Paris : pour Christophe Girard, «les écologistes tiennent Anne Hidalgo»

Visé par des accusations de viol, finalement classées sans suite, l’ex-adjoint à la culture de la maire (PS) de la capitale, qui a démissionné en juillet dernier, va à nouveau siéger au Conseil de Paris à partir de ce mardi. Il a accordé un long entretien au Parisien.

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 Paris (10e), le 29 janvier. Christophe Girard, l’ancien adjoint à la culture d’Anne Hidalgo, regrette sa mise à l’écart de la majorité. Il va sortir très bientôt deux livres pour y raconter sa carrière professionnelle et politique.
Paris (10e), le 29 janvier. Christophe Girard, l’ancien adjoint à la culture d’Anne Hidalgo, regrette sa mise à l’écart de la majorité. Il va sortir très bientôt deux livres pour y raconter sa carrière professionnelle et politique. LP/Fred Dugit

Il a troqué son élégant costume cravate contre un sweat à capuche, un jean et des baskets. Six mois après sa démission forcée à la suite d'accusations de viol, Christophe Girard, 64 ans, ancien adjoint à la culture de la maire de Paris Anne Hidalgo (PS), s'apprête à retourner siéger ce mardi au Conseil de Paris. Il est devenu la cible préférée des féministes, qui l'attendront sur le parvis de l'Hôtel de Ville, malgré le classement sans suite de l'affaire. Il nous reçoit chez son fils aîné qui l'héberge pendant les travaux dans son nouvel appartement du 18e.

Vous allez vraiment participer au prochain Conseil de Paris qui se tient à partir de mardi ?

CHRISTOPHE GIRARD. Oui, j'y assisterai sur les bancs des non inscrits, car c'est mon devoir d'élu. J'ai reçu de nombreux messages de Parisiens qui me demandent de siéger. Nous sommes là pour nous occuper d'un trou sur un trottoir, de la saleté, pour accompagner les commerçants dans cette période difficile mais aussi pour écouter celles et ceux qui nous demandent de les aider à retrouver un emploi. J'ai été 20 ans chez Yves Saint Laurent, 15 ans chez LVMH, adjoint aux ressources humaines. J'ai une bonne connaissance du droit et de l'emploi. Un simple conseiller de Paris peut être utile.

Comment avez-vous réagi à votre exclusion jeudi du groupe Paris en Commun (PS et apparentés) ?

J'ai vu venir le coup. On m'y préparait comme on prépare son vieux père qu'on va installer à l'Ehpad. J'ai pu observer la délicatesse de leurs propos et leur naïveté de penser que cela ne se voyait pas.

Avez-vous le sentiment d'avoir été lâché par Anne Hidalgo ?

J'ai apprécié quand elle a dit qu'elle serait toujours du côté des victimes, étant moi-même victime d'un lynchage médiatique et politique. Cette phrase de catéchisme sous-entend qu'il y a des gens du côté des bourreaux. Je crois, moi, qu'on est tous du côté des victimes. Je me suis dit qu'elle prenait peur. Les Verts la tiennent, elle leur a cédé une première fois en acceptant ma démission d'adjoint et maintenant une deuxième. Je sais qu'elle est acculée car, pendant des mois, elle m'a beaucoup défendu mais son entourage lui a dit que la situation était intenable. J'ai été un paratonnerre. Je constate que vis-à-vis de Gérald Darmanin (NDLR : le ministre de l'Intérieur est ciblé par une enquête pour viol), Emmanuel Macron a respecté le droit et il n'a pas cédé. Anne Hidalgo a agi politiquement en fonction de son intérêt du moment. Les écologistes vont continuer puisqu'ils obtiennent gain de cause. Il ne faut pas être naïf, il y aura d'autres cibles.

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Elle a quand même dit que vous risquiez de prendre des coups…

Je n'ai pas peur, je n'aurai jamais peur avec tous les combats que j'ai menés. J'ai des convictions, j'ai assumé mon homosexualité très tôt, dès l'âge de 16 ans alors qu'il y a encore beaucoup de Tartuffe dans les placards. Je ne suis pas de cette trempe. Je repense à la traversée du désert de Mitterrand, à ces hommes et ces femmes politiques qui ont fait de la prison pour qu'on soit en démocratie. C'est vrai que j'ai fait un infarctus il y a trois ans, que j'ai subi un certain nombre d'épreuves, j'ai perdu mon père mais je ne me victimise pas. Les élus n'ont pas à le faire car il y a de vraies victimes.

Au Conseil, vous allez voter comme vos anciens camarades ou bien vous opposer ?

Je voterai en mon âme et conscience comme un élu libre. Je n'aurai plus à suivre les consignes de vote comme dans le passé où j'ai pu voter contre mes convictions. Par exemple, le projet de la tour Triangle (XVe) ou d'autres grands immeubles dans le 13e m'ont beaucoup heurté.

