Paris : les stations-service victimes d’un gros coup de pompe

Automobilistes, surveillez votre jauge ! Victimes des politiques anti-voiture et des grands aménagements urbains, les stations-service se font « rares » dans la capitale. Leur nombre a été divisé par 3 en 25 ans.

 Paris (XVIe), ce mercredi. Abdel, employé de la station Avia de l’avenue Kléber, sait qu’il travaille dans un type d’établissement particulièrement menacé : une petite station dite « de trottoir ».
Paris (XVIe), ce mercredi. Abdel, employé de la station Avia de l’avenue Kléber, sait qu’il travaille dans un type d’établissement particulièrement menacé : une petite station dite « de trottoir ».  LP/B.H.

« Faire le plein dans Paris ? Surtout pas. Je m'approvisionne à l'extérieur du périph et je m'arrange pour ne pas avoir besoin de repasser à la pompe une fois à l'intérieur. Pour une raison simple. On trouve de moins en moins de stations dans Paris ! Les grosses ont fermé les unes après les autres. Et les petites pratiquent des prix hallucinants ! »

Comme tous les automobilistes qui circulent tous les jours dans Paris, José – un chauffeur de taxi qui attend son client au pied d'un grand hôtel du XVIe — a constaté une diminution rapide du nombre des pompes à essence dans la capitale. Selon les professionnels de l'auto, il en reste désormais moins de 100 (voir l'infographie)… contre quasiment trois fois plus (280) en 1993.

94 stations-service aujourd’hui à Paris

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L'UFIP (Union française des industries pétrolières) rappelle que la baisse des points de vente de carburant est une réalité nationale. Mais dans une capitale où à peine un ménage sur trois est « motorisé », cette tendance est accentuée par plusieurs facteurs aggravants. D'abord un durcissement des normes de sécurité (pour les stations en sous-sols, en pied d'immeuble, sur les trottoirs) qui ont obligé les exploitants à de coûteux investissements. Mais aussi les grands projets d'aménagement urbain (tramway des Maréchaux, urbanisation des secteurs périphériques…) qui conduisent notamment la mairie de Paris à ne pas renouveler les concessions signées avec les distributeurs.

Ces dernières années, plusieurs stations à très gros débit ont ainsi été priées de laisser la place à des opérations d'urbanisme. Les stations Total situées sur le périphérique à la porte de Vincennes ont fermé en début d'année. Celle du parking souterrain de la porte Maillot a dû s'effacer devant le chantier Eole. La station BP du parc des expositions de la porte de Versailles est en cours de démolition…

Et la fermeture des points de distribution de carburant pourraient encore s'accentuer d'ici à 2020 avec l'entrée en vigueur de nouvelles normes européennes… qui prévoient notamment une distance minimale de 13 m entre les pompes et les habitations les plus proches. « Si c'est le cas, il n'y aura plus une station dans Paris… à part peut-être au milieu de la place de la Concorde », plaisante un professionnel.

En 2013, Total (le pétrolier le plus représenté dans la capitale) avait réalisé une étude qui estimait à… 39 le nombre de stations toujours en activité dans Paris à l'horizon 2020. « Cette projection est toujours d'actualité. C'est même inéluctable si rien ne change », s'alarme Jean-Jacques David, président de l'antenne parisienne du CNPA (Centre national des professionnels de l'automobile)… et accessoirement ancien gérant de la station fermée à Porte Maillot.

« Les questions de mise aux normes ont bon dos. Toutes les stations fermées récemment l'ont été pour des raisons politiques », conclut le professionnel en soulignant que la consommation globale de carburant ne diminue pas. « Les volumes qu'on ne distribue plus dans Paris, les automobilistes vont les chercher ailleurs, plus loin. Pas de quoi diminuer la pollution ! »

« J'espère qu'on sera toujours là dans 2 ans » Abdel, pompiste de l'avenue Kléber

Un quart d'heure que personne n'est passé… Un motard s'arrête, demande 15 € d'essence, et repart. Abdel se repositionne devant la minuscule boutique de sa station et attend le client suivant. Le pompiste de 52 ans, employé de la station Avia de l'avenue Kléber (à mi-chemin entre le Trocadéro et l'Arc de triomphe), sait qu'il travaille dans un type d'établissement particulièrement menacé : une petite station dite « de trottoir » qui délivre des volumes trop faibles pour pratiquer des prix compétitifs.

A 1,74 € le litre de diesel et 1,96 € le litre de sans plomb, le pompiste fait rarement des pleins. « Avant, on était station Elan, une filiale de Total. Comme tous les chauffeurs des ambassades autour avaient des cartes Total, on travaillait bien. Maintenant, c'est plus du dépannage. Des gens qui ont peur de tomber en panne et qui prennent juste 10 ou 20 € pour rentrer chez eux », explique-t-il. Mais plus que la baisse de clientèle, ce sont les échéances réglementaires qui inquiétent Abdel. « Le patron verse un loyer à la Ville pour ce bout de trottoir. Et l'autorisation se termine en 2020. Après ? J'espère qu'on sera toujours là… mais je n'en sais rien. »