Paris : mis en examen pour viols, Pierre Aidenbaum «quitte la politique par la petite porte»

Anne Hidalgo avait exigé la démission de l’ancien maire du IIIe, qui fut également adjoint, dès sa mise en examen pour viols et agressions sexuelles. A 78 ans, interdit de paraître à l’Hôtel de Ville, l’ancienne figure socialiste renonce à son mandat de conseiller de Paris.

 Paris, France, le 3 juillet 2020. Ce jour-là, Pierre Aidenbaum, doyen du Conseil de Paris, remet l’écharpe tricolore à Anne Hidalgo élue maire de Paris lors du premier Conseil de Paris de la nouvelle mandature.
Paris, France, le 3 juillet 2020. Ce jour-là, Pierre Aidenbaum, doyen du Conseil de Paris, remet l’écharpe tricolore à Anne Hidalgo élue maire de Paris lors du premier Conseil de Paris de la nouvelle mandature. LP/Olivier Corsan

La petite plaque dorée portant son nom va être dévissée de son pupitre au Conseil de Paris. Pierre Aidenbaum, ex-maire (PS) du IIIe et conseiller de Paris depuis 31 ans ne siégera plus dans l'hémicycle parisien. L'ancien édile mis en examen pour « viols » et « agressions sexuelles » le 9 octobre dernier a fait savoir par communiqué de presse qu'il démissionnait du Conseil de Paris ce jeudi. L'élu PS justifie cette décision par la nécessité de « répondre aux autorités judiciaires en toute liberté ». Il se dit aussi « soucieux de la sereine continuité de la vie politique parisienne ».

« Pierre Aidenbaum réaffirme avec force son innocence et reste confiant quant à l'issue de la procédure dont il est aujourd'hui l'objet », ajoute le communiqué de presse de l'homme mis en examen.

L’ancien maire du IIIe inaugurait en juillet le premier conseil municipal de l’arrondissement Paris Centre, né de la fusion des 4 arrondissements centraux. LP/Olivier Corsan
L’ancien maire du IIIe inaugurait en juillet le premier conseil municipal de l’arrondissement Paris Centre, né de la fusion des 4 arrondissements centraux. LP/Olivier Corsan  

L'élu qui était au départ défendu par Mes Louise Bouchain et Valentine Rebérioux (avocates connues pour être spécialisées dans la défense de victime de viol) a, depuis sa mise en examen, changé d'avocate en la personne de Me Emmanuelle Kneuzé.

« Cette situation nous attriste mais la décision qu'a prise Pierre Aidenbaum est sage », commente sobrement Rémi Féraud, patron du groupe Paris en Commun auquel appartenait Pierre Aidenbaum.

La victime est «complètement bouleversée»

Sa présumée victime, une proche collaboratrice, elle, a décidé de se constituer partie civile. Aujourd'hui affectée dans une nouvelle direction de la Ville de Paris, la jeune femme se refuse à tous commentaires. « Caroline (le prénom a été modifié) est complètement bouleversée », murmure une de ses confidentes. « Sa confrontation avec Pierre Aidenbaum et la mise en examen de celui-ci l'a libérée, et en même temps, depuis l'affaire, sa vie a totalement explosé », rapporte un ancien élu du IIIe resté en contact avec la jeune femme.

Au sein de l'exécutif, plusieurs semaines après l'explosion du scandale, la même unité de ton règne : l'agression sexuelle qu'aurait commise Pierre Aidenbaum a surpris tout le monde. « Personne ne pouvait s'attendre à ça », assure un adjoint d'Anne Hidalgo. D'ailleurs, plusieurs élus qui ont vu travailler Pierre Aidenbaum et sa collaboratrice ensemble continuent d'être très étonnés par les faits de harcèlement sexuels révélés début septembre qui ont finalement abouti à la mise en examen de l'ancien patron du IIIe.

« Il y avait une grande complicité entre eux. C'était une jeune femme qui travaillait beaucoup et qui avait à cœur de prendre la défense de Pierre Aidenbaum. Tous les dossiers passaient par elle », rapporte une élue.

Loin des salons feutrés de l'Hôtel de Ville, les langues se délient

Mais plus on s'éloigne de l'Hôtel de Ville pour se rapprocher de la mairie du IIIe, et plus les langues se délient. « Pierre Aidenbaum est un séducteur qui aime les femmes. C'était un dragueur un peu lourd qui pouvait fendre une salle publique pleine de monde pour aller discuter avec une jeune femme qui lui tapait dans l'œil », rapporte un ancien élu socialiste du IIIe.

« Pierre Aidenbaum n'avait pas bonne réputation. Quand je suis arrivée en 2002, on m'avait alertée en me disant : fais attention, il aime les jeunes filles exotiques », se souvient Annie Lahmer ex-directrice de cabinet du maire écologiste du IIe Jacques Boutault.

