusées ce lundi après-midi dans une des salles du tribunal correctionnel de Paris, Akram B., 31 ans, engoncé dans sa chemise blanche, se reconnaît en tant qu'agresseur. « C'est moi », avoue-t-il. Il est sur de nombreuses vidéos. Tantôt avec une pancarte en train de courir après une colonne. Tantôt en train de jeter un projectile. Tantôt au milieu de ceux qui lynchent des policiers sur la place de la Bastille. « S'il y avait le son, on l'entendrait dire laissez-le ouech », tempère Me Juan Branco, son avocat.

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Le trentenaire, avant d'être identifié, était « X 5 » pour les enquêteurs de la sûreté territoriale de Paris qui cherchaient six suspects de ces violences commises contre les policiers le 28 novembre dernier lors de la marche des libertés, une manifestation contre la loi sécurité globale qui avait réuni 45 000 personnes entre République et Bastille.

Akram est le seul à être identifié. Est-il un « black bloc » ou un élément solitaire violent ? Son action militante, ce jeune homme sans emploi qui a travaillé dans la restauration et plus récemment en faisant des récoltes l'a débutée avec les Gilets jaunes. Ce jour-là, il explique qu'il est venu avec un ami à la marche des libertés et qu'il l'a vite perdu de vue de sans la foule. Il réfute être un « black bloc ». Il dit être plutôt dans « la mouvance écolo », traîne avec des gens de « extinction rébellion ».

« Le style de combattant que le public adore il donne tout sur le ring sans retenue ! »

Pourtant, Akram, quand il frappe, met en application les conseils d'un guide qui sera retrouvé dans son téléphone portable. Un document qui circule chez les « blacks blocs » et qui liste les points faibles des policiers durant les opérations de maintien de l'ordre.

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Théo, l'un des agents de la BRAV en a fait les frais. C'est sur la place de la Bastille qu'il est passé à tabac. Des coups bien placés pour contourner les protections. Il est atteint par un crochet puis un uppercut sous la visière qui atteint la mâchoire. Il reçoit des coups de pied dans la tête. « Je me suis vu mourir », dira-t-il dans sa déposition. Il a deux dents cassées et plusieurs dermabrasions. Jérôme et Mathieu sont aussi pris au milieu des coups. Akram sait cogner. Il a été champion de boxe thaïe. En 2019, l'organisation du Muay thaï grand prix disait de lui : « Akram B. le style de combattant que le public adore il donne tout sur le ring sans retenue ! »

C'est dans un squat établi dans une gendarmerie désaffectée à Cachan (Val-de-Marne) qu'il sera trouvé le 17 décembre par la sûreté territoriale de Paris. Officiellement, il vit chez sa grand-mère dans le XXe arrondissement. Dans ce bâtiment à l'abandon, il anime une association qui vient en aide aux plus démunis et aux migrants.

En regardant les vidéos, il livre : « j'ai honte à chaque fois que je vois ces images. Je ne suis pas à mon avantage ». Mais il justifie aussi : « les violences policières est un sujet qui m'a toujours tenu à cœur. Il y avait eu l'affaire Michel Zecler (NDLR : producteur de musique violenté par des policiers une semaine plus tôt). J'ai été révolté par le démantèlement du camp de migrant de République et je revois les images de ce policier qui fait un croche-pied à un migrant qui ne constituait pas un danger. Je me suis laissé gagner par la colère. Je ne stigmatise pas tous les policiers, je sais qu'ils ne sont pas tous violents ». Il ajoute : « Mon moteur, c'est l'amour, la paix et pas la violence et la haine. Ce que j'ai fait ce jour-là, c'est par amour pour les autres manifestants ».

Code de téléphone portable : ACAB

Néanmoins, le président note que son code déverrouillant son téléphone portable est ACAB, un acronyme signifiant « Tous les policiers sont des salauds » (All cops are bastards). Akram bredouille : « C'est une expression folklorique ».

Il y a aussi eu des échanges de SMS dans lesquels Akram fait savoir que le 28 novembre « a juste été l'un des plus beaux jours de [ma] vie » ou un autre dans lequel il suggère de faire des tutos pour expliquer le principe d'une contre-charge… En partie civile, Me Jérôme Andrei note que le mot d'ordre dans les heurts a changé : « Ils disent maintenant tuez-les. On a franchi un cap, on n'en est plus au slogan abject suicidez-vous ». Pour la procureure, sur les images diffusées « les policiers ne sont plus des hommes, ils sont déshumanisés ». Elle requiert 3 ans de prison dont 2 avec un sursis probatoire avec un maintien en détention.

Me Branco au contraire produit des vidéos montrant Akram pacifique dans des manifestations en train de calmer le jeu. Selon lui, les images de violences contre les policiers « font écho aux violences contre Michel Zecler ». Il estime aussi que « cette audience est profondément politique » demandant « de ne pas faire un exemple ». Réponse lors du délibéré le 10 février.