Paris : ultimatum pour les terrasses éphémères de la place Sainte-Catherine

Les terrasses éphémères de la place du Marché Sainte-Catherine (4e) ont polarisé une querelle vieille de deux décennies entre commerçants et riverains. Le maire de Paris Centre, Ariel Weil (PS), exige leur départ d’ici mercredi.

 Place du Marché-Sainte-Catherine. Sept établissements occupent la place avec leurs terrasses. Pour les riverains, c’est un bruit infernal.
Place du Marché-Sainte-Catherine. Sept établissements occupent la place avec leurs terrasses. Pour les riverains, c’est un bruit infernal. LP/Cécile Beaulieu

La place du Marché-Sainte-Catherine (4e), ses petits restaurants, ses pavés, ses frondaisons... Et ses polémiques. Echanges de courriers, mesures de bruit, contrôles, procédure judiciaire. En plein cœur du Marais, les terrasses éphémères des sept établissements qui bordent la place parisienne sont le lieu de toutes les dissensions.

Comme partout dans la capitale, les cafetiers et restaurateurs ont bénéficié de l'extension de leurs tables, proposée par la Ville, jusqu'au printemps 2021. Seulement voilà : la mesure est bien loin de réjouir tout le monde. Entre commerçants et association de riverains, qui entretiennent des relations tendues depuis plus de 20 ans, la guerre est désormais déclarée.

Et les mesures préfectorales qui imposent la fermeture des bars à 22 heures à Paris, à partir de ce lundi et pour une durée minimale de 15 jours ne suffiront pas à calmer les conflits de voisinage.

Les terrasses sont trop nombreuses, bruyantes, envahissantes, empêchant l'accès des véhicules de secours, selon l'association Vivre le Marais, dont les restaurateurs dénoncent un «acharnement infondé».

Soucieux d'apaiser la situation, le maire (PS) de Paris Centre, Ariel Weil a tranché : ce mercredi, si le terre-plein central de la place n'est pas libéré, jour et nuit, de toute activité, une procédure sera lancée, visant à la suspension des autorisations de terrasses initiales. «Je demanderai la fermeture administrative des établissements qui refusent de respecter les règles de sécurité sur lesquelles je ne tergiverserai pas. Ne pas entraver l'accès des secours, c'est sacré. »

Les restaurateurs estiment que s’ils sont privés de leurs terrasses, ils ne pourront plus vivre. LP/C.B.
Les restaurateurs estiment que s’ils sont privés de leurs terrasses, ils ne pourront plus vivre. LP/C.B.  

Des arguments auxquels s'est empressé de répondre Me Philippe Meilhac, avocat de plusieurs commerçants de la place, qui a formé un recours en annulation devant le tribunal administratif, de la charte, très exigeante en raison de l'aspect patrimonial des lieux, signée par les restaurateurs.

«Mes clients regrettent d'avoir à engager une telle procédure, écrit-il à Ariel Weil, mais en l'absence de concertation réelle et face à l'attitude de riverains et de collectifs qui exercent un lobbying particulièrement efficace, ils n'ont, en réalité, aucun choix. J'indique que tous les restaurateurs ont souscrit une déclaration d'installation provisoire qui leur permet d'exploiter des terrasses éphémères sur le terre-plein central. »

«Les décibels émis sont démultipliés»

Mais Vivre le Marais est formel : «la situation est invivable ». Ce que martèle également un riverain de la place : «C'est de la folie pure ! Une vraie caisse de résonance : les décibels émis sont démultipliés et il s'agit, en outre, d'une privatisation de l'espace public. La place est confisquée et les balises installées nous annoncent 70 décibels alors que l'OMS (Organisation mondiale de la santé) indique que la normale se situe à 45 décibels. Imaginez le stress des riverains... D'ailleurs, nous aussi, nous allons aller en justice.»

«Acharnement », rétorquent les commerçants, qui affirment respecter scrupuleusement les termes de la charte, et ne gêner en rien les secours, pas plus que le cheminement des piétons.

«Si les terrasses doivent disparaître, mes établissements disparaîtront avec elles»

«Preuve s'il en est : j'ai eu un seul PV durant tout l'été alors que nous sommes contrôlés chaque jour », s'insurge Rémy Guilbert, le patron du Bistrot Sainte-Catherine, du Café du Marché et de la Terrasse Sainte-Catherine qui exploite 70 places à l'extérieur. « C'est évidemment la plus grosse partie de mon chiffre d'affaires, déjà tellement impacté par la crise sanitaire. Si les terrasses doivent disparaître, mes établissements disparaîtront avec elles », jette-t-il, amer.

Même inquiétude chez Philippe de Perthuis, à la tête, depuis 32 ans du Double-Fond, un petit café-théâtre dédié à la magie. «La salle ne compte plus que 25 places, la jauge imposée par les mesures sanitaires, après avoir été fermée au plus fort de la crise.... Alors mes sept tables en terrasse, où les clients peuvent prendre une consommation, me permettent à peine de limiter la casse. Et on veut nous retirer la dernière chose, alors que nous respectons ce qui est demandé, y compris la fermeture à 22 heures ».

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