Paris : polémique autour de l’abattage de 22 platanes, quai d’Ivry

La Ville a décidé d’abattre une vingtaine d’arbres près de l’échangeur d’Ivry. Pour favoriser la construction d’une future tour d’habitation, accusent les défenseurs de l’environnement. Pour permettre le passage du futur tram sur pneus, répond le maire du XIIIe arrondissement.

 Ce dimanche, quai d’Ivry (XIIIe). La Ville a commencé l’abattage d’une vingtaine d’arbres, au désespoir des associations de défense de l’environnement.
Ce dimanche, quai d’Ivry (XIIIe). La Ville a commencé l’abattage d’une vingtaine d’arbres, au désespoir des associations de défense de l’environnement. France nature environnement

Les réactions d'indignation ont été nombreuses, sur place où une action de protestation était organisée, et sur les réseaux sociaux où elle a été relayée.

Ce dimanche, le service arbres de la Ville de Paris a commencé à abattre 22 platanes quai d'Ivry (XIIIe). Une opération programmée « en catimini » selon les associations de défense de l'environnement qui se sont mobilisées, encadrées par la police, dès 8 heures. « On n'a pas essayé de s'interposer, ce n'était pas la peine. Mais il y avait de quoi pleurer », raconte la voix chargée Christine Nédélec, présidente de l'association France nature environnement Paris, à l'initiative de la manifestation qui a rassemblé plus d'une cinquantaine de participants.

« On a besoin de ces arbres pour respirer »

« C'étaient de très beaux arbres, en très bonne santé, qui permettaient de résorber la pollution émise par le périphérique tout proche. On a besoin de ces arbres pour respirer », poursuit la militante, en colère contre « la Ville qui veut se faire passer pour une championne de l'écologie alors qu'elle fait disparaître des éléments de nature déjà en place ».

Pour France nature environnement, cet abattage était organisé dans le cadre du projet d'urbanisme Bruneseau Seine, qui doit voir pousser d'ici 2025 800 logements et plusieurs tours - dont les tours Duo dessinées par Jean Nouvel, actuellement en construction -, dans le prolongement de la ZAC rive gauche qui a déjà transformé une bonne partie du visage du XIIIe arrondissement.

« La ville dit que c'est pour réaliser une piste cyclable, mais il n'y avait pas urgence, une piste existe déjà à cet endroit-là. En réalité, ces arbres sont situés sur l'emprise d'une future tour de 100 m de haut que la ville veut édifier », ajoute Christine Nédélec.

« Quand on coupe des arbres ce n'est pas de gaîté de cœur »

Une affirmation fermement démentie par le maire (PS) du XIIIe arrondissement Jérôme Coumet. « On ne va pas construire de tour sur le quai ! Les travaux qui vont être lancés sont des travaux de voirie liés à la création d'une piste cyclable bidirectionnelle et du passage du futur tramway TZen5 (NDLR : une nouvelle ligne de tramway sur pneus qui doit relier le XIIIe à Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne) et la préparation du prolongement de la ligne 10 du métro », rétorque Jérôme Coumet.

« Le quai d'Ivry est aujourd'hui cataclysmique en termes de déplacements, on ne peut pas y passer à pied, c'est très mal fichu y compris pour les voitures. ZAC Bruneseau ou pas, il fallait le réaménager. Un mode de transport lourd y est prévu et cela implique de faire des choix. Quand il s'agit de couper des arbres, je vous assure qu'on étudie ça de façon très précautionneuse et que si on le fait ce n'est pas de gaîté de cœur, c'est qu'on n'a pas le choix », défend l'élu. « D'ailleurs, il y a quelques années, l'aménagement du tram sur rails avenue de la Porte-de-Choisy avait lui aussi conduit à couper des arbres », enchaîne l'élu qui insiste : « Au final, les gens y gagneront beaucoup ».

Reste qu'après la campagne des municipales au cours de laquelle Anne Hidalgo, la maire de Paris, avait promis la création de « forêts urbaines » dans la capitale, et alors qu'à sa réélection elle avait annoncé que ce nouveau mandat serait « celui de la végétalisation », la Ville se serait sans doute bien passée de la médiatisation de cette opération. Sollicitée ce dimanche, elle n'a pas répondu.

Un réexamen du projet

Bernard Landau, ancien adjoint à la directrice de l'urbanisme de la ville, et président de l'association La Seine n'est pas à vendre, était lui aussi présent à la manifestation ce dimanche. Pour lui, l'abattage des platanes aurait pu être évité. « Cette histoire est l'héritage de la méthode Missika (ancien adjoint à la maire chargé de l'urbanisme NDLR) qui faisait passer les investisseurs avant la nature. Le quartier Bruneseau a été imaginé dans le cadre d'un appel à projets, il n'a pas fait l'objet d'un vote au Conseil de Paris », dénonce le spécialiste. Ce dimanche, les associations avaient bien l'intention de réclamer un réexamen du projet Bruneseau.

En attendant, les défenseurs de l'environnement espèrent encore pouvoir sauver quelques arbres sur le quai d'Ivry. « L'opération doit se poursuivre dimanche prochain. Nous allons déposer un référé ce lundi pour l'éviter », annonce Christine Nédélec.