«Je veux que mes camarades et la première d’entre eux, Anne Hidalgo, ne tergiversent pas avec le droit», déclare Christophe Girard. LP/Fred Dugit
«Je veux que mes camarades et la première d’entre eux, Anne Hidalgo, ne tergiversent pas avec le droit», déclare Christophe Girard. LP/Fred Dugit  

L'enquête préliminaire pour viol qui vous visait après les accusations d'Aniss Hmaïd a débouché sur un classement sans suite. Mais vos accusatrices estiment que vous le devez à la prescription des faits et vous demandent de démissionner de tous vos mandats.

J'aurais préféré qu'il n'y ait pas prescription. Il y a eu trois mois d'enquête sur toute ma vie mais ils n'ont rien trouvé, je n'ai pas été mis en examen. Je veux que mes camarades et la première d'entre eux, Anne Hidalgo, ne tergiversent pas avec le droit. Mais il y a aujourd'hui une justice bis qui est celle de la rue, de la rumeur et de la dénonciation. Dénoncer ce n'est pas prouver.

Pourquoi alors Aniss Hmaïd a-t-il proféré ses accusations ?

Il était sorti de ma vie mais quand j'ai été élu maire du IVe, il m'a contacté. Il aurait voulu que je le prenne à mon cabinet. On ne prend pas un ami. Je me suis décarcassé pour lui trouver un emploi, cela n'a pas abouti et il m'en a voulu. Il suffit de dire qu'on est victime pour être cru même si on ment. Mais l'accusation n'est pas la vérité. La justice a dit ce qu'elle avait à dire. Des professeurs honnêtes se sont suicidés après de faux témoignages.

Les féministes ne vont pas vous lâcher…

De quelles féministes parle-t-on ? J'ai eu le soutien de Caroline Fourest, Perrine Simon-Nahum, Elisabeth Badinter, Michèle Perrault, Mazarine Pingeot et bien d'autres… Je ne vais pas faire la liste.

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Votre proximité avec Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, dont on connaît aujourd'hui la sexualité sulfureuse, ne vous aide pas…

Pierre Bergé et Yves Saint Laurent ne mêlaient pas leurs collaborateurs et l'entreprise à leur vie privée, ni de près ni de loin. Yves Saint Laurent avait un goût pour les hommes solides et Pierre Bergé, lui, était plutôt attiré par les profils d'énarques ou de jeunes banquiers. Moi je n'ai jamais rien vu qui me laisse penser qu'ils étaient glauques. Je n'étais pas leur ami. Je ne suis allé qu'une seule fois à Marrakech (Maroc) pour visiter leur atelier Majorelle. J'étais un collaborateur, je travaillais beaucoup et je vivais en couple. Je n'ai jamais été célibataire. Ma vie a toujours été plutôt réglée.

On parle d'une époque où étaient tolérées dans certains milieux des choses qui sont aujourd'hui inacceptables ?

En 1968, je n'avais que 12 ans. A 16 ans j'avais une vie sexuelle assumée, j'étais hors la loi car être homosexuel avant la dépénalisation en 1982 était un délit. Je ne suis pas sûr que Roland Barthes ne serait pas aujourd'hui à Fleury-Mérogis (NDLR : la maison d'arrêt). Il avait des relations avec ses élèves et j'ai moi-même été son amant. J'avais 17 ans. Je n'ai jamais pensé que j'avais été sous son emprise. Je réclame qu'on fasse un inventaire des années 1980 et 1990 et qu'on réfléchisse dans la nuance.

Si j'ai manqué de vigilance, je veux comprendre pourquoi. Je suis un jouisseur, j'en conviens mais la pédophilie est tellement loin de moi. Je suis père de famille, j'ai été cotuteur du fils d'un de mes amis. Si j'apprends que quelqu'un s'approche de mon fils, c'est immédiatement plainte ou baffe dans la tronche. Je suis très choqué que les parents de Vanessa Springora aient favorisé sa relation avec Gabriel Matzneff. Si Pierre Bergé avait su qu'il s'ébattait avec des jeunes filles dans l'hôtel, il n'aurait pas payé. Il était misogyne.

Vous dites que vous ne voulez pas être considéré comme une victime…

Le mouvement de la libération de la parole est un mouvement essentiel mais pour les vraies victimes. Moi j'ai été victime d'un tir au pigeon sadique permanent et je n'ai pas pu me défendre pendant les trois mois qu'a duré l'enquête. La culture de la dénonciation qui est en marche me rappelle beaucoup l'épuration dans la Chine de Mao. Des gens se sont proclamé procureur alors que la justice ne s'était pas prononcée. C'est très grave. Cela peut arriver à chacun d'entre nous. Il faut que tout le monde se ressaisisse.

Comment occupez-vous votre temps depuis que vous n'êtes plus adjoint ?

Je consacre beaucoup de temps à ma défense et à ma reconstruction. Je suis en retraite. Je donne des conseils à des institutions et j'ai deux livres qui vont sortir, l'un sur les années Saint Laurent, et mon journal d'élu, qui seront publiés respectivement chez Flammarion et Robert Laffont.

Vous allez y régler vos comptes ?

Non, je ne suis pas expert-comptable ni rancunier. Le suicide de ma mère à 53 ans, au même âge que son père, a été fondateur de mon goût de la vie.