Paris : pourquoi avoir baptisé un bout de rue au nom d’Hervé-Guibert

Au fond du XIVe, la rue qui porte le nom de l’écrivain et photographe mort il y a 30 ans des suites du sida, est un boyau sinistre d’à peine 30 mètres de long…

 Rue Hervé-Guibert (XIVe). On ne sait trop ce qu’aurait pensé l’auteur d'« A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » de cette rue minuscule.
Rue Hervé-Guibert (XIVe). On ne sait trop ce qu’aurait pensé l’auteur d'« A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » de cette rue minuscule.  LP/Philippe Baverel

Inaugurée en 2013 en hommage à l'écrivain et photographe mort le 27 décembre 1991 à 36 ans des suites du sida, la rue Hervé-Guibert est une voie discrète et sinistre au fond du XIVe, coincée entre l'hôpital Saint-Joseph et la promenade plantée aménagée avec goût sur l'ancienne voie ferroviaire de la petite ceinture. Un boyau de bitume d'à peine 30 mètres de long, encadré par deux immeubles modernes sans grâce, qui relie la rue des Arbustes à la rue Maria-Helena-Vieira da Silva (artiste peintre, 1908-1992) et qui s'ouvre au fond sur un terrain vague.

Bientôt un hommage ?

On ne sait trop ce qu'aurait pensé l'auteur d'« A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie » (Gallimard, 1990, vendu depuis à 400 000 exemplaires) de se voir ainsi relégué aux portes de la ville… En bonne compagnie tout de même puisqu'il voisine avec la maison de retraite Alice Prin, plus connue sous le nom de la chanteuse et reine de la nuit parisienne, Kiki de Montparnasse (1901-1953) !

Que cet hommage ne soit pas des plus heureux, Laurence Patrice (PC), adjointe à la mémoire et au monde combattant, n'en disconvient pas : « Nous n'allons pas débaptiser cette rue ! Mais je réfléchis à organiser quelque chose pour le 30e anniversaire de sa mort ». Tout en rappelant que l'écrivain a habité le XIVe, l'élue qui se présente elle-même comme « fan d'Hervé Guibert », annonce : « Je vais prendre contact avec sa veuve, Christine Guibert, pour voir si nous ne pourrions pas apposer une plaque sur l'immeuble où il vivait ».

Personne ne se souvient de lui

Quant aux habitants du quartier, rares apparemment sont ceux qui se souviennent de cette figure du Paris littéraire des années 1980. Sur une dizaine de personnes interrogées au hasard aux abords de la rue qui porte son nom, personne ne se souvient de l'écrivain homosexuel. « J'connais pas, j'suis pas du quartier », s'époumone un joggeur. « Jamais entendu parler ! Ça ne me dit rien du tout… » affirme Isabelle, 40 ans, infirmière. Même les jeunes gays sèchent : « Je n'étais pas né à l'époque », plaide Francis, 27 ans, infirmier à l'hôpital Georges Pompidou (XVe). Il se trouve quand même un cycliste sexagénaire pour répondre : « Ce nom me dit quelque chose mais je n'ai jamais rien lu de lui ».

Comment sont donnés les noms de rues ?

Déposé par des conseillers de Paris, le vœu pour donner le nom d'un homme ou d'une femme illustre à telle rue est étudié par la commission de dénomination des voies, espaces verts et équipements publics municipaux, composée d'élus et d'historiens. « Nous travaillons en lien avec la famille et les proches. Généralement, nous veillons à ce que le lieu choisi ait un rapport avec la personnalité honorée. Le disparu par exemple, a habité l'arrondissement concerné », souligne Laurence Patrice, adjointe chargée de la mémoire et du monde combattant et présidente de la commission qui se réunit deux fois par an.

Adopté par la commission, validé par la maire de Paris, le vœu est ensuite soumis au vote du Conseil de Paris. « Les dénominations relatives aux voies sont reportées dans la nomenclature officielle des voies », précise-t-on à l'Hôtel de Ville. La mairie rappelle aussi que « la part de noms de femmes donnés à des rues a doublé ces dernières années. Jusqu'alors, seules 6 % des rues parisiennes leur rendaient hommage ».