Un départ «précipité» qui intrigue

Certains commencent même à s'interroger sur le départ « précipité » il y a cinq ans d'une collaboratrice du maire qui aurait quitté la mairie du IIIe du jour au lendemain sans explication. « Moi je n'ai jamais rien vu ni entendu mais si c'est vrai, alors c'est terrible », s'émeut rétrospectivement Laurence Hugues ancienne élue écologiste du IIIe.

Sa relation avec sa compagne bien plus jeune que lui prêtait parfois aux quolibets. Mais de là à imaginer ce père de trois grands enfants, ex-président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) en agresseur sexuel…

Dans le quartier de la mairie, la mise en examen de l'ancien maire en a laissé plus d'un pantois. Lorsqu'il se promenait rue de Bretagne, l'annexe de son fief, Pierre Aidenbaum semblait connaître tout le monde. Le sourire scotché aux lèvres, il avait un mot gentil pour chaque commerçant. Il passait voir le dernier restaurant ouvert dans le quartier, prenait des nouvelles des familles… « Il avait le souci de l'écoute de ses administrés », insiste Gauthier Caron-Thibault, ex-premier adjoint de Pierre Aidenbaum. Sous ses airs débonnaires de vieux sage cependant, l'élu socialiste pouvait aussi parfois se montrer brutal aux yeux de certains.

Elu pour la première fois maire du IIIe en 1995, Pierre Aidenbaum a toujours été réélu haut la main. LP/Olivier Lejeune
Elu pour la première fois maire du IIIe en 1995, Pierre Aidenbaum a toujours été réélu haut la main. LP/Olivier Lejeune  

« Les relations ont toujours été très compliquées avec lui. Il se montrait très méprisant parfois même agressif. Il était très mysogine et laissait très peu parler les femmes. Et il avait souvent un comportement patriarcal avec ses collaborateurs qui était assez désagréable », se souvient Laurence Hugues ex-élue EELV.

« Il avait parfois des colères homériques d'un élu exigeant qui voulait imposer son point de vue », tempère son ancien premier adjoint.

« Comme maire d'arrondissement il était très présent et connaissait bien la vie de ses électeurs », observe pour sa part Jean-François Legaret, ex-maire (LR) du Ier arrondissement, très choqué en apprenant en septembre les accusations qui pesaient sur son ancien homologue.

Elu maire en 1995

L'ancien entrepreneur, adhérent du PS depuis 1971 et élu pour la première fois maire du IIIe en 1995 a toujours été réélu haut la main : 63,5 des suffrages en 2001, puis dès le premier tour en 2008 avec 55,83 % des voix et, 60,44 % des voix au second tour des municipales de 2014.

Pour les dernières municipales, et alors que les Parisiens des Ier, IIe, IIIe et IVe arrondissements devaient désigner pour la première fois un seul et même maire, celui de l'arrondissement « Paris Centre », à 78 ans, Pierre Aidenbaum avait accepté de s'effacer pour laisser la tête de liste Paris En Commun à Ariel Weil ex-maire (PS) du IVe devenu, depuis, maire de Paris Centre.

Il quittait le devant de la scène du IIIe mais pour venir prendre ses nouveaux quartiers à l'Hôtel de Ville. L'ancien maire d'arrondissement s'était vu confier par Anne Hidalgo le poste d'adjoint chargé de la Seine.

Une nomination qui a surpris

Une nomination qui avait fait un peu tiquer en interne. « Une délégation uniquement pour s'occuper de la Seine, c'était un peu… surprenant. On a tous pris ça pour une forme de remerciement », murmure-t-on dans les couloirs de l'Hôtel de Ville.

« D'autant que Pierre Aidenbaum n'était pas forcément connu pour ses convictions écologistes », souligne une adjointe de la maire de Paris.

Sous la première mandature de Bertrand Delanoë entre 2001 et 2008 il avait même été souvent brocardé comme un de ces « barons socialistes parisiens » qui freinait la politique de diminution de la place de la voiture.

Bertrand Delanoë, l’ancien maire de Paris, avec Pierre Aidenbaum, en mars 2008, lors des élections municipales. LP/O.C.
Bertrand Delanoë, l’ancien maire de Paris, avec Pierre Aidenbaum, en mars 2008, lors des élections municipales. LP/O.C.  

« C'était un maire d'arrondissement plutôt sympathique au demeurant mais à un moment donné, il faut savoir s'arrêter », observe un ancien conseiller de Bertrand Delanoë.

« Cet acharné de pouvoir ne voulait rien lâcher et aujourd'hui, il quitte la politique par la petite porte », observe froidement un de ses anciens adjoints.

C'est une élue écologiste, Corine Faugeron, qui devrait prendre la place de Pierre Aidenbaum au Conseil de Paris.