Après le suicide de Guillaume à Nanterre, sa famille veut porter plainte

Le jeune étudiant avait accusé trois semaines plus tôt un élu communiste de viol, entraînant de nombreuses réactions. Sa famille veut saisir le parquet pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner».

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 Un rassemblement avait été organisé le 10 février devant le siège du PCF à Paris en la mémoire de Guillaume T.
Un rassemblement avait été organisé le 10 février devant le siège du PCF à Paris en la mémoire de Guillaume T. LP/Olivier Arandel

La famille de Guillaume T., endeuillée, veut que la justice s'en mêle. Son avocate, Me Elodie Tuaillon-Hibon, a annoncé ce lundi via un communiqué avoir été mandatée pour « saisir le parquet de Paris d'une plainte contre X pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Guillaume T. avait été retrouvé pendu dans sa chambre d'étudiant du campus de Nanterre (Hauts-de-Seine), le 9 février. Soit trois semaines après avoir accusé l'élu communiste Maxime Cochard et son compagnon de viol.

Si le parquet de Nanterre avait ouvert une enquête pour rechercher les causes de la mort, les premiers éléments n'avaient pas établi de lien formel entre les accusations de viol et la mort de l'étudiant.

L'affaire remonte au 21 janvier. Ce jour-là, Guillaume T., étudiant, 20 ans, militant communiste, publie un message sur Twitter dénonçant publiquement des faits de viol présumé, datant d'octobre 2018 : « Après plus de deux ans, sans savoir mettre les mots sur ce qui m'est arrivé, je me rends compte que j'ai été violé par Maxime Cochard, conseiller de Paris, et son compagnon en octobre 2018 alors que je n'avais que 18 ans et étais particulièrement vulnérable. »

Dans le contexte des affaires de violences sexuelles et du hashtag #MeTooGay, le message avait fait l'effet d'une bombe au parti communiste et au-delà. Le tweet de Guillaume T. suscitant alors des centaines d'autres messages sur les violences sexuelles dans les milieux gays.

Maxime Cochard avait immédiatement contesté ces accusations et lancé une procédure en diffamation via son avocate, Fanny Colin. Malgré tout, ses délégations d'élu du 14e lui avaient été retirées par la maire d'arrondissement, Carine Petit (Génération.s), et le Parti communiste l'avait contraint à se mettre en retrait.

«Il y a quelque chose de l'ordre du déclencheur»

Ce lundi, sur France Info, Me Elodie Tuaillon-Hibon a déclaré : « On sait très bien que ça va très mal en ce moment pour les étudiants, ceux qui sont dans leur petite piaule du Crous. La partie adverse a tapé sur Guillaume à bras raccourcis d'une manière qui mérite interrogation. Pour ses proches, c'est évident qu'il y a quelque chose de l'ordre du déclencheur. »

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De quoi faire réagir Me Fanny Colin, qui regrette que l'avocate de Guillaume T. « fustige le comportement de Maxime Cochard, qui aura eu pour seul tort de défendre son innocence ».

Me Colin rappelle par ailleurs que son client et son conjoint, « dont les vies sociales et professionnelles ont été pulvérisées par les cinq tweets de Guillaume », « réfutent totalement » le viol. Et précise que Guillaume T. n'ayant pas porté plainte après sa « dénonciation médiatique » sur Twitter, le « seul moyen légal pour Maxime Cochard de rétablir son honneur » était donc une procédure en diffamation.

De cette nouvelle action de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », Fanny Colin assure que Maxime Cochard « attend avec confiance de pouvoir prouver son innocence en soumettant à la justice les pièces qui l'établissent ».