«Paris ne doit pas entraver l’accès aux commerces», réclame le patron des Galeries Lafayette

Plombées par l’absence de clientèle étrangère, les Galeries Lafayette ont placé une partie de leurs salariés en chômage partiel. Le directeur de l’enseigne, Alexandre Liot, lance un appel à la mairie de Paris concernant sa politique de mobilité.

 Alexandre Liot, directeur des Galeries Lafayette, demande à la Ville de ne pas entraver la relance de l’activité économique avec sa politique sur les mobilités.
Alexandre Liot, directeur des Galeries Lafayette, demande à la Ville de ne pas entraver la relance de l’activité économique avec sa politique sur les mobilités. DR

Emblème de la mode parisienne dans le monde, Les Galeries Lafayette tentent de résister à la crise malgré un déficit abyssal lié à notamment l'absence des touristes étrangers, alors que l'épidemie de Covid-19 gagne en intensité et entrave l'activité économique.

Son jeune directeur Alexandre Liot annonce les mesures prises par le grand magasin du IXe arrondissement en attendant une reprise et demande à la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo, de ne pas compromettre la relance économique avec sa politique anti-voitures.

Alors que l'épidémie repart, quelle est la situation du vaisseau amiral du boulevard Haussmann en termes de fréquentation et de chiffre d'affaires ?

Alexandre Liot. Les Galeries Lafayette Haussmann font face à une situation historique. La fréquentation internationale est en berne. En temps normal, nous accueillons plus de 200 nationalités, les Asiatiques en tête. L'absence de touristes étrangers, qui représentent 60 % de notre clientèle, va se solder par une perte de chiffre d'affaires de l'ordre d'un milliard d'euros d'ici la fin de l'exercice. En revanche, et c'est une bonne nouvelle, la clientèle française est restée fidèle et nous sommes en train de conquérir de nouveaux clients, notamment des Parisiens.

Est-ce que cette situation vous a contraint à licencier du personnel ?

Depuis le début de la crise, nous mettons tout en œuvre pour essayer de maintenir les emplois. Nous souhaitons préserver nos équipes pour pouvoir redémarrer rapidement. Mais face aux pertes financières auxquelles nous faisons face, nous n'avons pas renouvelé nos habituels renforts, CDD et intérimaires, depuis la réouverture du magasin. Et à partir de ce jeudi, l'ensemble des 2800 collaborateurs seront en chômage partiel à hauteur de 25 %. L'accord signé avec les partenaires sociaux est valable jusqu'au 31 mars et renouvelable jusqu'au 31 août.

Fermés pendant tout le confinement, et même au-delà, les grands magasins parisiens souffrent désormais de l’absence de clientèle internationale. LP/Fred Dugit
Fermés pendant tout le confinement, et même au-delà, les grands magasins parisiens souffrent désormais de l’absence de clientèle internationale. LP/Fred Dugit  

Y a-t-il d'autres mesures ?

Nous adaptons l'organisation du magasin et ses horaires. A compter de ce jeudi 1er octobre, nos portes ouvriront désormais à 10 heures au lieu de 9h30 et fermeront à 20 heures au lieu de 20h30. Nous avons par ailleurs décidé de ne pas rouvrir notre magasin Shopping and Welcome Center destiné à l'accueil de la clientèle asiatique jusqu'au 31 mars, et son personnel reste en chômage partiel.

Envisagez-vous de suspendre l'ouverture dominicale pour faire des économies sur les salaires ?

Non, le magasin restera ouvert le dimanche de 11 heures à 20 heures car il reste une jour très important pour le magasin. Nous ne voulons pas casser la dynamique que nous avons créée avec cette ouverture, et souhaitons nous préparer à la reprise qui suivra. Paris doit rester une destination attractive et ouverte le dimanche.

Allez-vous revoir votre stratégie commerciale et réduire la place du luxe en attendant un retour des touristes étrangers ?

Non. Même si le luxe souffre, notre positionnement mode allant de l'accessible au premium est un atout face aux aléas conjoncturels. Nous sommes persuadés que dès que les avions pourront redécoller, le trafic reviendra.

En attendant, comment conserver votre clientèle et conquérir de nouveaux clients dans cette période de crise ?

Nous proposons des offres commerciales attractives, renforçons notre politique de services et accélérons notre digitalisation. A partir de novembre, les clients pourront accéder à l'offre d'Haussmann via le shopping à distance. Nous organisons aussi des événements divertissants, comme la retransmission en direct des matchs de Roland-Garros sur notre toit-terrasse pendant toute la durée du tournoi.

Est-ce que vous attendez un coup de pouce de l'Etat ou de la Ville ?

L'Etat nous soutient avec le chômage partiel. Mais cela n'est malheureusement pas suffisant au regard du choc subi. Nous attendons aussi que la mairie de Paris prépare la reprise en associant les acteurs économiques à sa nouvelle politique de mobilité. Quoique louables, les projets de la Ville en matière de circulation (réduction de la place de la voiture, suppression des places de stationnement et développement des pistes cyclables, NDLR) nous inquiètent. Paris ne doit pas entraver l'accès aux commerces dont la situation est fragilisée après les attentats, les Gilets jaunes et la crise du Covid. Travaillons ensemble pour que Paris ne se retrouve pas repliée sur elle-même mais reste une destination mondiale. Ecologie et économie ne doivent pas s'opposer pour imaginer la capitale de demain.

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